SWISS ARMY MAN **

15 Nov

2sur5  Un homme égaré dans la Nature (Paul Dano, abonné aux drames mielleux ou aux tragédies de chambres cotonneuses) trouve un mort sur la plage. Cet homme ‘couteau suisse’ (par Daniel Radcliffe, encore en quête de rôles extrêmes ou incongrus) va devenir son compagnon et sauver indirectement sa vie. D’abord grâce aux capacités de son corps pourri ; ensuite en le forçant à se mettre à la place du pédagogue expliquant combien la vie est belle et vaut le coup. Hank/Dano est donc forcé de se convaincre ou au moins ‘d’entrer’ dans ses arguments. Une belle trajectoire cerclée de pets, d’érections gigoteuses et de pertes d’eaux entre autres incontinences.

Car Swiss Army Man c’est d’abord une « bromance » (comme l’a dit James Franco dans sa critique) digne du petit frère d’Henenlotter (Elmer, Sex Addict). Il faut mixer le plus outré de la romance zombie Warm Bodies, des frères Farrelly (L’amour extra-large, Mary à tout prix) et de Martha Marcy May, imaginer un mélange paradoxalement posé et très mécanique. Dans sa première partie surtout, le film parodie la survie en multipliant les séquences de dégueulasseries. Les potaches ont fait leur reboot de Seul au monde : depuis le collège ils ont eu le temps d’en faire une institution personnelle et ne plus y voir qu’un comble de l’humour. Le morbide de la situation est englouti par les velléités trash & popot. SAM adopte un habillage sérieux, voire grave, parfois lyrique, pour raconter en douceur un drame de la solitude ; sur un rythme à ponctuer de pets, en hésitant à le briser tout à fait.

Effet ‘flop’ assumé, parfois euphorique et joueur, régulièrement froid et désinvolte. Omniprésents au début, les gaz sont oubliés pendant le tiers central, où Hank apprend à Manny la sociabilité et reproduit avec lui des scènes de la civilisation (le bus, le cinéma en théâtre d’ombres) censés incarner le bonheur (sans rire, c’est là le malheur qu’il faut zapper). C’est un moyen pour Hank de se rapprocher de la vie normale (par procuration confiée à son compagnon) et d’entrer dans une peau alternative (en jouant Sarah). Malheureusement SAM se regarde plus qu’il ne nourrit l’expérience du spectateur. Il est trop pressé de se commenter, prescrire les mots pour être désigné. La priorité consiste à délirer avec des anecdotes et un mélange des genres ou registres. Ce film prend la distance pour de la hauteur, est trop frivole et bidouilleur pour servir l’émotion, trop policé pour être percutant.

La vocation la mieux assurée est celle de débiteur de mèmes. Les auteurs se laissent décoller régulièrement ; puis on (se) rassure avec un excès d’humilité, parfois caca, toujours en HD. Les (courtes et désastreuses) retrouvailles avec la civilisation sont assez réjouissantes. L’oscarisé dans Idiocracy (monologue d’un cul péteur en plan-séquence) lui aussi passait pour original : mais par rapport à ce futur abject, ce ‘monde’ est encore trop hipster pour sombrer à ce point. Ceux qui aspirent à un exercice pétomane autrement ambitieux doivent donc se tourner vers FART the movie. Swiss Army Man est radical mais loin de cet absolutisme, privilégiant in fine l’humour de consommateur trentenaire (édifié par le porno et Netflix) affalé dans son temps et trouvant l’illumination chez Gondry.

Note globale 47

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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