MADEMOISELLE (2016) **

21 Déc

2sur5 Après [Stoker] son premier film américain (comprendre : officiellement en plus du style) avec le démon le plus désirable du cinéma américain, c’est-à-dire Nicole Kidman, Park Chan-wook est revenu en Corée pour une adaptation de Sarah Waters, figure britannique de la littérature érotique avec intrigues passéistes et poussées revendicatrices. Jusqu’ici cet auteur excellait à mettre en scène des cauchemars, quitte à flirter avec les vices que De Palma traitait moins glauquement. Cette fois il semble chorégraphier la matière de vieux rêves lancinants, pleins de sexe et de fantasmes déchaînés, avec une fatigue profonde prenant le relais de la censure.

D’un côté, Mademoiselle souhaite aller dans la vulgarité, multiplie les préliminaires explicites, après longues et langoureuses mises en bouche ; de l’autre, ce film est otage de son format chic et aseptisé, dévoré par son identification à un parfum de noblesse malade s’émoustillant de sa déviance – en craignant toutefois de s’y consumer. C’est donc un Park Chan-wook plus clean, jouant la hauteur, tout en étant plus gras dans les mots et dans une minorité choisie d’images. La deuxième partie s’étale sur les aspirations libertines, digérées par des lectures et autres cérémonies. Elle est plus théâtrale, nettement moins alléchante, la première se contentant de jouer avec un projet et son empêchement classiques pour mieux illustrer les délices supposés de l’attente, de la montée de sève et toutes ces joies douloureuses venant avec un désir fracassant.

La troisième et dernière marquera le comble de ce manège au cœur saphique agrémenté de dérives sadiques. Voilà du grotesque dans un mode laconique mais extrémiste, à côté le pire racolage d’American Horror Story est encore crédible et chargé d’intime. Si Mademoiselle doit être monument c’est celui de l’exhibitionnisme froid, lourd et gris, traversé par un humour tirant (le goût du déguisement par exemple) vers le kawaii et dévoré par ses indulgences. Les personnages sont manifestement soignés, chéris, même s’ils sont ensevelis par leur masque et l’étrange mais savante compulsion à la dispersion. Le trajet est alambiqué, les double-jeux et chausse-trappes se multiplient en ajoutant au mieux des échos creux et restant sur une voie circulaire.

La mise en scène mouvementée, baroque et harmonieuse de Chan-Wook a perdu de sa superbe ; plus de fièvre ni de force, une fougue toute administrative, de la ritualisation à tous les étages, des empilements statiques en zigzags. Old Boy ou Stoker étaient pervers, tordus, mais surtout impliquaient le spectateur, même les opus les plus bassement brutaux ou les plus opaques et éthérés (Sympathy for Mr Vengeance) avaient cette capacité ; Mademoiselle tient le spectateur à distance, l’installe dans l’impuissance, la contemplation des finasseries et de jouissances tristes à en devenir sinistres, quand elles ne sont pas tellement navrantes qu’elles oublient d’être effrayantes (le type perdu au bout voire au-delà du masochisme – le destin lui prévoit une sortie à sa mesure, un climax de sauvagerie anesthésiée synthétisant parfaitement le côté ‘yang’ abandonnique de ce film).

Chan-wook et par extension un certain cinéma coréen (voire américain) scabreux mais bankable sont en chute libre avec cet opus. Chan-wook en tout cas se repose sur ses acquis, sur des thèmes sulfureux et du racolage universel. Sans doute qu’en tirer un résultat plombant, frustrant, mais extrêmement sophistiqué donne l’impression de domestiquer toute cette fange magnétique avec grâce et intelligence. Il faut bien trouver des accessoires pour se titiller le bulbe de son choix, faire avec ce qui existe, alors quand c’est sous le sceau de la soie et qu’on tient à entretenir ses papilles, on hésite moins. C’est probablement une excellente séance pour les lubriques urbains glacés. Mais la substance significative manque sur le fond, quoique l’intention ait été de montrer combien les hommes sont dépassés par les femmes, comme ils souffrent et cherchent vainement pendant qu’elles s’accomplissent doucement et vibrent bruyamment. On a décidé à la sortie que c’était un film féministe ; en plus il a récupéré l’étiquette LGBT, bravo, en misant sur les lesbiennes, car enfin il faut appâter le chaland. Sur le discours et la toile sociale ça ne vaut pas grand chose ; le malicieux The Housemaid le met à terre en deux séquences bien choisies.

Note globale 43

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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