LES ARDENNES ***

12 Jan

4sur5  Film belge en langue flamande avec des white trash d’Europe, Les Ardennes est une démonstration brillante de la part d’un nouveau réalisateur, Robin Pront. Il a beaucoup de points communs avec Comancheria, sorti la même année (2016) et dont l’originalité est plus minime encore. Le scénario est rebattu, les agréments cinglants sans être approfondis : on peut parler d’exercice de style mais il faudra nuancer en ajoutant ses nombreuses petites singularités ; c’est un film ‘laser’ garni d’excentricités canalisées. L’histoire est claire, l’approche tragique et pleine d’ironie. Un type sort de prison et gâche tout ce qui l’entoure, à commencer par Dave, son frère resté dehors ; celui qui a réussi à se construire une vie réglo, se caser à son niveau. Il reste dépendant des tempêtes et des caprices autour de lui, inhibe sa propre puissance. Son dévouement et sa prudence auront du mal à contenir une espèce de cancer sur pattes, teigneux en plus de ça, auquel il est attaché quoiqu’il arrive. Malgré sa bêtise et parfois ses faiblesses, Kenny est un personnage au charisme fort. Son impulsivité engendre des catastrophes précipitant les décisions, chassant les ambiguïtés : c’est l’agent de la sélection naturelle, secouant la mélasse endormie, se salissant constamment sans jamais se désintégrer. Ce dynamisme morbide est un régal pour le spectateur.

Le film dégage une volonté puissante, passée à une moulinette presque mathématique pour travailler une musique – vénéneuse mais sublimant la crasse. Ce détour dans les Ardennes a quelque chose d’un successeur de Winding Refn (pour l’œuvre entière, contrairement à cette mode consistant à aduler celui de Drive). Il multiplie les moments de déflagration, inclus dans le flux mais gardant leur éloquence s’ils étaient séparés – la plupart des séquences sont comme des tableaux de basculements, des moments où une rupture vient d’être consommée et où il faut guetter par quel bout va tomber la fatalité. À plusieurs reprises la mise en scène appuie sur la mise à l’écart, souvent par nature ou par habitude, des personnages ; dans cet univers il est toujours question d’alliances ou de méfiances, les répits à l’écran se gâtent immanquablement. L’air est parfois respirable et les perspectives toujours pourries. Ça prend des allures Fargo et plus encore Du Welz, surtout celui de Calvaire qui se déroulait dans la même zone géographique, avec des hommes moins imaginatifs ou intrépides dans leurs fuites. Ils ne connaissaient pas les échappées individualistes, comme le délire de Joyce, ou les pieux mensonges de post-alcoolos. L’humour est comme le reste, sec et amer, sans fioritures ; le camé des bois (Stef/Jan Bijvoet) en est le meilleur objet.

Il suffit de tourner les vertus en sens inverse pour trouver les défauts essentiels : ils reviennent tous au minimalisme du film, rangé sur un axe général, fondu dans (pas réduit à) un conflit unique. Hostile aux diversions, il fait beaucoup traîner l’avancement, sans polluer ni étirer les facettes ou bouts d’intrigues. D’Ardennen est captivant sur le moment, car l’ensemble est parfaitement agencé. Ni place ni temps pour les relâchements. Ce qu’il laisse en propre tient généralement à la formulation. La deuxième partie (ou deux derniers cinquième) décolle en proposant quelque chose de différent ; ce qui a précédé est riche en détails croustillants (la mère, avec ses mots et comportements de bulldog frontiste cool mais vigilant), en saillies pertinentes, mais dans ce temps-là les références et les bases sont encore trop universelles voire référencées. Globalement le film est prometteur ; balancer quelque chose de plus ample semble accessible à ses auteurs ; pour des choses plus intérieures, nuancées, ou se passant d’émotions fortes, l’expectative s’impose. Le culte de l’artificiel est possible aussi et si la dérive ludique tarantinienne est écartée, Pront devrait concocter de belles distractions. À condition de retrouver des acteurs de la trempe de Kevin Janssens et de garder Jeroen Perceval (pour des risques calculés).

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Bullhead + Suburra

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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