MONDWEST (Crichton) **

21 Oct

2sur5  Responsable d’Urgences et de Jurassic Park, auteur de nombreux romans adaptés sur grand-écran, Michael Crichton est aussi un metteur en scène oublié. Les films qu’il a tourné dans les années 1970 et 1980 sont peu cités et rediffusés (Coma/Morts suspectes surnage légèrement), bien qu’ils soient ‘avant-gardistes’ sur quelques points. Le téléfilm Pursuit marque le passage de l’écrivain à la réalisation et Westworld/Mondwest est son premier long-métrage pour le cinéma. C’est une anecdote historique puisqu’il s’agit du premier film destiné au public introduisant des images de synthèse (2D). Sa suite Futureworld (1976) utilisera pour la première fois des images 3D, un an avant les émois pixelisés de La Guerre des Étoiles et six avant que Tron mélange images réelles et numériques sur l’ensemble du métrage.

Westworld s’ouvre sur un reportage apparent, où un présentateur télé récolte les réactions de visiteurs à la sortie d’un parc d’attractions. Cette introduction s’avère un spot de Delos, empruntant la forme journalistique pour atteindre le public en abaissant sa vigilance ; cette corruption des esprits par la publicité et les écrans-menteurs sera le thème de Looker, réalisé par Crichton dix ans plus tard. Les clients du parc ont le choix entre trois mondes calqués sur des périodes passées. Des androïdes (robots taillés comme des hommes) déambulent comme s’ils étaient des humains de l’époque. Ils sont faits pour saigner, souffrir, dialoguer et jouir comme le feraient des humains. Le film utilise de véritables acteurs, choisissant la solution la plus facile et rentable, évitant l’« uncanny valley » évoquée par Masahiro Mori. Les deux personnages centraux choisissent l’Ouest américain des années 1880. L’univers roman est très peu exposé, le monde médiéval un peu plus grâce au suivi d’un vieux passager par lequel la tempête arrivera.

Cette consommation révolutionnaire est ouverte à tout le monde en théorie, mais restreinte aux privilégiés qui seront mis au courant et en auront les moyens (1000$ par jours, pour des escapades de deux semaines) – les deux wannabee cow-boy sont des hommes d’affaire. Ce thème traverse l’ensemble de l’œuvre de Crichton et revient de façon particulièrement féroce dans Coma, avec son trafic d’organes organisé à haute échelle, caché au grand-public et impliquant le corps médical. Cependant une fois la donne posée et sa richesse suggérée, le film tient à distance ce potentiel, n’y puisant qu’une matière à épicer des aventures assez plates. Malgré les côtés borderline évidents d’une telle configuration, tout ce qu’elle pose en terme moral, technologique, ainsi que ses possibilités pratiques et sensibles, est traité à la légère, l’ambiance et les décors ayant les faveurs ; la tension également, mais la chape de gravité l’induit sans grande efficacité.

En somme, l’implosion de la machine est le seul enjeu et le film s’avère une sorte de Chasses du comte Zaroff techno-futuriste, à la pudeur aberrante. Les hommes se déchaînent seulement par à-coups (quand ils tuent) et profitent peu du reste, par rapport à une réalité non augmentée. D’ailleurs l’impressionnabilité du moustachu est sur-exploitée par rapport à ce qu’elle peut avoir de porteur ou d’amusant. Il suffit d’imaginer ce qu’on expérimenterait soit-même, dans un autre temps où nous serions des étrangers de passage bien sûr, mais surtout dans une réalité faite de décors et d’humains factices, où tout est objet potentiel sans avoir la moindre responsabilité ni culpabilité à porter. Delos met ses clients dans une position de puissance au moins égale à celle de l’explorateur de ‘rêves lucides’, malgré les risques garantis (et ceux qu’on peut soupçonner, quelque soit l’engagement et la bonne foi des encadrants).

C’est donc aussi au niveau du spectacle que Westworld est tiède. Il n’a ni la vigueur d’un plus ‘blockbuster’, ni le culot ‘visionnaire’ et ludique d’un Total Recall (réalisé 20 ans plus tard), ni l’anarchisme d’un gros bis (mieux vaut revoir Zardoz), tout cela sans avoir la substance de pellicules ‘moralistes’ comme Rollerball ou L’Age de cristal, eux aussi centrés sur la face obscure de loisirs futuristes. Le film évolue lentement, étirant pour couvrir le peu de matière à déployer, avec astuce mais sans mettre à jour quelques flous : il n’est pas clair sur la présence d’autres êtres humains pendant les expériences et sur le risque de s’en prendre à eux aussi ; cela semble exclu a-priori, point. Le dernier tiers où les robots s’affranchissent se résume à un face-à-face dans la lignée du western traditionnel, où Yul Brynner en pseudo-humain interprète un équivalent de son rôle dans Les Sept mercenaires (‘classique’ de Sturges). Les quelques vues digitales sont livrées à ce moment, avec une visite du tout-Delos justifiée par la fuite du dernier survivant (la préférence pour celui-là était prévisible). JJ Abrams, le créateur de Lost (et responsable de la résurrection de Star Trek sur grand écran), adaptera ce film en série en 2016 (Westworld).

Note globale 54

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… After Earth 

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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