LE FEU FOLLET ***

8 Fév

4sur5  Drieu de la Rochelle, auteur et collaborateur, doit sa réhabilitation partielle à l’adaptation de son Feu Follet (dont Oslo 31 août sera fortement inspiré). Louis Malle la tourne à ses débuts, six ans après s’être lancé via Ascenseur pour l’échafaud. Maurice Ronet interprète ce trentenaire en phase terminale d’auto-destruction. Le spectateur l’accompagne vers son premier suicide complet ou réussi, couronnement d’une vie de caprices et de mutilations. Il reste dans sa fugue et sa complainte d’incompris ; repousse les mains tendues, aussi les occasions. Il aime sa neurasthénie et pourtant la paresse n’est pas son guide. Il a cette compulsion de bohémien absolutiste en esprit ; dans les faits, c’est un enfant attardé et révolté, glissant entre salons cossus et chambres d’hôtels.

Le livre est centré, étroit, vif, intense ; le film sec, large, lointain, un peu recueilli. Au cinéma Alain apparaît davantage comme un petit-bourgeois désabusé terrassé par la peur du monde. Il traîne son « angoisse » sans jamais la nommer de façon intelligible, souvent en l’oubliant dans ses diversions ou emballements du moments. Il sait faire le raisonneur, pour s’entretenir dans son mal. Il n’est pas tant accroché à la souffrance qu’à son errance ; elle maintient le gâchis, apaise son ego tourmenté, le protège c’est-à-dire protège sa transe. Les malaises sont forcés, la malchance feinte ; la dynamique négativiste, honnête, au point d’être devenue lui. Il s’est identifié à cette désintégration, a perdu même sa mélancolie à force d’aventures intérieures et d’inconsistances extérieures.

Ce dernier détour vers la réalité est l’occasion d’éprouver son échec. Alain est aussi un genre d’anti-conformiste fatigué ; les illusions qu’il trafique, pour s’égayer ou pour se vendre, se sont flétries. Son slogan est livré, « Je n’ai pas très envie de rentrer dans la vie ». Il a trop bien gagné son pari, le voilà au stade où il n’a plus les aptitudes requises pour savourer, évaluer, relancer – en plus d’arriver à épuisement d’un point de vue objectif. Dans la version commune pour les relations, il vit généralement à New York ; c’est la couverture pour une situation de pathétique ou de parasite, de gigolo en ce qui concerne les finances – qui sont une espèce d’argent de poche pour neurasthénique tenant (et consumant) son corps comme une rente.

Il ne pourra plus assurer les mensonges et ne connaît plus l’évasion ; il va dépérir et il vaut mieux mourir, ce sera plus facile aujourd’hui où toutes ses émotions sont tombantes et ses chances de salut nulles – excepté pour se ranger à une place ridicule (ou s’écrouler dans le cloaque d’apparentés). Le film met l’accent sur l’introspection égocentrée et l’expression de sa douleur chérie (quoique trop forte pour lui), en repoussant ou minimisant les envolées présentes dans le livre, où il arrivait qu’il s’anime ou éprouve une certaine jubilation, même morbide. L’affiliation très libre à la Nouvelle Vague reflète l’ensemble de Louis Malle avant Le Souffle au cœur, ce cinéaste ayant été un cousin vite indifférent et jamais un constructeur pour ce courant.

Note globale 74

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Un homme qui dort

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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