AMER ***

28 Jan

4sur5 Hélène Cattet et Bruno Forzani clamaient leur amour du giallo à longueur de courts-métrages et de festivals. Avec Amer, le couple cinéaste concrétise et passe au grand écran. Leur premier film est un poème totalement intuitif, une sorte de puzzle ordonné en trois paliers de réel (trois âges d’une fille débordée par ses sens opprimés), rassemblant les images ébouriffée d’un univers débridé, opaque et raffiné. Ce n’est pas un simple hommage ou exercice de style (mais ça l’est notamment – certains codes graphiques viennent le rappeler), c’est surtout une sorte de défouloir d’idées et de visions, peut-être même la matrice d’une œuvre en devenir.

Roman graphique laconique et exalté (assez voisin de Sombre en cela, plus encore que du giallo), Amer se présente comme un conte  »viscéral » et symbolique pour ses auteurs, rempli de détails esthétiques. C’est une pellicule abstraite, calquée sur des rêves mouvants et des inspirations dans lesquelles sont placées toute confiance ; cet excès peut aussi handicaper le film, il paraîtra ahuri devant sa propre nature.

Pour cette même démarche extatique et aérienne, qu’il n’est pas interdit de trouver limitative et à laquelle on peut rester étranger ou frustré, Amer rejoint ce cinéma primitif, organique, radical dans son approche et épuré au maximum de conventions ou de méthodes impersonnelles. Ce cinéma est celui de l’hallucination éveillée – et globale : la matière cinéma est éprouvée à tous les degrés, formels et narratifs. Contrairement à ses modèles ou références immédiates dont c’était, sinon la priorité graphique, au moins la finalité intrinsèque, Amer se charge de la dissection de l’âme et des pulsions plutôt que la chaire. En commun, des désirs malmenés, un ton langoureux, subtil, pervers.

C’est comme explorer une maison remplies de porte-secrètes, mais menant toujours à des endroits ou des atmosphères similaires. Pas de complexité ici ; juste des possibilités, dures à saisir mais pas à sentir – l’héroïne ne sort jamais de son monde, elle l’étend mais ne le transforme pas, se contentant de le ré-accoucher frénétiquement et sous les formes appropriées au moment. Elle ne capte le monde extérieur que pour mieux revenir en elle. Cette obsession des mouvements de l’esprit, cette introspection compulsive (mais pas  »maladive » – car complaisante et jouisseuse) traduit vraisemblablement la poursuite d’un trauma, associé à un idéal idiosyncratique destiné à ne voir le jour que dans un temple dissocié du Monde.

Note globale 73

Interface Cinemagora  + Zoga sur SC

 

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