L’ODEUR DE LA PAPAYE VERTE **

7 Déc

odeur-papaye

3sur5  Premier film du réalisateur Trần Anh Hùng (À la verticale de l’été, La Ballade de l’Impossible), L’Odeur de la papaye verte se déroule à Saigon dans les années 1950 et 1960. Il est centré sur Mui et son rapport à la Nature, omniprésente jusque dans les appartements luxueux où elle est servante. Le visuel est ébouriffant et le travail sur le son extrêmement dense, incluant des sons du quotidien et d’autres ouvertement artificiels. Cet univers auditif est délicat et souvent sentimental, parfois volontairement lourd ou désagréable, toujours sophistiqué (des oiseaux au Clair de Lune de Debussy).

Pour le reste la berceuse est sans entraves. L’ambiance est cotonneuse, la servitude, le confinement ont leurs charmes, surtout quand la banalité est joliment ajustée. L’écoulement fluide et placide n’est secoué que par les tensions entre garçons oisifs ou leurs découvertes mesquines. Les femmes sont aux travaux pratiques, les hommes absents. La seconde partie est plus courte et montre Mui adulte, avec son amant-patron ambivalent tout comme son avancement. La sauvageonne en cage raffine son style et ses habitudes, s’évade autrement sans rompre avec son oxygène originel. Son histoire est aussi celle d’une insertion laborieuse, au sein d’une filiation recomposée. Ses maîtres sont dépositaires de la transmission, des souvenirs et des portraits de famille qui lui manquent et deviennent siens, sans constituer son véritable attachement.

La séance est faite de peu de paroles, repose sur des cycles figés et des rituels accomplis en pleine lumière. La rue et les maisons viet-namiennes ont été reconstituées en région parisienne avec un soin extrême, le contexte historique est également assimilé et révélé via des détails (indirectement déclarés ou d’ambiance). Systématisme et poésie s’associent et se régulent. Quelques motifs spéciaux circulent via les animaux : criquets, crapauds et lézards, autant de parasites aimables et de garde-mémoires. L’Odeur de la papaye verte est un film ‘de fond’, comme il y a des musiques de fond, sublimes et dérisoires. Il met à disposition un cocon pour faire rêver, avec visite guidée et épurée ; un catalogue d’intérieur et d’art de vivre, tiré en édition noble sur grand écran.

Note globale 61

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Elvira Madigan

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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