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DÉDALES ***

18 Juil

« Celui qui inflige une punition a le devoir d’écouter »

4sur5  Le thriller a eu du mal à percer en France et c’est surtout sa dimension policière qui lui a permis de s’installer, au travers de films quelconques comme Pars vite et reviens tard, parfois grossièrement américanisés. Dédales s’intéresse plutôt à la dimension psychologique que ce genre de films charrie. Sylvie Testud, d’autant plus parfaite avec son physique ambiguë, interprète un cas de personnalité multiples. Soupçonnée d’être une simulatrice surdouée, elle a tué quinze personnes. Le docteur Brennac (Lambert Wilson) est convoqué par son ami Karl (Michel Duchaussoy), directeur de l’HP, pour mettre au clair cette affaire dans un délai de trois mois.

 

Dédales est le Seven français. Il n’a pas ses ressources techniques ni sa précision et de toutes façons, avec du recul Dédales nous apparaît somme toute déjà vu, ou pas si subtil. Mais il ne faut pas lui en vouloir d’avoir si bien sû nous embarquer. Le spectacle a clairement un côté kitsch, enfile parfois de gros sabots quand il s’agit de prendre contact avec son sujet. Mais sur le fond il est solide et sur le plan esthétique, il est remarquable. Avec sa photo dépressive et intense, son montage vif voir serré, le film envoûte et étouffe le spectateur. Il alimente les fantasmes propres à l’univers de la folie tout en demeurant concret et rattaché à des notions réalistes.

 

En parallèle des développements de l’investigation de son psychiatre passant par tous les états à l’égard de ce cas « exceptionnel », Dédales suit l’enquête menée par l’inspecteur Matthias (Frédéric Diefenthal), quelques jours avant que Claude ne soit capturée. La fin est relativement bancale mais justifiée, donnant du sens au long-métrage tout en mettant à nu l’artificialité de son alchimie. Mais il ne suffit pas de connaître le secret du magicien pour gâcher son tour, car le mystère n’est pas seulement dans la technique, il est aussi dans tous ces éléments structurants, dont les protagonistes sont les rouages actifs mais aussi les pantins.

 

C’est donc une merveille d’ambiance, avec son lot de failles objectives. Ce n’est pas tellement étonnant de la part de René Manzor, cinéaste malmené, voir incompris. Même dans sa comédie mainstream Un amour de sorcière, il faisait la démonstration de ce sérieux total, décalé, d’une pureté et d’une assurance enfantines et autistiques. Les critiques ont massacrées le film en n’y voyant qu’un nanar simpliste, mais sa manière de ne se référer qu’à lui, en raconter son histoire et rien d’autre, de venir comme un pionnier sans orgueil, le rend d’autant plus fascinant. Sa foi et son emphase puissantes en son sujet sont semblables à celles exprimées dans la conception du Village par Shyamalan. Dédales est un thriller réussi et bien nommé, délicieusement désuet, hypnotisant envers et même avec ses fautes.

Note globale 76

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Haute Tension + Six-Pack + Memento

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