CHUTE LIBRE **

15 Juil

2sur5  Chute Libre est le plus respecté, sinon le seul à être respecté, des films de Joe Schumacher. Il ne fait pourtant qu’exprimer ses idéaux provocateurs de manière aveugle, certes en adoptant une posture plus adaptée. Chute Libre est un formidable exemple de produit contestataire féroce mais fondamentalement attrape-tout et consensuel, quoique brillamment chorégraphié (comme du Tony Scott conceptuel, en somme).

 

Attrape-tout parce que sa cible demeure floue : c’est l’Amérique et ses dyfonctionnements, de façon très générale. Le degré d’interprétation de Schumacher a toujours été très réduit et l’étalage d’une certaine morale lui va bien mieux, aussi cette espèce d’analyse sociologique est conduite par le mauvais individu. Consensuel parce que les coups de Chute Libre ne portent sur personne en particulier, tout au plus la dureté et l’opacité des institutions.

 

Pour autant, l’universalisme de Chute Libre lui permet de bafouer les résistances critiques et les pudeurs mentales. C’est la révolte d’un petit blanc devenu la cible facile, dans une société qui l’a lâché et laisse proliférer les vermines qui le méprise et dominer les nantis qui prennent et jouissent sans s’acquitter du moindre devoir, sans accepter leur part de résignation dans la vie. Il est un petit blanc mais il est surtout une manne essorée : il n’est plus « économiquement viable » et le cynisme avec lequel il est mis à la porte est la claque de trop. On ne reconnaît pas ses services, on l’expose et on s’essuie sur lui.

 

L’objet de la révolte est profond et cinglant, sa défense et ses prétentions confuses, Schumacher travaille là-dessus. Chute Libre capitalise sur le sentiment d’être saturé par une société aberrante ou ingrâte, peu importe la définition véritable ou si la sensation est défendable intellectuellement ou conforme à la réalité. Comme dans God Bless America, plutôt son envers au niveau des valeurs des héros (ici une petite icône réac libérale-populiste, là-bas deux anarchistes moralisateurs), le spectateur est mis dans une position où il serait indigne de ne pas compatir à ce désir manifeste de s’arracher à la déliquescence contemporaine. Mais le leurre du tandem de God Bless est affiché et donne une farce assez morose sur le fond, alors que Michael Douglas est un héros tragique et proche du spectateur à la fois.

 

Sa lutte est pathétique et d’autant plus admirable. C’est le pétage de plombs d’un employé de bureau agrippant tous ceux qu’il trouve à défaut d’avoir des moyens d’assumer sa rélience. Alors pour montrer l’abyme et la capacité de chaque citoyen à sombrer vers le côté obscur, Schumacher met son personnage face à un reflet glaçant. C’est que Michael alias D-Fens ne se rend pas compte qu’il dérive comme un gros fasciste ; et que ce nazillon taré dans son antre miteuse, c’est son égal, comme il le lui dit bien.

 

Voilà le niveau de la dialectique Schumacher. Il n’aime pas le présent, il comprend les gens du bas se sentant cernés au milieu des cancers gay et black de la société (ils ont probablement tort – mais ne pas se positionner sur ce sujet est plus approprié), ou épuisés par toutes les pressions de la société actuelle, écoeuré par ses sollicitations, malade de l’injustice régnante. La noirceur populiste et pathologique de la mise en scène de Joel Schumacher a permis de concevoir de puissantes descentes aux enfers, comme le pas plus fin mais mieux visé et justifié 8mm.

 

Néanmoins elle abouti dans l’ensemble à des démonstrations pessimistes et émotionnelles, dont Le Droit de tuer est la variante la plus risible. Chute Libre est largement plus subtil et il a la volonté de briser l’omerta sur la violence qui couve lorsqu’on est excédé par l’absurdité et la laideur du monde dans lequel on est piégé. C’est un beau postulat, les symboles sont forts, il faudrait intégrer la complexité au lieu de la troquer pour une fausse distanciation, puisque Schumacher rend légitime William D-Fens, ce brave type trop malmené. Au moins, cela permet de charier le plus large public, jusqu’à ceux qui adorent vomir les réactionnaires identifiés, dont fait partie Schumacher. Il aurait fallu attendre Le Droit pour que ce soit acquis, pourtant Chute Libre était pas mal loti.

Note globale 51

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur StreamiZ

 Voir l’index cinéma de Zogarok

 

 

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