LOOKER **

3 Oct

3sur5  Comme d’habitude lorsqu’il est derrière la caméra, Michael Crichton (La Grande Attaque du train d’or, Runaway) livre un film aux bases visionnaires, au résultat presque innocent alors que continuent de traîner des indices brillants. Looker aborde à nouveau les demandes consuméristes, non plus extraordinaires et exotiques comme dans Mondwest (avec ses vacances dans un passé reconstitué avec des androïdes), mais concernant la vie courante et dans une moindre mesure les ambitions. Le marketing s’attelle à perfectionner son langage, en quête d’un équilibre où les modèles seraient irréprochables, sans écraser le produit. Un programme informatique est conçu pour ‘hypnotiser’ le spectateur et écouler des produits de la vie quotidienne ou induire une préférence en politique.

Looker est plombé par la mauvaise tendance constante du cinéma par Crichton : tout est sous-justifié et manque d’approfondissement. Cela concerne les éléments du scénario (avec cette accumulation de décès inexpliqués, tous sur des mannequins liés à ‘Digital Matrix’ – une des nombreuses équivalences avec Coma/Morts suspectes) comme de la ‘thèse’. Tout se répand et se règle dans un cadre étroit, alors que les enjeux sont bien plus larges que le cas des protagonistes. Looker néglige la place des thèmes soulevés (‘docteur social’ capitaliste, soft power, subliminal, dépossession par la technologie) dans la société, le rapport des masses à cette aliénation consentie, la variété des intérêts et des groupes susceptibles de l’exploiter. Crichton crée des hommes de paille rationalistes, rigides et froids (mais en restant réaliste), prédateurs bien sûr, mais ingénieux et bénéfiques dans une certaine mesure (leurs manœuvres garantissent la paix, la sécurité, la satisfaction aux ‘citoyens’). Crichton évite les cibles fâcheuses, écarte la complexité de l’écran, non par ignorance ou étourderie, mais probablement par préférence exagérée pour l’efficacité et la limpidité, pour se faire entendre de n’importe qui.

Quand il s’agit de démontrer ou déclarer, les manières sont donc claires et synthétiques. Le discours de James Coburn lors d’une présentation, en fin de film, souligne la dimension religieuse de la télévision, substitut grossier mais fascinant des anciens totems. Elle doit être un moyen de « persuasion sans coercition ». Le propos est banal mais vrai, c’est un résumé donnant l’essentiel ‘primaire’ pour concevoir le problème et établir des jugements. Et malgré la mollesse de son éclairage, Looker a le mérite de passer en premier. Il est déjà typique des 80s au moment où commence la décennie, cela vaut autant pour l’esthétique et la propension au criard que pour le scénario. Ce film a pu en inspirer d’autres dans le thriller ou la SF, comme Halloween 3 (1982), ou du moins il captait l’air du temps et les peurs galopantes avec talent. Cela en fait un embryon d’Invasion Los Angeles (1988) ou de Videodrome (1983). Enfin Looker n’est certainement pas si ‘fun’ ni généreux que Running Man (1987) avec Schwarzy, mais il n’a pas son idiotie ni sa fibre démago.

La séance évolue vers une confrontation de faible intensité, avec une fin heureuse encore plus insipide qu’elle n’était prévisible. Le gadget des flash assure l’animation et de façon générale Looker marque des points avec son intelligence visuelle (juste avant les intégrations numériques de Tron et Last Starfighter), notamment avec le scannage et les scènes de corruption explicite de l’image, marchande (les éléments perturbateurs dans les pubs à la fin) ou humaine (avec les projections post-humaines). Cette ingéniosité se combine avec toute une esthétique ultra-typée et clinquante, à base de synthés, costumes classiques et chics pour les méchants ou assimilés, mobiliers somptueux, décors luxueux traversés par des bandes fluos. Crichton (venu sur ce projet après l’abandon du projet d’adaptation de son roman Congo) pousse plus à fond son humour désabusé, ironique et formel (‘no swimming’ pour la voiture). Il signera d’autres polars ou films d’actions par la suite. Il s’arrêtera à cause de l’échec de Preuve à l’appui (1988), pour entamer une ascension fulgurante à d’autres postes, en tant que géniteur ! Cela donnera notamment Urgences et Jurassic Park.

Note globale 59

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Body Double + Les Griffes de la Nuit/Freddy 1 + Wolfen + Looper/2012

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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