DRESSE POUR TUER *

2 Sep

2sur5  L‘émotion et l’idéologie peuvent-elles suffire à occulter les qualités objectives ? Absolument, Dressé pour tuer nous le prouve. Film dénonciateur du racisme et de son conditionnement malveillant, Dressé pour tuer fut desservi à son époque par une vaste polémique concernant ses intentions et, ironie, son racisme supposé. Les studios préfèrent éviter le scandale et refoulent Samuel Feller (Shock Corridor), lequel se retrouve avec un film-maudit sur les bras, distribué dans une poignée de salles. Ecoeuré, il en vient à s’exiler en France.

Belle genèse, pour autant Dressé pour tuer est loin d’être un incompris auprès du public. Il est incroyablement bien noté, admiré même. Or à l’instar de Futur Immédiat LA 1991 (quoique la réputation de celui-ci demeure encore assez raisonnable), ce n’est jamais autre chose qu’un petit divertissement avec substrat idéologique fort, valant le coup-d’oeil et certainement pas cette pluie de médailles. L’idée est audacieuse : une jeune actrice recueille un chien blanc massif qui a manifestement été dressé pour attaquer les personnes de couleur noire. Horrifiée, elle le remet à un anthropologue (noir) pour extirper cette rage.

Le film présente donc ce combat optimiste contre la force du conditionnement et des préjugés inculqués à un être vivant. Il coche toutes les cases idéologiques, chaque simplification est au rendez-vous, comme la mise en scène du processus peur/haine/attaque, dynamique presque spirituelle de tous les intolérants de ce monde comme chacun doit le savoir. Sous peine de dé-conditionnement en faveur d’un conditionnement inverse, mais un conditionnement visionnaire voyez-vous, consistant à s’affranchir du Mal. Dressé pour tuer ? Le devoir scolaire d’un petit socialiste (ou progressiste) consciencieux auquel il manque le choc de la vie.

Samuel Fuller met un véritable talent pour le drame et le thriller au service de toute cette errance. Si le film est toujours à la frontière du ridicule, notamment lors de ses fièvres symboliques (à l’église, c’est peut-être un peu trop Samy), la séance est tout de même divertissante et donne à méditer. Le contenu est pourtant pauvre, le peu de matière étant étalé à l’infini et retourné dans tous les sens. Il semble que l’issue ne fasse aucun doute ; puis surgit le final fataliste. La haine est incurable. Le germe ancré, on ne peut que l’orienter, mais jamais l’anéantir. Le gros chien blanc a déplacé sa haine mais reste un prédateur hostile conduit par ses ornières et ses mauvais instincts.

Un retournement final ne suffit pas à introduire la complexité. Pendant tout le film, Samuel Fuller a soutenu une ligne structurée : il aimerait avoir la foi en elle plus qu’il ne l’a, mais il montre tout de même la supériorité de cette vision. Il reconnaît in fine qu’elle se heurte à la mise en pratique, que la réalité est réfractaire. Cela peut être considéré comme un sursaut de conscience ou une forme d’humilité. Mais c’est comme pour ce gros chien blanc : l’action, même contrariée, a des effets. Dressé pour tuer est dans le camp de l’ingénierie psycho-sociale avec les arguments d’une blague et un sérieux total.

Mais comme dans tous les produits idéologiques normatifs ou voués à frapper les esprits, des images fortes sont là. Elles sont démagogues, manipulatrices et malhonnêtes, au service d’intentions se voulant nobles et s’avérant démesurées. Quand Fuller fait du chien une créature quasi démoniaque, il est proche du nanar sentencieux, mais aussi de la grâce. Ce n’est pas défendable mais c’est une grande performance ! De même, il hystérise la narration, mais cette sur-dramatisation fonctionne malgré les résistances quand à l’objet.

Le problème, c’est naturellement lorsqu’on perçoit que c’est intenable : soit sitôt qu’on allume un semblant de sens critique, dès que la moindre distance mentale s’opère. En revanche, le règlement de compte avec le raciste relève trop du nanar sentencieux pour ne pas sombrer au sens négatif dans l’anthologique. Par ailleurs, la propriétaire du chien est bien trop lente et creuse pour inspirer la sympathie, les dialogues trop enfantins et on note certains faux-raccords très grossiers (face à la cage). Dans l’ensemble, c’est du bis qualitatif, avec un côté De Palma et Carpenter light, où la vulgarité du propos et la passion de la démonstration confinent à l’égarement.

Note globale 41

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Wolfen + Duel

Voir le film sur StreamingVK

 Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :