ANOMALISA **

29 Déc

2sur5  Le scénariste génial Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich, Eternal Sunshine) avait déjà pris son autonomie pour Synecdoche New York en 2009. Sept ans plus tard il livre son second film, Anomalisa, récit du paroxysme d’une crise existentielle en stop-motion. L’animation retient l’attention. Les personnages portent des semblants de masques en guise de visage ; le reste est ultra-réaliste et proche du résultat envisageable de prises de vues réelles. Le ton est adulte, d’une maturité virant au moisi – avec besoins régressifs et cris du cœur au souffle coupé. Les séquences sont longues et le spectateur est toujours aux premières loges, aux côtés de Michael – y compris lors de la scène de fornication.

Au milieu de toutes ces faces qui se confondent (les perruques et accessoires divergent, la même voix masculine siffle de l’orifice collectif) : Lisa, l’anomalie heureuse ! Une bécasse, rafraîchissante pour certains, au moins pour ce Michael Stone le temps d’un week-end. Elle a la seule voix féminine, elle fait la différence et met la lumière dans l’hôtel, réchauffe le gros cœur empêché et le petit appareil désolé de Michael. Il fait parler la cruche (va jusqu’à la laisser chanter Cindy Lauper – et recommencer) et adore. Cette candeur le soulage ! Elle l’admire ; et elle serait moche, donc avec beaucoup à donner. Au fil de la cuite, il tombe en amour. Aux laïus sans fin de l’idiote aimable se mêlent bientôt les bruits de baisers. Ça claque salement dans les oreilles.

À la conception on semble admettre à la fois l’atrocité et la beauté de la chose. La mise en scène souligne l’oppression et la solitude, incite à l’empathie et déploie un humour tout en mesquineries. La musique nous explique sans cesse que c’est romantique. Chaque plan rapproché est dégoulinant de compassion et d’envie comblée – hors de cette escapade émouvante, c’est le désespoir avec des pics de peur. Le visage de l’écrivain et conférencier est crispé et aigri au début ; un brave cinquantenaire sur la pente de la dépression et de l’aboulie. Le voir tout émoustillé et compatissant ne rehausse pas sa cote, pas plus que sa sortie de piste à l’oral, lorsqu’il part sur des saillies de lanceur d’alerte bas-du-front (‘je dénonce la manipulation du gouvernement crypto fasciste’ avec termes flous et pas de références à l’appui, merci pour ton héroïsme et ta hauteur de vue). Le banal faux-semblant après l’instant de bonheur aura le mérite de refléter l’anxiété narcissique du type – cerné par ce monde froid et demandeur où nous sommes tous des pantins et des conformistes ennuyeux (lui le cynique occupe la zone snob sur cette cette carte).

Ce cousin de Lost in Translation peut résonner intimement chez beaucoup de monde ; parler aux aliénés passant beaucoup de temps dans les hôtels, aux cocktails d’entreprise, etc, à condition qu’il ne s’y passe fondamentalement rien d’important. Bref, aux enquilleurs urbains, aux bourgeois usés par leurs circuits et leurs habitudes, à leurs employés aux places douillettes et aux stimulations chiquées. C’est aussi une fenêtre sur l’ennui intensément ressenti – avec un peu de fébrilité, l’agitation dont parle le protagoniste en est d’ailleurs un symptôme hystérique (il n’est pas certain qu’il l’éprouve encore, à la rigueur on peut se demander si ce n’est pas une invention totale). Cette balade avec un monsieur à mi-vie persuadé d’avoir fait le tour donne aussi, à l’écran, le point de vue de ces gens confondant leur fatigue avec de la misanthropie – ils vont rarement très loin car si l’intellect est fort, son orientation très pragmatique et/ou ses béquilles peu renouvelées.

Note globale 46

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le sens de la vie pour 9.99$

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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