JUDITH OF BETHELIA **

21 Oct

3sur5  Premier ‘film feature’ de Griffith et donc probablement premier long-métrage d’un des pionniers américains. Judith of Bethelia est réalisé un an et demi avant Birth of a Nation, la super-production phare des débuts du cinéma. Griffith enchaînait alors les courts-métrages (la notion est ultérieure, car 15 minutes est encore ‘normal’ à l’époque) possiblement par dizaines chaque mois. Il avait déjà la motivation d’aboutir à des projets plus ambitieux et c’est d’ailleurs la raison de sa rupture avec Biograph, qui le bride, comme l’avait en partie fait Edwin S.Porter (The Great Train Roberry) avant qu’il ne se lance dans la réalisation.

Le scénario est tiré du livre de Judith, épisode de la Bible rejeté par les théologiens juifs et minimisé par les protestants : c’est un livre ‘deutérocanonique’, c’est-à-dire absent de l’Ancien Testament et inséré par l’Église catholique par la suite. Le cas de Judith n’est pas clairement réglé et sa représentation est peu concluante, malgré le jeu appliqué de Blanche Sweet (future récurrente chez DeMille et Marshall Neilan). Dans ce film Judith est censée être une sorte d’exaltée mystérieuse, elle est surtout affichée en pseudo-allumeuse déterminée mais timorée. La synthèse est fade, pas très flatteuse ni porteuse. Cela peut-être superficiellement attractif (ou aimable pour des chercheuses d »héroïnes’) mais son attitude et sa personnalité à l’écran ne suscitent à peu près rien, en terme mental ou viscéral.

L’ambition est évidente à cause des nombreux figurants et intertitres, ces derniers étant rares chez le réalisateur jusqu’ici. Cependant Griffith manœuvre pour renforcer l’illusion d’ampleur et de variété, car les décors se confondent souvent et certaines situations semblent revenir inchangées. Le film est surtout axé sur les personnages et leurs relations mais ne traîne pas de bagage émotionnel adéquat, s’en remettant toujours aux symboles et à des poses sans ressorts. La fibre épique passe par le texte plus que par l’image. Les manières se veulent emphatiques mais le rapport est haché et distant, sans souffle. Il faut expliquer, condenser des scènes-clés et le film reste piégé dans une logique d’illustration rigide qui pourtant semble non-privilégiée.

Paradoxalement Griffith régresse un peu, perdant en vitalité lors de cette transition vers le long-métrage, même s’il maintient sa rapidité. Il aligne les plans larges (général/d’ensemble) embarrassés ; car les fastes sont limités et les ressources mises à profit sont ‘rabougries’. Le film gesticule dans un carrefour, avec un relatif brio, quelques poses significatives et suggestions orgiaques. Ni intime ni épique, entre sentimental de papier et déploiement technique gonflé. Mais jamais la caméra ne se rapproche, au mieux Judith tend à s’isoler et aussitôt son petit emballement est évacué. En revanche Griffith garde le sens ‘entertainment’ au niveau du remplissage efficace. Comme dans The Avenging Conscience peu de temps après, il jette le plein de force et ‘visions’ dans la dernière ligne droite. Cette séance peut notamment être comparée au Ben-Hur de 1907 et le contraste est saisissant, en sa faveur.

Ce pionnier dépassant tout juste l’heure (61 minutes) n’en est cependant qu’un parmi d’autres, arbitrairement retenu. Aux USA, Cleopatra (Gaskill) passe l’1h30 et importe le péplum dès 1912. Sont également passés avant : le canadien From the Manger to the Cross (Syney Olcott – 1912) ; en Australie, The Story of Kelly Gang dès 1906. Il y a aussi le cas extraordinaire du Corbett-Fitzsimmons Fight (1897), qui n’est cependant que l’enregistrement passif d’un match de boxe. Judith de Griffith est conçu à un moment d’éclosion, où les Etats-Unis gagne du terrain là où les Européens ont l’avantage (péplums italiens, anticipations de l’épouvante plus au nord, etc). Cecil Blount DeMille émerge également. Son premier Mari de l’indienne, qui est aussi son premier film, sort en février 1914. À la fin de cette année, un Cinderella US format ‘feature’ sortira. Entre-temps le public français dévore le serial Fantômas.

Judith double tous ces derniers exemples y compris celui de DeMille. Le film est tourné en 1913 et achevé en octobre. Biograph Company le fait sortir seulement en août 1914 une fois que le contrat de Griffith avec la maison de production est consommé, afin de ne pas partager de bénéfices. Mais à cette période, c’est plutôt la vision de Cabiria qui interpelle l’auteur et le dope dans ses projets. Avant ses ‘chefs-d’œuvres’ Birth of a Nation et Intolerance, il ‘s’entraîne’ en adaptant Poe via The Avenging Conscience et John Howard Payne pour Home sweet home – avec quelques courts à la marge. Le long The Escape (projeté en juin) a été égaré mais posséderait une version de substitution produite en 1928. Enfin côté casting on peut noter que les sœurs Gish sont ici ‘travesties’ dans des rôles secondaires, alors que Lilian est probablement déjà la favorite de Griffith et l’est assurément dans les années 1915-1920. Il faudra également être sur-attentif pour deviner sous la barbe d’Holophène l’acteur Henry B.Wathall. Celui-ci entassera les projets grâce à son rôle du colonel dans Birth of a Nation et connaîtra la gloire dans les années 1930.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (-), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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