Archive | novembre, 2017

BREAKFAST ON PLUTO ***

30 Nov

4sur5  Comme dans Crying Game treize ans plus tôt (1992), il est question du conflit impliquant l’INRA en Irlande et d’une personnalité transgenre. Pas d’équilibre cette fois, Breakfast on Pluto est avant tout le portrait de cette créature interprétée par Cilian Murphy (le riche héritier de Inception, vu aussi dans Batman Begins). Le film tient du conte glam-rock et se situe dans les années 1970. La BO est assortie, excellente et Bryan Ferry (Avalon, Slave to Love) fait son cameo dans la peau d’un pervers aux bonnes manières.

Trouvant un équilibre entre réalisme, humour noir et assimilation aux caprices de son héroïne, Breakfast on Pluto est un spectacle plaisant, grâcieux, sans grande profondeur. Le style de Neil Jordan, y compris sa narration, peuvent de toutes façons transformer des banalités en divertissement notables : c’était déjà le cas au début de sa carrière avec Nous ne sommes pas des anges (avec Robert DeNiro et Sean Penn), ça l’est encore ici. Pas de messages humanitaires ni de naiveté plombantes ici, mais une certaine forme de radicalité et d’ingénuité propres à Patrick/Kitten.

Fruit d’une rencontre inacceptable, Patrick a été abandonné dès qu’il était bébé. Sa famille d’accueil est horrifié par son identité sexuelle déviante ; sa mère d’adoption est de ces nourricières stupides. Femme manifestement intéressée par peu de choses, obsédée par le qu’en dira-t-on, elle ne l’est jamais par son fils ; une peste, il est vrai. À l’école aussi, Patrick rencontre l’incompréhension (ce qui est légitime) et des sanctions brutales. Alors quand le meilleur ami de Patrick meurt sous les bombes, celui-ci s’en va à Londres chercher sa mère biologique.

Provocateur et lunaire, assez grossier, souvent embarrassant, Patrick/Kitten fait de sa vie un hymne à la fuite permanente. Se prenant pour un personnage de roman, il considère la vie comme un jeu et se trouve bientôt lié au monde du spectacle. Il apparaît dans des peep-show, se fait gigolo, assistant d’un magicien (Stephen Rea, collaborateur fréquent de Jordan, dans Crying Game et Ondine notamment). Dans ce monde trop sérieux et brutal, il est aussi faible que dangereux. Ses facultés de transformistes et de fuyard, son déni de la réalité en somme, font son charme et celui de ses aventures.

Tout au long de sa jeune vie et donc de la séance, Patrick/Kitten invente des histoires fantaisistes, pleines de libidos trop corsetées, se trouve un pseudo ridicule et tendancieux inspiré d’une sainte improbable. Rien ne dure avec ce personnage irrégulier, rien n’est honnête, mais tous les bénéfices d’une telle attitude sont là : la créativité, le divertissement, l’enchantement. Patrick/Kitten en arrive à être régulièrement pris pour un terroriste, jouant le jeu malgré les risques (auxquels il ne songe même pas). Tout est opportunité à poursuivre un quelconque délire. C’est un certain art de la mise en scène, un travail permanent donc exigeant, se nourrissant de l’inconstance et la lâcheté de son auteur. Tout un folklore engendré par un seul individu.

Note globale 73

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Suggestions… Velvet Goldmine + Mister Lonely + Tokyo Godfather + Little Miss Sunshine

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SÉRIE NOIRE ***

29 Nov

série noire

4sur5  Le quatrième long-métrage d’Alain Corneau (Tous les matins du monde) est aussi le plus célèbre : Série noire, très remarqué dès sa sortie en 1979 et devenu une petite référence. Dans ce faux polar, Corneau pousse son style réaliste jusqu’à un point de rupture, servant la violence de l’histoire et créant la proximité avec le spectateur. Il y a un côté Ferrara dans cette entreprise, sans le lyrisme, juste avec la saleté et le protagoniste pilier excentrique. C’est le film dans lequel Patrick Dewaere a le plus apprécié de jouer.

Série noire, c’est 111 minutes avec un anti-héros intégral, impossible à racheter ou à aimer, sauf si on aime les détritus à niveau animal. Démarcheur (ou représentant de commerce) dans les banlieues pauvres voir mal fâmées, il découvre, chez une vieille femme, sa petite-fille, qui se prostitue et le tente. Quitté par sa femme après une nuit de garde à vue, dont il sort grâce à la caution de cette gamine de 16 ans, il largue les amarres. Devenant un assassin et s’accomplissant comme monstre, il envisage de refaire sa vie avec elle, au terme de quelques affaires à régler, en totale improvisation.

Franck Poupart/Patrick Dewaere explose. Trop sous pressé, trop usé, trop paumé, raccroché à rien, tempéré, satisfait, rassuré par rien, c’est un pauvre type, à la ramasse, mentant pour plaquer ses méfaits et sa lâcheté, voir son ignominie. Son langage et ses hésitations sont grotesques. Il joue à agoniser plus encore ; veut prendre sa part et sa revanche ; est rattrapé par des bouffées morales : c’est la confusion. Dans ce chaos, les phases de surplace apparent sont en faite des périodes de latence avant un nouvel événement grave, tombant inopinément mais finalement, de manière banale.

Série noire est un spectacle assez gênant. Il met le spectateur aux premières loges d’une déliquescence continue, celle d’un être perdu depuis probablement longtemps et déjà trop entamé pour retrouver puissance et harmonie. Ce n’est pas seulement choquant, c’est aussi pénible, d’être le témoin de toutes ces déjections verbales, cette essence dissipée. Franck Poupart a une vie minable, il a aussi une façon d’être au monde calamiteuse, un tempérament d’insecte débile, puant et destructeur. Et au point où il en est, perdu tout entier, il a zappé son humanité aussi, la capacité à consulter une once de conscience ayant quasiment disparue.

Il ne pourrait plus faire autrement ; c’est comme sa mythomanie, elle est en roue libre parce qu’il n’y a pas de vérité ni de repères. Autour de lui, il n’y a personne de recommandable, seulement des épaves ou des salauds, assermentés eux, comme son patron, ce Staplin (Bernard Blier) taciturne et bonhomme, incroyablement cruel et cynique en vérité. Sa femme (Myriam Boyer) est tout aussi abîmée, quand à la grand-mère de Mona (Marie Trintignant), elle n’est plus de ce monde qu’elle redoute, c’est plutôt une gardienne dans son bunker. Les personnages de Série noire vivent dans un enfer bien réel. C’est comme du Mocky en désespéré et définitivement noir, c’est plus triste que du Blier (Les Valseuses, Tenue de soirée), c’est hystérique et odieux, ça marque intensément.

Note globale 77

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Suggestions… Crime d’amour + Le Prince du Pacifique + Funny Games + Buffet froid + Comme la Lune + A mort l’arbitre + Bad Lieutenant

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IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ****

28 Nov

il était une fois dans l'ouest

5sur5  Après la Trilogie du Dollar (ou de l’Homme sans Nom), Sergio Leone signe celle des Il était une fois. À l’instar du final en apothéose de la précédente trilogie, Le Bon la Brute et le Truand, l’ouverture des Il était une fois est un classique ultime, venu balayer tous les torts prêtés à Sergio Leone. C’est avec ce film que le cinéaste désarme les critiques, ce qu’il rééditera seize ans plus tard avec le chapitre final de sa carrière, Il était une fois en Amérique (1984).

C’era una volta il West est au western ce qu’Halloween est au film d’horreur ou Alien à la science-fiction : le film final, dominant et se libérant simultanément de son domaine. Leone voulait en finir avec les westerns mais les producteurs n’attendaient que cela de lui, il a donc dû assumer ses orientations nouvelles avec les Il était une fois. Le changement de ton est marqué ; loin du côté rigolard de Pour une poignée de dollars ou même de la Révolution qui va suivre, Il était une fois dans l’Ouest est une grande marche élégiaque. La mélancolie toujours discrètement présente chez Leone s’expose au grand jour et Leone raconte la fin d’un mirage : la fin de la conquête de l’Ouest et donc de tout le mythe qu’il a constitué.

Une légende se déploie sous nos yeux, celle d’un film et celle d’un territoire. La modernité s’installe, le sadisme et la violence règnent toujours, les derniers moments de ce règne marqueront à jamais. Le point de vue de Leone n’est pas dépressif, il tient plutôt du fatalisme bonhomme et majestueux. La mélancolie existe toujours en lien avec l’activité ; les personnages de Leone sont résignés mais pas moins combatifs. Claudia Cardinale, seul personnage féminin, ne se laisse pas plomber par les tourments et malgré ses doutes, sa volonté de retourner à La Nouvelle-Orléans où elle aura un avenir bien plus sûr, elle incarne la possibilité d’une renaissance de ce Far West.

Ainsi elle décide de rester, bien qu’elle ait tout abandonné pour rejoindre une famille décimée par les monstres éternels de ces lieux. C’est qu’elle doit aller au bout de son destin, même s’il a été brisé en chemin. Si on laisse les choses couler, les zombies de La Horde Sauvage vont naître à la prochaine génération et tout emporter sur leur passage. Sergio Leone fait de l’acceptation de son sort et d’une réalité affreuse mais surmontable l’équilibre, l’occasion de réconcilier le vice et la vertu, l’élan et l’ancrage, le sentiment de connexion à l’univers et l’individualisme le plus mesquin.

Avec Il était une fois dans l’Ouest, le cinéma de Leone se découvre une délicatesse, voir un côté glamour, lequel allié à sa force intrinsèque abouti à un résultat proche de la perfection. La séance est parfois proche de l’hypnose, peut-être moins dans le milieu du film. Sergio Leone transcende la notion même de classique : rendant hommage à John Ford (La Prisonnière du désert, La Chevauchée fantastique), il livre une œuvre gigantesque et personnelle, divertissante à tous les degrés, synthèse du western américain des premiers temps et du western spaghetti.

Il prépare le terrain de Peckinpah et laisse l’une des bande-originales les plus époustouflantes de l’histoire du cinéma. Signée Ennio Morricone, celle-ci comprend quatre grands thèmes, chacun assimilé à un des principaux personnages et joués lors de leurs apparitions. Il y a le son glaçant de l’harmonica associé à Charles Bronson, un orchestre mobilisé pour l’homme le plus complexe de la région (Frank), les envolées lyriques pour héroïne de tragédie, le pittoresque improbable de Cheyenne. Pour un objet si époustouflant, il fallait bien une somme ahurissante de talents : outre cette partition musicale et ce casting prestigieux, il y a également deux immenses cinéastes au scénario, Dario Argento et Bernardo Bertolucci, puis cette photographie de Tonino Delli Colli, collaborateur de tous les cinéastes les plus connus de son pays.

Note globale 94

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Suggestions… Lawrence d’Arabie + There Will Be Blood 

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M LE MAUDIT ***

26 Nov

m le maudit

4sur5  M le Maudit est une date-clé dans l’Histoire du cinéma : sorti en 1931, il est le premier à utiliser la voix-off. Dix ans après l’avènement du parlant au cinéma, M est composé aux deux tiers de séquences tournées avec le son, le reste étant post-synchronisé. Evénement sur le plan esthétique encore : c’est un film noir avant les films noirs (le premier est officiellement Le Faucon Maltais en 1943), cette catégorie de spectacles policiers remplis de personnages cyniques, toujours dans un contexte urbain désenchanté et une atmosphère de suspicion généralisée.

L’action se déroule à Berlin, à l’époque du film. Un meurtrier en série assassine des enfants. La bourgeoisie et les pouvoirs publics font pression sur la police, débordée, pour intensifier les recherches. Contrariés par cette mobilisation, les gangsters s’agitent à leur tour. L’ennemi public n°1, Franz Beckert, est bientôt traqué par la pègre, la police et la population. La seconde partie du film est une chasse à l’homme puis un passage devant les tribunaux. Le tueur psychotique finit piégé par un tribunal de l’ombre, cerné par une foule passionnée et déterminée, prête à purger ses sombres instincts en ayant sinon la conscience tranquille, au moins la raison pour elle.

Dès le départ, Fritz Lang fait du tueur un monstre pathétique, une bête peureuse, esclave de ses pulsions, semblant sans conscience, quoique douée pour la dissimulation, le travestissement. Franz ressemble à un petit animal parfois lymphatique, parfois effarouché. Lang renforce ce point de vue en faisant du Maudit une victime. Il pousse le processus jusqu’à la stricte inversion, donnant raison au psychopathe accusant ses traqueurs d’être des criminels en toute conscience, alors que lui est téléguidé par ses pulsions. Soit Fritz Lang, mais si Franz est le malheureux otage de déterminants plus forts que lui, pourquoi ne pas accorder la même circonstance atténuante aux individus heurtés par ses actes mortifères ; heurtés parfois dans leur chair puisqu’il a pris leurs enfants, comme meurtrier et pédophile qu’il est.

Le faible Franz serait moins abominable que ces gens en colère ? Ou alors, c’est 50-50, torts partagés ? M le Maudit pose un dilemme intéressant et très courageux, surtout à son époque en dénonçant le glissement vers la tyrannie de la majorité et son détournement de prétextes moraux solides. La punition pour l’assassin, quoi de plus légitime ; quelle plus belle justification aussi pour un déchaînement gratuit sur une cible irrécupérable, qui n’a plus qu’à catalyser toutes les aigreurs et les haines, quitte à pousser à la colère voir au crime des gens normalement inertes. Cependant le retournement de Fritz Lang n’est pas plus constructif, il déresponsabilise le tueur, accuse la société et relativise la nécessité d’une sanction radicale.

L’ultime séquence est bancale : lors du jugement civil, officiel, une mère philosophe et réalise que l’enfermement de Franz ne ramènera pas ses enfants, lesquels devraient probablement être davantage surveillés. Enfin Lang semble omettre que les exactions sont objectives : il n’y a pas de déformation populaire, de moralisme hasardeux. Il s’agit bien ici d’un tueur de victimes innocentes. Et s’il est incurable, possédé par ce Mal, s’il n’y a donc aucune solution, si Franz ne peut demeurer parmi l’Humanité ou cohabiter avec elle : décider qu’il est une victime à isoler tout au plus, est-ce raisonnable ? Voilà plutôt une sagesse de snobs dissociés. D’autres dirait « politiquement correcte ».

Toutes ces orientations font de M le Maudit un film radicalement biaisé idéologiquement, sous une apparence de recul. La remise en question de jugements d’autorité, ou d’un certain bon sens limité, sert des considérations plus larges, pertinentes, au service de conclusions superficielles. Le film est souvent considéré comme un écho accusateur du nazisme galopant et les critiques font de Fritz Lang un visionnaire pour cette raison. Ils semblent omettre que Thea von Harbou occupe une place égale à son époux dans la conception et le scénario de M le Maudit ; Thea von Harbou, qui dans les deux années à venir sera engagée par les nazis comme le fut Leni Riehfenthal (Le Triomphe de la Volonté), tandis que Fritz Lang partira à Hollywood.

Chacun se montre ainsi fidèle à ses convictions. L’Histoire, la politique et une affaire de coucherie sont venus à bout de ce tandem Lang/Von Harbou, chancelant dès 1927 avec Metropolis, déjà nourri par deux visions divergentes. Les options morales et idéologiques de Fritz Lang apparaîtraient plus dérisoires et grossières sans la contribution de Thea von Harbou, peu prosélyte par ailleurs, dont les réserves et surtout leurs motifs enrichissent les films de Fritz Lang (lequel a toujours émis des considérations enfantines, y compris dans ses chefs-d’oeuvre). Son cinéma a le mérite de s’engager sur des sujets audacieux et d’en dresser systématiquement un tableau global. Il vire alors au monumental sur la forme.

Là encore, le passage en revue est orienté : si la plupart des agents sociaux sont inspectés, ce n’est pas le cas des anonymes contributeurs du tribunal de l’ombre, sans visage, sans profondeur. Dans tous les cas reste la mise en scène, au langage complexe et brutal. Fritz Lang fait de Berlin une fourmilière anxiogène et rigide, emploie abondamment les reflets, les jeux d’ombre et lumière. Le malaise est omniprésent et le doute sur le tueur alimenté par sa présentation à la lisière du grotesque et le jeu de Peter Lorre, le monstre dissocié – l’acteur subira cette performance tout le reste de sa carrière. M le Maudit a marié expressionnisme à un réalisme d’investigateur, rigoureux et puissant, même si une boucle idéologique sert de repère.

Note globale 73

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Suggestions…

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Fritz Lang sur Zogarok >> Le Diabolique Docteur Mabuse (1960) + Le Secret derrière la porte (1948) + Le Testament du Docteur Mabuse (1932) + M le Maudit (1931) + Metropolis (1927) + Les Nibelungen (1924) + Docteur Mabuse le joueur (1922)

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GARDE À VUE ***

25 Nov

garde à vue

3sur5  Réalisé au début de sa carrière, Garde à vue est resté le film le plus apprécié et reconnu de Claude Miller (L’Effrontée, Mortelle randonnée, La petite voleuse). Il sort en 1981 et réunit deux monstres sacrés de l’époque, Lino Ventura et Michel Serrault, pour un face-à-face judiciaire. Michel Serrault est Martinaud, notaire accusé du viol et du meurtre de deux petites filles. Lino Ventura est Gallien, le policier le maintenant en garde à vue la nuit du 31 décembre, décidé à trouver les preuves allant à son encontre. Dès le début, cet acharnement est indiqué au spectateur, cependant la culpabilité de Martinaud semble toujours probable.

À moins qu’il ne soit qu’un salaud ou même « un médiocre » auquel les autres médiocres en veulent car lui a réussi, alors qu’il est des leurs. Ce propos est explicité dès le départ et malgré tous les niveaux de lectures qui vont se succéder, c’est toujours lui qui va présider la suite. Dans Garde à vue, Martinaud est coupable de toutes manières, il ne faut que des preuves. Le film pointe du doigt la confusion entre ce que laisse supposer le caractère de quelqu’un ou ses secrets et ce qu’il fait concrètement. Martinaud est dans un continuum entre la saleté et le crime. Et s’il se moque de ces flics cherchant à mettre le grappin sur un gros poisson, il est sans cesse contraint de redéfinir sa déposition car les incohérences sont partout.

On ausculte la bête, pas une vraie bête immonde, juste un notable dérisoire, plein de vices et de tics minables, voir bientôt de perversions en germe. Les auteurs cherchent à le rendre agaçant : il est arrogant, joueur ; il est sans illusions aussi et cruel envers lui-même comme envers les autres ; il rappelle le droit et l’utilise pour se planquer, pour montrer qu’il a le droit d’être cynique sans que cela constitue un motif suffisant contre lui. La démonstration est à la fois maline et lourde, le point de vue d’un moralisme douteux : les gens seraient donc des chiens prêts à fondre sur un bouc-émissaire et tout lui faire payer, aucune faute ne nous est jamais pardonné. Sauf que nous ne sommes pas nécessairement des veaux hargneux et bas-de-front, que Martinaud/Serrault ne nous a pas nécessairement paru un monstre quand bien même il serait imbuvable.

La mécanique du film est très réussie, mais cette façon qu’a Miller de revendiquer l’empathie et l’objectivité face aux autres, les vrais salauds mais déguisés, alourdi son propos. La mise en accusation de ces éléments externes (la lourdeur de l’institution, la collusion avec le moralisme, les opportunismes mesquins et la tentation du raccourci) pesant une Justice honnête sert autant le message que le thriller. Mais la posture de bien-pensant toisant tout ce manège avec supériorité pose problème, quand le bien-pensant lui-même ne s’applique qu’à démontrer la fourberie ou la bêtise des antagonistes de Martinaud (c’est-à-dire tout le monde). Systématique et simplificateur, Garde à vue s’inscrit dans l’inversion accusatoire : quelle malice, quelle acuité providentielle ! Malgré le double-malaise que cela engendre, le film captive par sa réflexion et sa frontalité. La parade est soutenue par les brillants dialogues de Michel Audiard, pour lesquels il obtiendra le seul César de sa carrière. C’est d’ailleurs lui qui aurait trouvé le livre Brainwash ! et lancée l’idée de l’adaptation.

Note globale 63

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Suggestions… Le Limier + L’Important c’est d’Aimer   

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