LE TÉMOIN (Mocky) **

11 Oct

3sur5  Avec Le Témoin, Mocky se rapproche du cinéma de Seria (Comme la lune) et de Blier. Il est plus conventionnel dans le sens où l’humour est secondaire et le ‘jeu’ se passe dedans, non ‘dehors’ avec des acteurs en roue-libre et ouvertement en train de s’amuser ou expérimenter. Mocky le désigne comme son « film classique » car il est surtout travaillé, balancé et prémédité, contrairement à la majorité de ses livraisons. Cependant il ne ‘passerait’ pas en France dans les années 2010, du moins pas sans cautions fortes, car il sautille sur le terrain miné de la pédophilie (au mieux de l’éphébophilie).

Le point le plus licencieux concerne Nathalie, gamine d’une douzaine d’années, montrant ses seins au peintre pour remplacer son modèle et s’imposant à lui grâce à la disparition de sa concurrente. La sexualité féminine libérée, assertive, est une constante chez Mocky (L’ombre d’une chance, Le furet), mais en temps normal elle concerne les adultes. Le fil conducteur est également corrosif puisqu’il concerne l’assassinat de l’autre gamine, Cathy (Sandra Dobrigna), également très décidée lors de son unique scène parlée et apparemment prompte à encourager les tares des vieux messieurs (à des fins calculées), malheureusement sans avoir conscience des prédations et des violences auxquelles elle s’expose.

Pendant l’enquête et entre la série de confessions, le spectateur (comme la plupart des personnages, ou comme eux sans la force de leur déni) ignore si Noiret est bien le coupable et voit que tout le monde est ‘suggestible’ ou plus que gris. Son ami Antonio est perdu entre sa lâcheté, son sens moral et sa volonté d’aider, ce qui facilite la tache à ceux qui ont intérêt dans la résolution de l’affaire, qu’elle soit fondée sur le vrai ou le faux. Sa sincérité d’enthousiaste tourmenté le rend bien fragile face à son ami ambigu, à la duplicité maîtrisée. Noiret est génial dans ce rôle, avec son jeu mobile et impénétrable. Ce Maurisson est en partie un personnage positif, en tant que salaud magnifique, celui qui ‘baise’ et rabaisse les salauds moins dégourdis ou d’une servilité éhontée.

Toujours longuet malgré ses efforts, ce Mocky-là a cependant le mérite de proposer des alliages improbables avec un certain succès pour la forme et pour le propos. Mocky reste peu subtil mais ses coups portés sont précis et pense l »establishment’ (à éreinter) en réseau plutôt qu’en galerie de pantins. La passion à dénoncer les petits secrets et les gros vices est systématisée, les outrances ont leur part de gravité bizarre (Mado et le préfet), la gaudriole est ‘jaune’. Les registres se confondent, la musique italienne joyeuse est plaquée en fond sur des scènes tendues. La comedia dell’arte (Mocky était stagiaire sur La strada de Fellini et travaillait en Italie de 1953 à 1956), l’investigation policière et le thriller psychologique crypté collaborent. Les sur-expositions et les éclats d’excentricité demeurent (les flics soudainement « pédés »), mais sont concentrés au début et occupent presque toujours le second plan.

Ce Témoin reste léger malgré le sulfureux, rebondit, c’est un film en yo-yo, mais il est franc et donnera la vérité sur le meurtre et sur les orientations de ses sujets. Mocky préfère prendre les choses avec ‘largeur’ plutôt qu’approfondir. Il montre les aspects différents d’une chose triviale et cela sert, ici en tout cas, ses jugements souvent bruts et bornés. En elle-même, la façon de se poster contre la peine de mort est vaine et un peu idiote, mais Mocky étaie indirectement son parti-pris en s’attaquant aux rituels et à l’ordre qui l’entoure. Le sacrifice d’un innocent, plutôt que d’être dramatisé et de devoir inspirer la compassion, est tiré vers quelque chose de ‘grotesque’. Autour de cette exécution puis avec elle, le film montre l’hypocrisie ‘organisée’, du peuple jusqu’aux institutions (suspicion anarchiste, déjà dans La grande frousse) et met en évidence le principe du bouc-émissaire. Ce retour de Mocky au polar noir, après Solo (1970) et L’Albatros (1971) où il tient le rôle principal (avec des sursauts romantiques en guise de final – comme dans Le renard jaune, préparé pour 1967, tourné en 2012), ressemble à un reflet du Garde à vue de Miller (1981) produit peu après, bien plus sournois dans sa démagogie et ses prétentions.

Note globale 57

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La grande bouffe 

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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