LES FAUSSAIRES (Schlöndorff) ***

11 Oct

4sur5  Ce film sur une guerre en relation avec le conflit israélo-palestinien présente un intérêt assez faible sur le plan politique. Son langage semblera facilement lourd et superficiel, à cause du goût des contrastes, d’enjeux sociaux apparemment survolés, de tensions relationnelles peu complexes et investies. En revanche, Die Fälschung est un portrait d’homme assez génial, reflétant des tendances en structurant bien d’autres que son protagoniste Georg Laschen. Volker Schlöndorff (Le Tambour, Le Coup de grâce) aurait voulu faire un Allemagne année zéro libanais ; au mieux c’est une réussite de formaliste, d’explorateur abstrait et distant, Profession reporter d’Antonioni étant mieux comparable.

Laschen est un journaliste de terrain, mobile, attiré par les situations périlleuses et croustillantes. Il n’est pas missionnaire ou voyeur. Il mène ce reportage sur le conflit au Liban avec cette énergie dépassionnée le portant en toutes circonstances – y compris pour le privé, comme en atteste l’idylle de pragmatiques (sous les bombardements) avec son ancienne connaissance (par Hanna Schygulla (Maria Braun, Lili Marleen, Werckmeister) en veuve élégante à la quarantaine fraîche). Elle anesthésie la quête obscure qui le tenaille, en attendant une révélation ; mais l’ouverture indifférente ne fonctionne pas pour ça. Dans ses articles, il fait un peu de morale impersonnelle, parce que c’est la coutume et que la demande l’exige. Son rapport là-dessous est conflictuel, toujours plat à la fin : il s’en fout et s’en veut. Il relève les résultats de la guerre, les dessous politiques, sans y gagner quoi que ce soit, sinon du remplissage d’écrans et de papiers.

Son état lui permet de dresser des rapports adaptés et véridiques, parfois fouillés ou même vaguement engagés ; mais c’est l’état d’une âme fanée. Il a accepté et ses pauvres jugements sont empruntés ; une mécanique pour équilibrer ses tendances, sa circonspection compulsive. L’horreur et l’injustice régnant dans le monde sont pris pour acquis, lui-même en est un otage pas trop mal loti, pas trop violenté. Il a cherché le danger et chassés les tourments, a perdu le sens de la révolte sans adhérer à aucun parti, sinon la conformité pratique au mieux et à géométrie variable. Dans la foulée sa propre identité est liquidée – elle était sans doute le premier de ses mirages. Il est emmitouflé dans une couche brutale de la réalité ; anormale pour la plupart des gens de sa culture.

Il y a le prisonnier de la guerre dansant sous les bombes de Valse avec Bachir ; là, c’est le passager exsangue, qui aurait vu beaucoup, fui pour son propre divertissement la routine et l’abrutissement, finalement se retrouve vidé. Vulnérable et ‘rompu’ à la fois, comme une machine imperméable. Lascher fait équipe avec d’autres : un journaliste d’un The Independant ou quelque chose dans ce goût, un photographe. Le premier est informé et semble émettre des jugements avertis, des conclusions fines, mais ces vertus sont peut-être du luxe ; elles achemineraient les ajustements nécessaires et ré-actualiserait un savoir vain, notamment pour les cibles (humaines y compris) qui en sont l’objet. Ici s’aperçoit le risque d’une conscience ‘formelle’ qui amènerait aussi, en bout de chaîne, à une résignation subtile, constructive, avec encore cette proximité à la désolation, cette fois compensée avec hauteur.

En-dehors de ça, le film n’est pas forcément concluant. Il est carrément frustrant sur le versant ‘investigation’, même pour les détails ou les aspects humains ; quoiqu’il montre, surtout à l’arrière-plan, quelques usages et situations spécifiques aux professionnels des faits ou images rapportés et de la réalité lointaine. Il indique des faits et des constantes crues (le marché des photos ‘trash’), sans jouer l’inquisition ou le cynisme malin. Le film reste pudique sur l’horreur vécue par les locaux ; on demeure ‘en visite’, sans prétentions à une ‘vue omnisciente’. Les européens (allemands et autres) sont dans une situation qui les dépassent, sont étrangers mais plutôt protégés, même s’il passe dans ruines, théâtres de guerre, etc (ce qui renforce encore la distance mentale et l’incompréhension pour le Lascher qui est un neutre indécis – et sûrement pour le photographe qui est un neutre complet, pour lequel l’idée même de situer et se situer doit être d’une autre galaxie).

Le côté viscéralement exsangue de Lascher contamine le film lui-même, au point de vue externe mais dépendant de cette individualité aride et secrètement songeuse. Alors le spectateur assiste à des conflits et des réceptions où chacun a le destin pour bourreau et prétexte, barbote dans un cauchemar palpable mais surtout pas percé. C’est en imagination que Lascher arrive à être frappé. En fin de séance surgit une vision puissante : la guerre chez les morts et les fuyards, lui comme petite pièce résiliente et inepte dans un chaos solitaire. Les qualités plastiques exultent à ce moment et auront irradié tout le long – ça ne rend pas plus brillants les symboles lourdauds, mais ça renforce l’éloquence des ‘tableaux’ dynamiques sentant les drames d’une ‘faim’ morte mais pas enterrée, ou le retournement d’un pion vers son authenticité tiède et incompréhensible.

Note globale 73

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Ces garçons qui venaient du Brésil

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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