UN DRÔLE DE PAROISSIEN *

8 Oct

2sur5  Ce film est l’un des plus estimés et décisifs dans la carrière de Mocky. Il marque le début de sa collaboration avec Bourvil, qui sera à l’affiche à trois autres reprises, participe au financement et louera ces rôles (de fourbes lunaires) en dissonance avec son personnage habituel de benêt. Ce drôle de paroissien rencontre un grand succès public (2.3 millions d’entrées) et fait honneur à la réputation de frondeur jamais démentie de Mocky (dont Les Ballets écarlates sur la pédophilie en réseau ont été interdits en salles, en 2007). C’est une comédie atypique mais clairement française, dont le plus grand mérite est d’entrevoir la bassesse et l’hypocrisie qui peuvent se loger dans la foi et la remise à Dieu.

Le personnage de Bourvil et ses agissements sont l’allégorie de toute une classe sociale et sa mentalité, en tout cas supposés ou décidés pour ce film. Bourvil/Georges Lachesnaye est membre d’une famille de nobles désargentés depuis quatre générations, au bord de la ruine et ne disposant plus que de leur vieille demeure. Ils refusent de s’abaisser à travailler et comptent sur le Ciel pour s’en sortir. Georges est le plus pragmatique de la tribu (un faux illuminé saisissant partout des signes en sa faveur). Il règle ses affaires et sa conscience directement avec Dieu auquel il réclame un coup-de-pouce, se détache des autorités ‘spirituelles’ terrestres tout en infiltrant ces confréries et leurs ordres. Avec lui, l’aristocratie déchue, maintenant qu’elle a vendu ses biens, commence à liquider ses chères valeurs – en pillant l’Église par le tronc, celle qui les a soutenu. Et cela en gardant des références chrétiennes constamment.

Il y a peut-être une certaine audace à attaquer l’Église (sous De Gaulle), mais c’est une audace accessible sans trop de dommages depuis plusieurs décennies – sinon dans le cœur des masses, des religieux et des gardiens des vieilles institutions. Si Fernandel a refusé le rôle, prétextant sa lassitude du milieu après sa série de Don Camillo, c’est peut-être aussi pour préserver ce personnage emblématique, fût-il un ecclésiaste comique. L’audace est presque nulle s’agissant de la vieille aristocratie, car Mocky ne montre pas les descendants des anciens dominants qui auraient su se recycler dans les hautes sphères. Malgré la franchise et l’hostilité de Mocky, ça ne pèse donc pas lourd, surtout par rapport à ses outrages 80s comme A mort l’arbitre (sur la transe des supporters de football) ; ou lorsqu’il charge la bêtise humaine et la corruption (Le Témoin).

Comme avec tous les Mocky on retrouve ce fond un peu crétin mais parfumé ; la nuance de cet opus est la tentation poétique (avortée globalement) et, à cause du style Lachesnaye, une ambiance plus posée. L’auteur garde son originalité mais la tentative de sérieux rend le style Mocky amorphe, en espaçant des demi-outrances laconiques. Le film est structuré sur l’essentiel (la manœuvre de Bourvil), sans suite dans les idées pour tout le reste ; des gens et des détails surgissent, échouent. Les dialogues notables sont pour Georges et sa famille (leur première échange sur le travail et la paresse est remarquable), sinon c’est aléatoire et toujours inférieur. D’ailleurs le film cherche à s’installer et frapper dans la case ‘film de dialogues’, mais s’évanouit bien avant d’être une menace envisageable à Audiard. De même, les aspirations felliniennes restent frustrées, ce film n’en a ni l’élan ni la flamboyance, il donne plutôt dans le grincheux pétulant et primaire, s’illustre dans les calembours à rallonge.

Sans avoir la beauté plastique de La Grande frousse (où Mocky reprend l’équipe Bourvil/Blanche/Poiret – son acteur le plus récurrent avec Serrault), ce Drôle de paroissien ne tire rien de bien significatif des ressources esthétiques à disposition (notamment une dizaine d’églises parisiennes), hormis une once de symbolisme très personnel sur la fin. L’intermède onirique aurait été ajouté par pure nécessité de remplissage, d’où l’image en couleurs et le bâclage allègre et manifeste. Comme plusieurs des ‘conventionnels’ et même des ‘classiques’ de l’époque, c’est donc une comédie légère voire infantile (dans la forme et le caractère, quelque soit le discours ou les orientations) ; la différence, c’est qu’ici la gouaille ‘aigre’ l’emporte sur la morale, en intention. De plus, hormis celui de Bourvil, il n’y a pas de personnages forts et de cohérence comme dans Un singe en hiver (démagogue et régressif, plus ouvertement et délicatement à la fois) ; à la place il y a la férocité muselée. Elle avance ‘masquée’ mais évidente. Deux décennies plus tard Mocky s’attaquera à la crédulité populaire dans Le Miraculé, sur le business de Lourdes.

Note globale 38

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Noblesse Oblige

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (1)

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