LE FURET *

5 Oct

1sur5  Roi du cheap gueulard, Mocky (A mort l’arbitre !, Colère) confirme son décrochage profond avec Le furet en 2003. Adaptation du roman The subway stalker (1980) de la ‘Série noire’ de Gallimard, cette comédie ‘criminelle’ souffre d’un excès d’auto-complaisance. Toutes les représentations semblent appartenir à des seventies franchouillardes. Elles rendent Nestor Burma [série Tv] réglé à l’heure présente par contraste. Les personnalités plutôt positives ont des airs de travailleurs sociaux se la jouant ‘rock’n’roll’ dépassé (comme Renucci en flic ‘blouson noir’). Les bandits, avec leurs costumes à rayures et leurs chapeaux, sont calqués sur les gangsters de fictions anciennes (le parrain de seconde zone interprété par Lonsdale est comparé à Al Capone). Ce film donne l’impression de figurer les rêves d’un vieux petit garçon aux fantasmes périmés, à l’énergie vide, bonhomme et sans lumière, mais candide, jamais méchant : un peu Robin des bois, un peu caïd, un peu désabusé mais filant résilient et bituré. Le ‘furet’ et les mafieux de cour de récré sont sans haine malgré les meurtres.

Le film aligne des morceaux et culmine dans la gaudriole (gâteries du lundi sur un air d’opéra) ou le demi suspense pittoresque (le détournement d’aveugle). Les dialogues sont écrits pour claquer, les petites phrases sont puériles à leur meilleur. Le manque de réflexion, l’attachement borné nuisent à ces postures de génie extraverti et désinvolte. Les petits moyens sont relayés par des fastes ringards et des vanités d’alcooliques égocentriques : Serrault et son réseau déglingué, Lonsdale et sa mafia de perdus, sont des crabes boursouflés élevés au rang de sommités efficientes, même si l’humour désamorce leur ascendant supposé. En restant dans l’instinctif sans compromis, Mocky prive les portraits de substance, rend inopérantes les tentatives de jugements moraux ou d’ébauche de polémique. La religion est l’objet de citations ambiguës, à l’image du rapport qu’entretient avec l’Église Mocky (l’anti-clérical mais ami déclaré du Christ). Les petites crapules essaient de fricoter avec le Seigneur et ne savent pas leurs prières ; par quelques touches on voit la déchristianisation laborieuse de la petite France – on nage dans ses résidus comme des malpropres. Tout est un peu emmêlé, un peu possible, bonne foi et hypocrisie, comme si tout au fond ne comptait pas ou n’avait de valeur que comme ressource hystérique (façon Goethe animal qui aurait tissé des liens avec Victor Hugo).

Parfois Mocky semble regretter l’arrivisme ou railler ses causes ‘environnementales’, mais le garde toujours comme un moyen et en affiche sans relâche les merveilles et les jouissances selon lui – simples bien souvent ! Villeret le furet se met à clamer « je suis plus haut que tout », c’est un nabot se payant la grande vie, selon les termes de cet univers au biais ‘vivons heureux, vivons médiocres et repus’. Sur la fin, ce personnage doit devenir significatif, mais comme pour des conflits d’intrigue et même des personnages, ce sera bâclé et oublié. D’ailleurs le film présente plusieurs détails incohérents et le passage incongru sous la douche publique arrive à être en plus inutile. Le film semble fabriqué étape par étape, toujours linéaire, avec chaque portion mise bout à bout à la fin sans plus de soucis à se causer. Si ce Furet doit être comparé à un téléfilm, alors c’en est un ‘relâché’ à l’extrême. On peut lui trouver beaucoup de choses sympathiques mais le tenir en haute estime reviendrait à humilier bien des efforts et des constructions réprouvés pour moins que ça ; et si on valorise ce Furet pour son originalité, sa joie ou sa liberté, où est la cohérence lorsqu’à côté on réprouve tous les ratés ‘indépendants’ surnageant, ou l’élite de ces accidents industriels et ces zedderies volontaristes (type Les Gaous ou Kill for Love) qui ont le tort de ne pas avoir de réalisateur ‘sulfureux’ ?

Le jeu des interprètes est assez mauvais car l’écriture les tire vers le bas et le rôle de la post-production est manifestement ‘régalien’. Karl Zero se distingue de ses collègues en jouant de manière intense, voire hallucinée. Comme le montrait sa prestation dans Le Jour et la Nuit de BHL, en tant qu’acteur, il semble situer trop haut le niveau (le potentiel?) de ce qui l’entoure. Surjouer est fatal dans un contexte comme celui imposé par ce film, or Zero en rajoute en enfilant un costume d’acteur et cherchant (probablement) à hisser ses scènes vers le classique instantané. Serrault est moins affecté car les outrances adoptées ici sont déjà soutenues par son expérience et, pour le spectateur, des références passées. Cependant décoller reste impossible, les prestations de Lonsdasle et surtout de Villeret en attestent, puisqu’on retrouve les mêmes traits, la même ‘vibration’ de leur part que dans des films où ils s’illustrent. Mocky sert donc un film d’auteur incorruptible mais déchu et patraque, sauvé par des acteurs ‘vénérés’ (Serrault était un des acteurs fétiches de Mocky, Dick Rivers est un habitué présent dans La candide madame Duff – objet d’un fameux reportage Strip-tease) mais pas aidés.

Note globale 32

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Kontroll

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (1), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (1), Originalité (2), Ambition (1), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (1)

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