LES JOURS ET LES NUITS DE CHINA BLUE **

2 Déc

3sur5  Avant d’être l’ancienne beauté prenant cher dans Dumb and Dumber To, Kathleen Turner jouait les femmes fatales. C’est une révélation dès son premier rôle, pour La Fièvre au corps. En 1985, elle est au sommet après sa performance dans À la poursuite du diamant vert, film d’aventures de série A+ pour toute la famille. Participer au nouveau projet de Ken Russell (Tommy, Music Lovers) est une aventure autrement dantesque. Dans Crimes of Passions elle interprète Joan l’executive woman de jour, aka China Blue la nuit.

« Une pute qui fait des métaphores », livrée aux demandes les plus honteuses farfelues, assumant à l’occasion sa nature de dominatrice impitoyable. Avec cet opus Ken Russell est à la hauteur de sa réputation. Le verbe y est cru, l’image outrancière, le goût criard de ces années poussé à son comble. China Blue n’est pas le plus fou de son auteur mais il reste un des ‘trip’ les plus haut-en-couleur qu’un cinéphile aura à croiser. Il contient son lot de nudité, une avalanche de scènes grivoises, avec quelques relâchements vers une sexualité déviante ou laissant des marques. Des personnages et fétiches pittoresques reviennent tout le long : la mission ambiguë du prêtre zélé (interprété par Anthony Perkins, le Norman de Psychose) au « gode superman », l’exhibition d’une fille dans une sorte de cloaque percé par les yeux des voyeurs.

Crimes of passions dispense quelques trucs absurdes, comme le ‘pénis humain’ ; les conversations ou happening lubriques donnent l’impression, quand le film se veut plus profond en plus d’être frontal, de chercher à fabriquer la version ‘cash’ et sauvage d’un Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (de Woody Allen). Mais le goût de la provocation l’emporte sur tout ; le retentissement s’en trouve raccourcit, le film en vient même à lasser malgré sa frénésie. China Blue n’est pas si obscène qu’outrancier, lourd jusqu’à plus soif avant d’avoir commencé à sonder ses stocks. Il s’enfonce dans le malaise au-delà de ses espérances, parce qu’en-dehors principalement. Bobby et sa femme en crise au lit, voilà une scène plombante et en rien pertinente, cette conclusion arrivant trop tard dans le film (et pour eux). Se faire misérable pour causer de la misère est peut-être une méthode, mais il vaut mieux la garder pour la phase de prospection ou d’imagination.

En somme China Blue évolue peu et se tient par une enfilade de sketches. Comme exercice de style il peut être impressionnant, surtout pour un spectateur habitué à des propositions prudentes ou liquidables à la télévision. La furie créatrice de Russell n’est pas si éloquente que dans Les Diables ou Altered States, mais c’est encore là que le film marque le plus de points. Il va chercher les moyens de s’étendre sur la forme : divagations clipesques, l’introduction de dessins. Après cet opus Russell entame sa dernière période, celle du déclin selon beaucoup d’amateurs – où dans un premier temps, il s’intéresse aux productions et à la vie culturelle anglaise de la fin du XIXe (Gothic, Le repaire du ver blanc, Salome’s Last Dance).

Note globale 59

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Tokyo Decadence

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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