Archive | septembre, 2017

REBECCA ***

30 Sep

4sur5  Après un début de carrière à succès dans sa Grande-Bretagne natale, Alfred Hitchcock émigre aux Etats-Unis en 1939. Il va réaliser avec Hollywood la ribambelle de films sanctifiés et passés à la postérité : Psychose, Sueurs froides, La mort aux trousses, etc. Le premier d’entre eux est Rebecca (1940), adaptation du roman éponyme de Daphne du Maurier (1938). Hitchcock y fait la démonstration de son talent de conteur, dans une atmosphère proche du gothique britannique, affinité qu’on ne prête généralement pas à celui qu’on tient avant tout pour le pape du thriller moderne.

C’est l’histoire d’une gentille fille (Joan Fontaine) constamment vampirisée. Dame de compagnie d’une vieille bourgeoise extravertie et exténuante, elle tombe sous le charme de Maxim de Winter, jeune veuf richissime. Elle aménage dans son immense demeure au sud de l’Angleterre, entretenue par une armée de domestiques. Ceux-ci la malmène de façon tacite, se montrant discrètement hostiles ou hypocrites. À leur tête, la plus impitoyable : Mme Danvers, toujours loyale à la défunte Rebecca de Winter, rappelant à la nouvelle Mme Winter qu’elle est une imposteure.

Hitchcock fait de Joan Fontaine le monstre innocent de l’affaire. Innocent car tout le long du film, elle est otage de maîtres supérieurs, plus aisés et face auxquels elle est toujours défaillante ou un peu fautive. Monstrueuse parce que cette innocence est un fardeau tel que ces nobles personnes la maintenant captive font d’elle une vicieuse intrinsèque ; et piégée là, Joan Fontaine, dont on ne sait jamais le prénom, est une sorte de tâche au tableau. Dans les décors majestueux où déambulait autrefois Rebecca de Winter, elle est gauche, inhibée, sombre et torturée. Hitchcock opte le plus souvent pour des plans très larges, où Joan Fontaine est perdue au milieu de fastes immobiles.

C’est La Maison du Diable inversé : là, une héroïne trouvait sa vocation en étant une gardienne potentielle d’un lieu maudit lui correspondant parfaitement. Dans Rebecca, Joan Fontaine est un bibelot charmant mais inadéquat. Sa position de victime contrôlée par les autres l’amène finalement à l’état de fantôme : et dans la maison des De Winter elle est un fantôme de trop, incapable d’être à la hauteur de celui de la sainte Rebecca, dont on lui sert les mêmes menus, lui impose les mêmes rythmes. Rebecca c’est le drame d’une femme prostrée dans un état de petit fille, traitée par les autres comme une page blanche indisciplinée. C’est aussi la victoire du passé sur des vivants ensorcelés, dans une maison faisant office de bulle déconnectée. Le film recevra l’Oscar du meilleur film, le seul obtenu par Hitchcock.

Note globale 74

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L’ENFANT DU DIABLE (THE CHANGELING) ***

29 Sep

3sur5  Classique mineur du fantastique, L’enfant du diable reprend les ingrédients les plus conventionnels de l’épouvante et de la maison hantée. Ce classicisme est servi par le soin de la réalisation, précise et théâtrale. La sensibilité s’allie à l’orfèvrerie et partant de ces postulats éprouvés qu’il honore avec grâce, Peter Medak fait de The Changeling un film sur le deuil, sur la dette à sa filiation et aux plaies non refermées.

 

Le joli titre français est donc très critiqué à raison car il est clairement hors-sujet en voulant faire surfer le film sur la vague d’Amityville, version old school du même sous-genre (la maison hantée) lui aussi, mais dont l’ambiance est très différente. Elle est ici beaucoup plus mature. Sans renvoyer à autre chose qu’eux-mêmes, les personnages comptent beaucoup et sont malmenés à bon escient, forcés à une introspection accélérée.

 

Les aléas autour de cette maison tournent à la catharsis. Ce drame télékinétique ressemble à du Cronenberg (Scanners, Dead Zone) passé en mode traditionaliste, évoquant même un peu le fantastique britannique implacable mais tout en retenue des années 1950. Le dernier quart-d’heure est flamboyant. Le film sera couronné par le premier prix Génie, récompense des meilleurs travaux cinématographiques canadiens de 1980 à 2013.

Note globale 68

 

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Suggestions… Marathon Man + Fog + L’Emprise + Angel Heart + Session 9 + Phenomena

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MISTER LONELY ***

28 Sep

4sur5  On dirait une pub parfaite, avec pour seul élément discordant : ces imitateurs pathétiques. On ne les pleure pas mais ils divertissent, par leur sincérité et leur absolutisme. Et soudain on réalise qu’on a depuis le début pris leur parti, charmés par leur impérieux besoin d’exprimer leur affinité avec la beauté ou de la créer si elle manque, qu’importe s’il faut utiliser des moyens ridicules.

Mister Lonely est un très joli film et mieux : délicat. Connu pour Gummo, Harmony Korine prend le public à revers, pour délivrer un produit tout aussi inouï, mais agréable cette fois. Un sosie de Michael Jackson (Diego Luna) fait au début du métrage une importante rencontre avec un sosie de Marilyn Monroe (Samantha Morton). Elle l’emmène avec lui sur une presqu’île en Écosse, où se déroule un gala de sosies.

Michael y rencontre le Pape, la Reine elle-même, Madonna, le Petit chaperon rouge et bien d’autres. Pendant quelques temps ces doux-dingues vont se consacrer à leur spectacle. Le séjour est une fête permanente, sans véritable climax. Harmony Korine les scrute de leurs moments de blocages à leurs extases collectives, filme leur adéquation inattendue avec la Nature avec une grâce qu’on lui soupçonnait et un soin sur lequel un esprit raisonnable aurait pas misé.

Objet paradoxal, traçable quelque part entre Beckett, Sofia Coppola et Wes Anderson, Mister Lonely raconte l’interaction entre la mélancolie et le ré-enchantement. Le film lui-même oscille entre passivité et complaisance ; et allégresse en adhérant à ces vertiges enfantins. Il montre des otages, voir des esclaves névrosés, qui sont autant de magiciens ou de clowns sympathiques. Ils seront toujours décalés, grand-guignols, mais cette théâtralité est le reflet d’un noble activisme.

Un troll n’aurait qu’à tout moquer ou galvauder, il traverserait ces tableaux fragiles sans plus prendre le risque de douter ou d’être déçu. Eux sont des artistes en mal d’un monde où l’émerveillement l’emporterait du berceau jusqu’au tombeau. Et ils se tiennent à ce rêve, quitte à entrer dans le déni ou se heurter à la dépression, avec le risque de se résigner à une existence de fantômes, après celle d’instruments flamboyants.

Note globale 76

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LES MANIAC COP **

26 Sep

Les Maniac Cop forment une trilogie mêlant policier et horreur. Ces films de 1988-1993 sont des produits typiques du bis de l’époque et de son rayon épouvante/fantastique en particulier. Le premier film avait une certaine identité mais pas le potentiel d’une franchise, si resserrée soit-elle.

Nicolas Winding Refn préparerait en ce moment un remake/reboot.

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MANIAC COP **

2sur5  Produit et écrit par Larry Cohen, mis en scène par le réalisateur de Maniac (William Lustig), Maniac Cop est un film culte mineur, ou film grindhouse (d’exploitation) majeur. Il mêle action, policier et épouvante. Dans les rues de New York, un mystérieux flic sème la mort. Jack Forrest est accusé à tort pour ses meurtres ; avec son amante et un collaborateur bienveillant, il va tâcher de réunir des preuves contre Matt Cordell et l’arrêter dans ses massacres. Matt Cordell, leur coupable présumé, était un homme vertueux : aujourd’hui, c’est un fantôme aveuglé par la colère.

La séance est sympathique mais le mythe balayé. Découvrir Maniac Cop trente ans après sa sortie et en connaissance du bis amène à s’interroger sur le destin de ce produit. Sa réputation est probablement dû à la présence de Tom Atkins et Bruce Campbell, le héros de Evil Dead adulé par certains fans du gore et de l’épouvante. Malgré le charme de certaines prises de vue, de la capture de ce New York mal fâmé des années 1980, Maniac Cop reste un film au développement laborieux. Les auteurs y enfilent les lieux communs avec une candeur déconcertante, lorgnant vers le Z notamment au début du métrage.

Globalement, c’est un mélange d’énergie et de fabrication poussive : la gestion du suspense est réfléchie et relativement percutante, l’intrigue est pauvre et bâclée à un point limite. Les personnages sont très mal écrits mais le casting est inspiré, sauf pour les seconds rôles tirant vers le nanar. Par exemple, l’inspecteur Frank MacCrae est un protagoniste agaçant et l’handicapée assez improbable, mais leurs interprètes savent le dissimuler. Le film aura deux suites et les flash-back oniriques en prison (avec le filtre bleu nuit typique) servent de choc matriciel à la petite saga. Notons le cameo de Sam Raimi.

Note globale 53

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Suggestions… Street Trash + Der Todesking + Le Dentiste + Wolfen

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MANIAC COP 2 *

2sur5  Maniac Cop 2 reprend les choses à zéro, avec de nouveaux personnages (seul Campbell est encore là) et en semblant ignorer les événements du premier opus. Cette impression est peut-être la résultante de la confusion du scénario. Quoiqu’il en soit, peu d’éléments en font une suite et Maniac Cop 2 apparaît presque comme un reboot de son prédécesseur. Lustig et ses producteurs essaient de prendre le chemin des sagas fétiches de l’époque, Vendredi 13 notamment.

Leur bébé a le côté random et fauché de cette dernière, avec cette même rigueur bizarre donnant la sensation d’assister à des rushes abondamment retouchées et reliées à l’arrache. D’un point de vue technique, Maniac Cop 2 est supérieur, avec quelques mouvements de caméras ambitieux. Il est plus soigné et haut-en-couleur, plus lisse dans son visuel comme dans l’intrigue, resserrée. Celle-ci demeure remplie d’incohérences, mais exclue tout flottements ou dérives bizarres ; on progresse au ras-du-bitume avec des propos insensés, mais la ligne est droite.

L’œuvre est plus spectaculaire, avec cette séquence enflammée en fin de métrage. L’anxiété a laissé la place au ludique. C’est toutefois peu divertissant. Il est temps de s’en tenir là : Lustig a tenté d’ouvrir un mythe, il s’est rétamé en douceur, la manne est trop vaine. Vendredi 13 n’est pas supérieur, mais se poser comme son concurrent direct n’a rien de glorieux. En gonflant l’histoire de Matt Cordell (avec ses traumatismes et son masque), Lustig ne fait que s’installer dans le nanar pompeux. Il est regrettable que l’auteur du brillant Maniac se soit fourvoyé dans ce truc digne d’un Universal Soldier sans la profusion.

Note globale 41

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Suggestions…  Birdy 

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MANIAC COP 3 *

2sur5  Le troisième opus des Maniac Cop amène la petite saga sur les terres de la série B policière quelconque, mais fantaisiste. Tenu comme très inférieur aux deux premiers opus, Badge of Silence confirme l’inanité du label Maniac Cop et présente peu d’intérêt, sans sombrer pour autant dans la médiocrité. William Lustig est toujours aux commandes et partage son poste avec Joel Soisson, réalisateur qui réapparaîtra en 2005 pour s’illustrer dans les suites de sagas horrifiques bien plus mineures que celle-ci : Pulse et The Prophecy.

Avec Maniac Cop 3, le spectateur se retrouve face à un policier très sérieux. La BO est grave, quelquefois sensuelle et constitue l’atout majeur du produit. Loin de la  »flamboyance » du 2 comme du côté grouillant, un peu punk, du 1, Maniac Cop 3 déroule un programme propre et ennuyeux, où un vaudou rejoint la galerie. Les efforts pour noircir le tableau sont omniprésents mais le regard est peu convainquant, qu’il s’agisse des journalistes totalement cyniques ou des avocats dans le même registre.

C’est Bad Lieutenant via une poignée de one-line et de belles gueules de connards arrogants : et c’est faible. Une poignée de séquences à la lisière du psychédélique vient ponctuer l’enquête au climat très lourd et la double romance de circonstance. Lustig emploie toujours cette séquence bleutée en prison, y ajout l’incendie de la fin du second opus. La franchise voulait se hisser auprès des sagas de l’époque et cette fois c’est plutôt Freddy qu’elle cherche à tutoyer, par exemple avec ce cauchemar nuptial. Sans destin mais pas mal-aimable.

Note globale 39

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Suggestions… Massacre à la tronçonneuse 3   

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IT COMES AT NIGHT *

25 Sep

2sur5 Les cinéphiles et individus parlant de ‘thriller psychologique’ à propos d’It comes at night vont devoir relever un sacré défi : car où est la psychologie (que ce soit chez les personnes ou dans le schéma qui les gouverne) ? Il représente plus sûrement une certaine dégénérescence hype de l’Horreur, genre qu’il est censé snober contre toutes attentes – c’est d’ailleurs un cas flagrant de film visant ‘au-dessus’ des vulgaires espérances. Comme le spectateur issu de la multitude est bas-de-plafond, avec ses besoins en hémoglobine, en scénario chargé et en émotions denses ! Il ne sait pas savourer le catalogue des variations de ‘l’inquiétante étrangeté’ appliquée avec un infini doigté.

C’est bien le cinéma ‘indé’ ou ‘complexe’ de l’époque quand il se balade dans le domaine : il va montrer la peur, l’attente, filmer la pesanteur et l’anxiété, miser sur l’effet Koulechov, la projection (et éventuellement l’identification). La menace est comme le reste : imprécise. It comes at night cultive des mystères et ne donnera rien de solide, hormis des éclats de violence convenus et laborieux. Même la découverte derrière la porte doit être évacuée. Nous aurons un flash-back pour la titiller, sans suite. Il y aura, discrètement, de petits mensonges, des flous plus ou moins manifestes, quelques rétentions d’info. Le résultat de toute cette attitude et de cette organisation, c’est une œuvre non constructive et ne prenant pas d’épaisseur. On nous fait regarder sans nous livrer d’informations, suggérer de passé, etc.

Nous sommes bloqués au-dessus de leur situation, à devoir supposer et accepter leurs tempêtes intérieures et leurs enjeux subjectifs. Les personnages sont attachants au minimum : c’est sûrement au service d’une approche ‘analytique’ de l’angoisse, nous diront les défenseurs qui auront dû, comme les autres, monter leur propre film, avec plus d’aisance s’ils sont dévoués et impatients. The Witch faisait ce travail, n’était pas anxiogène et distant de manière purement mécanique et désincarnée. L’ambivalence était nette, la trajectoire aussi ; l’essentiel se passait entre les lignes, entre les mots et les actions franches, cet essentiel était rempli, humain, tendu et en devenir. Cette fois les situations et la construction l’emportent sur tout : il n’y a pas de présence, juste un climat artificiel (et ‘progressif’ au sens musical). It comes dicte sa tension et délaisse tout le reste.

C’est un film de formaliste courant après les poses et les modes. Pour la première il n’a pas assez de goût – ses affiches promotionnelles en avaient davantage, en trouvant leurs motifs dans un ‘ailleurs’ total. Concernant la dernière, c‘est un nouvel exemplaire de cette horreur critique totalement vide, évoluant parallèlement à une autre plus démonstrative (sur son ‘engagement’ ou ses connotations, en tant que produit de divertissement et de genre) et attractive (Get Out l’illustre bien). Après la mort qui tue des Destination finale, voici l’âge de l’abominable ignorance et du doute engendrant la peur. Après l’horreur parodique post-Scream, les consommateurs curieux doivent subir les crypto-laïus de robots affectés à propos de ‘notre’ méfiance exacerbée, ‘notre’ parano généralisée, ‘nos’ ‘fantasmes’ à propos des épidémies. S’il faut croupir à ce stade, mieux vaut s’abrutir avec de joyeuses banalités qui n’ont pas honte d’aboutir et de faire jouir.

Note globale 36

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Suggestions… Fences

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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