EMBRASSE-MOI IDIOT / A FOOL THERE WAS (1915) *

10 Nov

2sur5  Tiré d’une pièce de Porter Emerson Browne produite en 1909, A Fool There Was marque l’origine de la vamp, notion cristallisant les ébauches du stéréotype de la ‘femme fatale’ au cinéma. C’est également le premier grand succès pour Theda Bara et l’un de seuls films conservés où ce ‘sex symbol’ apparaît. Le film est tourné par Frank Powell, qui se lança comme acteur chez Griffith et réalisateur dès 1909, avec la seconde activité l’emportant rapidement sur la première. Il est l’auteur de centaines de courts, la plupart eux aussi perdus ou peu accessibles. Raoul Walsh, qui la même année livre une figure pionnière du film de gangsters (Regeneration) est également passé chez Griffith avant de passer derrière la caméra.

Bara fait languir sa proie, la dépouille et l’entraîne vers sa mort. Elle est méprisante, égocentrique, mais sait titiller ses appétits. Le comment et le pourquoi manquent au moins d’éclat. John Schuyler ‘the fool’ (Edward José) semble juste penaud, au mieux éploré ; elle se montre hautaine ou colérique ; tout ce qui se distingue sont ses cajoleries lorsqu’il riposte enfin. Bara ‘the vamp’ est presque toujours en train de lui crier dessus ou le rabaisser, quand elle ne se contente pas de le commander. La dimension séductrice se voit peu, ce qui serait susceptible d’envoûter monsieur chez une telle harpie se voit pas. Dans tous les cas cette performance et ce personnage sont à l’opposé du parti-pris de Lois Weber (co-réalisatrice de Suspense) au travers de son Hypocrites sorti quasiment le même jour (en janvier 1915), celui-ci versant dans le féminisme et le politique quand A Fool joue avec les fantasmes et préfère le romanesque.

Rien de spécial côté mise en scène en terme de trucages ou de techniques, hormis quelques cut-caméra (radicalement basique donc). Au bénéfice du film : la qualité des costumes, la variété de décors jouissant d’une certaine ‘ampleur’ par rapport à la moyenne de l’époque. Aucun goût particulier n’est mis en avant, une poignée de plans de Bara se détache néanmoins comme celui avec le hublot, mais le film est trop trivialement quoique prudemment sensualiste pour remuer de lui-même l’imagination. Un symbolisme du mal puéril et abondant (mode Cruella censément charmeur et franchement plus bas – façons de nouvelle bourgeoise mesquine) le meuble plus qu’il ne le travaille. Les intertitres, tirés du poème The Vampire de Rudyard Kipling à l’origine de cet univers, apportent un peu d’esprit.

Le film est répétitif, son développement lent et minimaliste, malgré l’agitation de surface mixée avec une tendance extatique aux vertus improbables. Il y a par exemple cette scène où le couple est affalé chacun de son côté dans un plan d’ensemble, avec Bara s’étirant mollement de temps à autres. Ce rare opus conservé le serait-il confusément ? Ou bien valait-il mieux laisser certaines choses s’égarer ? La carrière de Bara s’effondrera lorsqu’elle prendra ses distances avec son archétype, la laissant s’effacer auprès d’un mari hostile à la poursuite de sa carrière. Avant de s’évaporer Bera imprimera sa marque dans des films comme Cleopatra ou Salomé.

Note globale 39

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (4), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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