VISITOR Q *

24 Mai

2sur5 Lorsque Takashi Miike est inclus pour une série de six films sur l’amour, il façonne ce Visitor Q. Les producteurs lui donne carte blanche, mais avec des moyens limités. Cette liberté sera mise à profit et Miike va se dépasser, prenant le parti de choquer. C’est le moyen et la finalité avoués du film. La justification de fond est redoutablement traditionaliste et réactionnaire.

 

Visitor Q est centré autour d’une famille dysfonctionnelle, censée être la représentation d’une société malade. Le responsable de cette désintégration familiale et sociétale, ce sont les inhibitions et les désirs rances gérés dans l’ombre, avec les moyens artificiels mis à disposition, avec le lot de déviances domestiques et de narcotisations. Un Jésus arrive, comme dans Théorème, pour accélérer l’implosion mais cette fois, la famille est déjà corrompue. Au bout du chemin il y a également la renaissance et le retour de la femme comme pilier émotionnel et nourricier, élément décisif pour la cohésion et la santé d’une famille.

 

Entre-temps on prendra soin d’éplucher le petit catalogue de perversions et dégueulasseries diverses préparé pour l’occasion. Inceste et prostitution, tabassage en famille, petits détours scatos bien entenu, lait des nibards de maman coulant à flots, insertions d’objets impromptus : tout est là, il suffit d’attendre. Miike se montre consciencieux dans sa démarche, découpant son film en petites parties introduites par des questions scandaleuses et outrancières telles que « Avez-vous déjà couché avec votre père ? ». Celle-ci est la première, annonçant douze premières minutes où un homme couche avec sa fille prostituée, spectacle laborieux et concurrençant les séquences X délibérément navrantes de Welcome to New York.

 

La réalisation extrêmement bis (tournage en DV heurtant, mais corrélé par un montage anémié et une direction molle), bien plus ras-du-bitume que celle de 964 Pinocchio par exemple, renvoie Visitor Q à sa réalité de simple film salace perdu dans les poubelles du cinéma, dont il n’est devenu un étalon que grâce au prestige dont jouit son auteur et à son enrobage théorique de Canine beauf. Le spectacle est d’un ennui rare, d’une vulgarité que ses intentions presque politiques (bien sûr, un effort s’il-vous-plaît, soyez réceptifs !), même si elles tenaient debout, ne feraient que justifier sans pour autant gommer les dégâts accomplis. Miike a manifestement des opinions sociales tranchées mais il ne sait pas les analyser ou les présenter intelligemment. Lorsque la niaiserie l’emporte dans un final ironique-mais-pas-tellement, le désespoir s’impose sur le cas Miike, nouveau parangon de candeur malpolie. Concernant l’allégorie de la décadence, Pink Flamingos est largement préférable, probablement car il est conduit par des trolls intolérants et non des prudes en pétage de plombs.

 

Miike a un univers à lui, détonant, « trop humain » sans doute, c’est certain. Et comme il manque de recul et de vision, souvent, il se plante. Le génie à l’arrache existe, probablement, mais forcer le génie, c’est autre chose, aussi un peu d’espace entre deux livraisons ne ferait pas de mal. Acclamer ce genre de déchets est ingrat à l’égard des cinéastes touchés par la grâce ou impliqués dans un travail d’artiste et de metteur en scène complet. Miike a pondue un nanar trash de plus et a eu les réactions snobinardes qu’il n’aurait osé espérer. C’est aussi pénible que El Topo, ici la dimension sociale remplace le mysticisme présumé entretenu par Jodorowsky.

 

Ironiquement, Visitor Q est porté aux nues par les cinéphiles, quasiment jamais attaqué, là où la réserve polie face à la violence de Ichi ou les pudeurs de Audition passe sans problème (tant qu’on émet des regrets sur la forme, donc). Naturellement ceux qui ont pris Visitor Q pour le tas de merde qu’il est sont perçus comme des esprits un peu bornés, trop premier degré. Evidemment.

 

Dommage par contre que les esprits plus élaborés sensibles à la pertinence insondable (insondable, c’était ça la clé, comme toujours !) du propos de Miike ne perçoivent pas le caractère simpliste mais surtout le moralisme de celui-ci, qu’ils qualifieraient en d’autres circonstances de rétrograde (c’est-à-dire en cas de  »second degré » explicite). En effet on se pâme toujours à l’idée que la société serait mise face à sa laideur ou sa médiocrité, au point qu’on en oublie les motivations ou le regard de l’auteur, quitte à lui prêter des intentions élitistes et visionnaires dont il se contrefout allègrement. Visitor Q est un film ridicule, l’estime dans laquelle il est tenue est lamentable.

Note globale 38

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Otesanek

Voir le film sur StreaMafia ou YouTube (filtré)

.Voir l’index cinéma de Zogarok

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