ALICE OU LA DERNIÈRE FUGUE ***

29 Juil

ALICE OU LA DERNIERE FUGUE

4sur5  Dédicacé en ouverture à la mémoire de Fritz Lang, ce film est le plus déroutant de Claude Chabrol. Avec Alice ou la dernière fugue, le cinéaste français se lance dans le fantastique et laisse de côté ses charges anti-bourgeoises. Il ne sacrifie rien de son style pour autant et l’associe à de nouvelles manières qui le subjugue, au point où on peut se demander si Chabrol n’a pas raté sa vocation esthétique !

 

Adaptation revendiquée, en fait totalement extravagante et inclassable de l’Alice de Lewis Carroll, le film semble surtout un remake à la française de Carnival of Souls, où une héroine se trouvait plongée dans un dédale onirique. Dans La dernière fugue, la jeune femme se retrouve piégée dans un espace-temps immobile et hermétique. Elle tente de fuir, de comprendre, mais y échoue.

 

Alors ce monde d’énigmes sans solution et de cul-de-sac improbables est pris à revers : Alice s’y résigne. Alice accepte cette nouvelle dimension et la place qu’elle y occupe. Le vertige devant le surnaturel et l’inconnu rejoint un autre plus réel, plus discret. En se soumettant à une volonté opaque, Alice devient une enfant adaptée dans un monde absurde, mais pourtant toujours une enfant sauvage avec ses propres normes, sa culture et ses réflexes.

 

Chabrol a toujours cogné sur la petite bourgeoisie provinciale, qu’il montrait aussi rigide et ingrate que foncièrement perverse. La cruauté et souvent l’unilatéralité de son regard lui a permis de faire de bons drames tapageurs mais aussi de verser dans la diabolisation minable d’un épouvantail soigneusement entretenu et éprouvé. Cette agressivité de Chabrol aura rarement été aussi payante que dans La dernière fugue ; en omettant ses bourgeois et sa morale, Chabrol laisse s’exprimer de façon optimale son talent pour croquer les Hommes et leurs angoisses.

 

Aussi, cette ambiance lente, mortifère et secrète, pourra être perçue comme une allégorie de l’univers des nantis bucoliques, afin de maintenir le lien avec l’éternelle rengaine. Mais elle a un sens bien plus profond car La dernière fugue nous raconte comment une jeune fille vit deux choses : d’abord, à « se soumettre aux circonstances », assumer sa part dans la vie. Autrement dit quand rien n’est choisi et qu’il n’y a aucune gratification, sinon les beaux décors : vivre dans sa prison à soi, l’habiter, poser ses conditions.

 

Devoir, sagesse, fatalisme : les vertus des individus pour qui le temps s’est arrêté car ils ont accédés à l’équilibre entre la vie et la mort. Voilà la deuxième chose qui nous est racontée, ce rapport au temps. Si particulière chez Chabrol mais aussi dans les milieux qu’il a toujours croqué, la notion du temps trouve une expression plus ouvertement abstraite et passe à un niveau conscient, donc délibéré. Avec ces niveaux de lectures et des encarts quasiment  »psychédéliques », Chabrol a dopé ses atouts traditionnels et gommées ses lourdeurs de toujours.

 

Son discours social s’en trouve à la fois compromis et amélioré. En ce sens, Alice est comme un lapsus de son auteur, qui réalise qu’il attribue des maux à une caste spécificique sans percevoir leur universalité ni leur caractère véritable, derrière l’idée malsaine qu’il s’en fait. Le rythme est encore plus lent que d’habitude chez Chabrol, virant carrément au contemplatif, renvoyant fidèlement à ce rapport au monde et aux contingences indicible que le film exprime, mais aussi à la nature très concrète de l’état de son héroine. Le final compromet le génie qui s’était exprimé jusque-là ; audacieux, il se replie sur des représentations peu élaborées.

Note globale 76

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… La Maison Ensorcelée + Un Jour sans Fin

Voir le film sur YouTube

 Voir l’index cinéma de Zogarok

 

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