MULHOLLAND DRIVE ****

7 Juil

 

5sur5 C‘est curieux comme, à l’instar de Sunset Boulevard en 1959, ce film immense où il est question d’Hollywood et qui s’est imposé comme une légende instantanée, Mulholland Drive, attaque pourtant frontalement tout l’univers hollywoodien, toute l’industrie et ses promesses.

Dans ces deux longs-métrage présents parmi tous les grands classements cinéphiles, on soumet à notre vue des actrices esseulées réfugiées dans le rêve, broyées par un système marchant sans elles, mais nécessiteux qu’elles viennent s’esquinter pour lui. En même temps, dans Mulholland Drive en tout cas, l’enchantement est revendiqué et effectif : ce film nous raconte l’interaction entre le cinéma et notre propre vie, l’inclusion de nos rêves dans ceux du cinéma et vice versa.

Car il faut bien situer, Mulholland Drive (le nom d’une route pittoresque conduisant à Los Angeles) est à rapprocher du film noir. C’est ici qu’il emprunte ses codes les plus structurants. Mais il est à peine plus un film noir qu’il n’est un thriller (et il a beau citer la Nouvelle Vague, il est émancipé et achevé comme peu de ses produits l’on été). C’est une histoire d’amour, d’illusions contrariées ou épanouies, de revanche, traitées dans le registre psychanalytique.

Pas d’effusions gratuites au programme, car Mulholland Drive n’est pas de ces trips hasardeux. Mais comme souvent lorsque le cinéma est à son zénith, Mulholland Drive allie la rigueur à la magie (comme Halloween dans un tout autre registre – avec d’autres vibrations), pour un résultat fluide, où l’étrange est fondé et le langage de l’image se déploie sans entraves, en enchaînant de beaux numéros esthétiques et suscitant des émotions très vives.

Comme à son habitude somme toute, Lynch donne à éprouver des sensations, extraordinaires parfois mais souvent banales, restituées dans le désordre ou telles qu’une conscience embrumée les traite. Parce qu’elle l’éprouve sans le relever, davantage happée par l’objet ou le sujet, que par la bizarrerie de la réalité. Comme tous les épisodes de notre vie corrigés par nos désirs.

La dernière demi-heure marque un retour à la réalité ; avec cette rupture, l’illusion se découvre et donc se désintègre soudain, puisque dans l’ensemble ce que nous avons vu jusqu’ici était bien avancé comme réel, simplement curieux. Au fur et à mesure, s’enchaînent les souvenirs, emmêlés parce qu’en dépit d’une évolution chronologique somme toute linéaire, les émotions de Anna sont le véritable fil rouge.

On se fait bercer avec plaisir, tout en étant agile, dopé, impatient. C’est bien avec la rupture que les morceaux se recollent et les spéculations se tarissent, tandis qu’à l’issue le spectateur a désormais senti la logique du film dans sa globalité et a les éléments-clés. À l’exception des excentricités ouvrant (la chorégraphie kitsch) et refermant le film (le Silenzio de la dame aux cheveux bleus), tout fait sens, rien n’est intervenu en vain (contrairement à un déferlement de visions hallucinées comme dans L’Au-delà de Fulci par exemple). Si la séquence de l’appartement 17 est si intense et donne une impression de complétude parfaite, on saura pourquoi.

Malheureusement l’analyse du film, jouant sur le registre de la psychologie et du polar, induit nécessairement certaines révélations, car sans elles nous restituons alors Mulholland Drive de façon incomplète, celle qui est donnée à percevoir pendant l’essentiel de la séance. Quand bien même, justement, tout était déjà là, mais dans une version négative, biaisée par des données qui elles, sont absolues. Il n’y a pas de multiples interprétations, en tout cas concernant le fond et le scénario, à donner à Mulholland Drive.

Par contre, il peut être décortiqué de manière abondante et il y a tout loisir à contempler sa subtilité inouïe. Lynch a agit en bâtisseur de système et crée donc un film-monde où tout est à sa place, sans organe défaillant ou égaré. Sur le plan formel, on appréciera la lecture de ce rêve hollywoodien et la référence à ce système-là, Hollywood, un monstre sans âme, à l’appétit sans faim, corrompant ceux qui ont quitté la réalité pour le rejoindre. En les enfermant à l’intersection du réveil qui pue et des mondes du fantasme.

Dans ce contexte où nous planons dans un espace baroque délicieusement inquiétant, où la peur se mêle à l’excitation et la fatalité au désir, nous allons souffrir. Sans contrepartie, sans consentement. Nous vivons l’amour accompli et finalement l’humiliation et ces deux expériences laissent groggy. La seconde surtout s’imprime dans la chair et donne la sensation de sortir d’une douce confusion, comme si notre mémoire suspendue se résignait à se rappeler et allait déverser toutes les sensations de honte et de terreur que nous avons pris soin de trahir. Lors du fameux baiser lesbien, nous sommes en total désarroi et ne pouvons plus nous agripper qu’à la haine, ou au délire.

Note globale 85

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur StreaMafia

 

 

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