ELEPHANT ***

30 Avr

3sur5 Gus Van Sant n’est pas un amuseur ou un visionnaire comme Marilyn Manson, pas un documentariste engagé comme Michael Moore. Sa version de la tuerie de Columbine (où deux adolescents avaient massacrés leurs camarades et professeurs avant de se suicider au sein de leur lycée) n’a pas de vertu sociologique ou philosophique. Pour autant, par ce qu’il construit pour faire tenir son œuvre sur des faits, Gus Van Sant est proche du spot moraliste et dénonciateur des maux de son temps.

 

Pêle-mêle, c’est la libre-circulation des armes, les faiblesses du système éducatif américain, les parents absents, les laissés-pour-compte sans espoir, les jeux vidéos agressifs, qui sont présentés comme autant de causes à l’inéluctable catastrophe. Pour nuancer, les deux tueurs sont de gentils garçons aussi vains que les autres et même des phobiques du IIIe Reich. Quelle subtilité ! Quel retournement inoui prompt à casser tous nos repères moraux ! Voilà que les méchants n’en sont pas et qu’eux-mêmes refoulent le comble de la méchanceté.

 

C’est tout le malheur, comme tout film de Gus Van Sant, notamment sa trilogie sur la jeunesse paumée et en état pré-morbide (avec Gerry et Last Days) celui-ci est intenable sur le fond. Mais l’approche impressionniste et lyrique de Van Sant élève haut le film en compensation. Comme dans Paranoid Park, un événement dramatique est le prétexte d’un plongeon dans la vie adolescente, que l’auteur décrit avec finesse. La mise en scène est solaire, l’expérience sensorielle au premier degré.

 

Elephant s’applique à restituer le monde tel qu’il est, en s’attardant sur ce qui n’a pas de sens mais s’épanouit naturellement, que ce soit la condition du laideron de service, la torpeur du sportif aimé de toutes les filles, la liberté sans objet de tous ces jeunes. Gus Van Sant a le tort de voir par le biais de cerveaux candides, mais c’est aussi sa grande vertu : il se met au niveau de ses personnages et nous fait vivre avec exactitude la façon dont ils perçoivent leur environnement. Et celui-ci est décrit avec précision : et c’est un univers sans relief, limpide, apathique, où tout coule naturellement jusqu’à ce que l’horreur fasse irruption. Personne ne sait si elle va pousser ce monde endormi à secouer ses références.

 

Ce ton fait vibrer et donc, enthousiasme, frustre, sauf à être indifférent soi-même. comme toujours avec Van Sant, ces héros à l’haissable manque de consistance et de nervosité. Pauvre petit blondinet gentil, seul ayant pu percevoir le drame imminent, qui ne trouve pour s’y opposer que de se dandiner poussivement la mèche au vent en interpellant au hasard les passant pour leur envoyer un « non n’y allez pas », sans guère insister ni préciser quoique ce soit. Sans doute que le flou habituel de son mental épuisé n’est pas en mesure de gérer une si grosse information.

 

De là à être incapable d’agir convenablement, de prévenir concrètement, de convoquer les personnalités et autorités dont la vocation est de contrer ce type de menace et qui ont les moyens à cette fin, il faut vraiment être un petit vermisseau lymphatique. Et ce ressenti là, violent, est nuancé par la grâce du style de Van Sant, spectateur introspectif contemplant la texture discrète de la banalité, comme un narrateur omniscient récupérant l’administration du système sans pouvoir intervenir.

Note globale 69

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

 

Suggestions…

 

Voir le film sur StreaMafia

 

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :