L’AU-DELA **

7 Avr

3sur5 L‘Au-delà est le dernier des trois grands films de Lucio Fulci réunis sous le terme de la Trilogie des Morts. C’est un film thématique et esthétique (un hôtel de La Nouvelle Orléans refermant la porte de l’Enfer), donc une œuvre formelle à fond (autant qu’un Only God Forgives ou que Mulholland Drive). Sur Frayeurs, c’était raté, sur L’Au-delà, ça fonctionne. Il y a des manques similaires, mais sur L’Au-delà on décolle parce que le déluge graphique a un sens.

Ici Fulci abandonne presque les scènes comprenant des dialogues ou de la pure intrigue. En épurant la narration il ne se heurte pas aux impasses de Frayeurs ; à la place, son style s’épanouit librement, sans autre contrainte ni restriction que son imagination, son goût et ses moyens. L’Au-delà sait susciter l’attente et une fois la rupture survenue, montrer ce que ses promesses contenaient, l’étirer en savourant et sautant très vite à la suivante. On obtient donc ce qui était visé, un cauchemar où les verrous de la perception ont sautés.

Par ailleurs le film échappe à la vacuité qu’on aurait cru fatale ; non pas qu’il soit riche par son histoire, par de quelconques commentaires ou encore qu’il soit une œuvre métaphysique sérieuse comme l’estiment beaucoup de ses adeptes ; mais un bon nombre de ses plans, ses séquences oniriques pures mais pas seulement, racontent une sensation, une émotion, une vibration universelle. En cela, l’objectif de Fulci est largement atteint. Et cette fois il se rapproche de Argento, le plus désincarné, conceptuel et fascinant, celui de Inferno ou à la rigueur de Ténèbres.

Néanmoins le manque de tension du métrage lui porte préjudice. Il gâche notamment sa dernière demie-heure, reposant davantage sur l’action et quelques péripéties relativement classiques, propres aux films de zombies. Et puis les séquences terriblement inutiles abondent dans les vingt premières minutes, avec tout le cortège d’enchaînements précipités à la limite du grotesque maheureux. Cela n’empêche pas la poésie macabre de trouver ses marques. Elle culminera lors de cette séquence finale où un couple part pour l’éternel dans des décors dignes des tableaux de Beksinski. Celle-ci éblouit et a marqué une génération de cinéphiles, au point qu’il est fréquent d’en entendre parler comme du plan le plus fabuleux de la décennie ou ce genre de choses. La vision de la mort fournie par Fulci donne à réfléchir.

Même si c’est le dernier de ses trois  »chef-d’oeuvre », c’est avec L’Au-delà que Fulci apparaît enfin expurgé de ses gènes de vieux mariole ; toute la flopée de réalisations horrifiques qui suivra, si elle n’a pas la même réputation ni surtout la même notoriété que la trilogie, sera au moins globalement affranchie des relans de l’attraction ludique pour beaufs (qui tiraient Frayeurs, grand film de la pourriture, vers la stupidité). Que les amoureux des manières si déjantées de Fulci se rassurent, L’éventreur de New York nous présentera un tueur s’exprimant comme un canard, aussi une belle marge de nanardise triomphante reste.

Note globale 64

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur Dailymotion

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