NE TE RETOURNE PAS ***

11 Nov

ne te retourne pas de van

4sur5  Après un premier film plutôt bien reçu (Dans ma peau), Marina De Van a été présenté Ne te retourne pas, chahuté à Cannes, raillé et négligé par les cinéphages. Elle doit cette lourde facture à son courage et son intégrité : si la notion de « cinéma d’auteur » a du sens, les deux premiers longs de Marine De Van en sont des exemples remarquables. Comme avec Dans ma peau, une femme se retrouve éjectée d’un équilibre soigneusement entretenu jusque-là, un équilibre où le déni de la réalité et en partie de soi permet de fonctionner. Face à un désir ou un événement anodin objectivement mais trop lourd pour cet équilibre, le voile compensatoire s’évapore. Une femme se retrouve seule dans une réalité la dévorant, gommant les limites de son identité ou la lui substituant.

Il y a l’inquiétante étrangeté du familier virant vers une nouveauté totale qu’on ne maîtrise pas ; Jeanne passe d’abord par cet état, mais très vite son vertige est autrement plus déroutant. L’étrangeté perceptible aujourd’hui est véritablement menaçant parce qu’il est familier ; se sentir plongé dans une réalité totalement nouvelle peut être effrayant, mais sentir son adéquation avec des perceptions tout à fait inédites pose le doute sur nous-mêmes. Jeanne est-elle en train de devenir folle ou de sortir d’une folie atténuée par la soumission aux éléments extérieurs, au sens du courant ? Le film aguiche d’abord avec sa dynamique de basculement relevant catégoriquement du fantastique, mais son succès ne tient pas qu’à l’exercice de style. Il tient à cette faculté d’emprunter le regard de Sophie et refléter sa multiplicité dérangeante.

La perception du spectateur est celle de Jeanne, y compris celle portée sur sa mère, cette héroine subversive, ou sur les hommes, ces fantômes. Les enfants ont également une place très secondaire dans la perspective de Sophie parce qu’ils la placent dans une position empruntée voir déréalisante, tout en étant eux-mêmes dans une condition avec lequel tout son être a rompu. Ne te retourne pas est assez proche de Mulholland Drive par sa construction, évoque Cet obscur objet du désir ou Ne vous retournez pas par ses thématiques. Ces correspondances structurelles étant posées, le style comme le ton diffèrent : pas de naufrage ou de fantaisies frustrées ici, les créatures de l’univers De Van sont des zombies sortis d’un long sommeil parfois consentis.

La dernière partie en Italie est peut-être moins convaincante a-priori. Son tort est d’apporter des réponses au trauma, avec toute l’ambivalence de l’ancrage tant recherché : voici les caractéristiques, achevées par définition, présidant l’identité d’une personne. C’est une délivrance mais tout de même aussi un coup dur quand on a eu l’habitude de vivre à une place qui n’était pas la nôtre, d’être déraciné puis dans le flou. On ne sort pas de l’enfer si facilement et peut-être que cet aspect est négligé au moment de la résolution. Tout ce voyage n’en demeure pas moins une grande réussite, un égo-trip douloureux mais salvateur. Les deux actrices prêtant leurs traits à Jeanne sont brillantes, tant Monica Bellucci que Sophie Marceau, la surprise venant de la seconde au moment où elle s’affiche dans le pathétique Lol et surtout dans l’effroyable De l’autre côté du lit, deux des gros succès français de 2009.

Sur les aspects techniques, Ne te retourne pas ne présente aucune faille. Ses rares effets spéciaux pourront sembler ingrats mais ils sont taillés sur-mesure au service du génie de la narration et de l’univers de Marina De Van. C’est une conteuse avant d’être une cinéaste et son univers est cohérent intégralement, à la limite de l’autarcie (aucune dette envers d’éventuelles références ; des parallèles à faire, certainement). Le rejet d’un tel film se conçoit et si Ne te retourne peut sembler aux portes du nanar prétentieux, c’est car une auteure y assume un premier degré total, en explorant des recoins déjà écumés mais avec sa sensibilité propre. Quand on se pose en gardien ou ne tient pas à adopter une perception singulière, le résultat à l’écran semble tutoyer le ridicule d’autant plus que les ressources sont nues.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Alice ou la dernière fugue + Citadel 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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