LE MILLIARDAIRE (Cukor) **

2 Fév

2sur5  Tourné quelques années avant My Fair Lady, ce Milliardaire de Cukor (Philadelphia Story, Othello/A Double Life) est retenu pour des raisons de casting plutôt que pour ses qualités intrinsèques, de petite envergure. Montand et Monroe entretinrent une liaison pendant le tournage, venant à bout du mariage de Monroe avec Arthur Miller (scénariste ‘correcteur’ de ce film). Pour les américains, Yves Montand devait incarner ‘l’homme (swag) français’ : nonchalant, malicieux, séducteur au cynisme doux, libéré mais maladroit. Marilyn arrivait à saturation et allait bientôt connaître le tournant fatal de sa carrière scellé par Les Désaxés.

Le gratin des toyboys de luxe hollywoodien (de Peck à Stewart en passant par Grant et Heston) a décliné la proposition pour éviter de se mesurer à la prestigieuse pin-up à problèmes. Montand assure une prestation équivalente, avec un cabotinage moins lisse et fluide. Le français semble gêné pour livrer sa parade habituelle, prisonnier des ‘personnalités multiples’ mélos et brouillonnes imposées par la direction. Marilyn est au second rang la plupart du temps, bien qu’elle soit l’objet de convoitise exclusif (il y aura quelques références aux scènes ‘cultes’ passées de l’actrice). Sans être une potiche, elle a l’air d’une petite assistante bienveillante déguisée en arriviste sympa, pour masquer la candeur et fragilité dont atteste sa bonne volonté (les cours du soir, la dévotion à la profession et aux attentes du monde, l’absence de leurres et de prétentions).

Si le film approche la moyenne c’est grâce à elle. Le film se veut pétillant mais pèse trois tonnes ; arriver à être écrasant malgré un contenu rachitique, c’est une réussite à charge. Elle ne pousse pas à la fuite non plus ; le spectateur venait prendre un shot récréatif, il s’est enfilé un anti-douleur à paillettes. Médiocre pour l’intimité, gentil dans les discours, le film est efficace sans plus dans la farce et les numéros musicaux ; à son meilleur lorsqu’il joue avec les non-dits et les parasitages involontaires. L’ensemble est très répétitif, avec une propension au running gag (sur les ‘femmes’ ad hoc, petit tour qui a pu réjouir le réalisateur ?). L’écriture est banale (mais fournie en saillies) et le développement fade, se contentant de rabattre les enjeux et quelques réflexions autour du thème ‘monsieur est riche et veut être aimé pour ce qu’il est’ (pas pour sa fortune, ni pour « ce qu'[il] peut faire » comme le dit Gerald).

Quand l’idylle doit se conclure, les faux-semblants protégeant Clément deviennent pour lui des chausse-trappes. Le dernier quart est plus ludique et gagne en éclat à tous les étages. Rare jusqu’alors, Marilyn est maintenant de presque tous les plans. On a le loisir de constater la proximité avec la personne réelle (contrairement aux rôles écervelés ou euphoriques qu’elle a endossés, éventuellement pour la bonne cause, comme avec Les hommes préfèrent les blondes) et guetter l’épanouissement d’Amanda – ce sera un happy end au palais, au luxe certain, au ravissement crétin. Sans ce modeste atout, Let’s Make Love restait un divertissement jetable bien qu’il sorte le grand jeu. Il s’inscrit dans l’air du temps (avec une percée rock’n’roll) et de la comédie musicale telle qu’elle existe à l’époque, en prenant un recul complice envers le monde du show-business. Gene Kelly assure un cameo en coach, le croner Bing Crosby est également traité en ‘guest’ et Milton Berle joue un rôle reflétant sa propre expertise de l’humour et du stand-up.

Note globale 48

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Dîner de con

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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