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RUBBER *

14 Août

2sur5 Après l’échec paradoxal de l’étrange Steak, Quentin Dupieux alias Mr Oizo présente au cinéma des contributions plus élitistes et rompt pour de bon avec toute possibilité de s’assimiler à un cinéma plus ouvert et commercial. Avant Wrong en 2014, il réalise Rubber, où les pérégrinations d’un serial-killer justifient un work-in-progress très conceptuel. Ce tueur est un pneu télékinésiste.

Rubber est un film troll visant très haut. Il multiplie les références cinéphiles (Scanners, Duel pour les fondamentaux), affiche sa volonté métafilmique et entretient un rapport audacieux avec le public, jouant à le décevoir, à l’inclure, à lui faire monter le film tout en le démontant sous ses yeux. Pourquoi ? Il n’y a probablement « pas de raison », comme dans tous ces classiques communément étiquetés chefs-d’oeuvre qu’un narrateur vient citer au public.

Dans le film, un public de badauds (comme nous, donc) suit le pneu à distance dans ses aventures, sans trop en savoir sur son compte. Ce public est malmené, celui derrière l’écran aussi. Les intervenants cassent les artifices du film, comme ce policier intervenant au milieu des siens pour réclamer d’arrêter la plaisanterie. Non seulement plus personne ne regarde mais ne veux y croire, paraît-il ; et puis cette situation n’est pas réelle, alors rentrez chez vous. À moins que vous préfériez écouter la démonstration.

C’était sans doute génial quand l’idée est venue, mais le résultat est très grossier. L’arrogance n’est pas un problème et Rubber a bien des mérites, d’abord pour sa mise en scène (photo éblouissante sans quasiment aucun travail en post-production), ensuite pour ses intentions, enfin pour son courage à s’engager sur la pente de la farce poétique. Mais là c’est un spectacle totalement vain ; ce serait fabuleux de pouvoir jubiler, même juste en théorie. Or pas du tout.

Le manque de direction dont souffrait Steak a été élevé au rang de philosophie. Mr Oizo en fait une exploitation bien trop cynique, car il pourrait dépasser la posture gratuite avec peu d’efforts. Or il se contente de poser les bases et laisser les spécialistes s’extasier avec snobisme sur des vertus qu’il n’a su qu’évoquer. Le vieux loup lunatique venant s’incruster dans le tournage, pour critiquer les procédés, le manque de vraisemblance et de fluidité a raison : tout ça est bidon, mais lui aussi est bidon, le gimmick et la démarche qu’il incarne sont bidons.

Il y aura finalement cette séquence du vélo, partant à l’assaut du monde avec son gang de pneus, laissant une dernière impression agaçante. Oui, une certaine fureur est prête à se déployer, mais il faudrait quelqu’un pour faire le film, l’assumer entièrement et jusqu’au-bout.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

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