LE RENARD JAUNE *

3 Oct

2sur5  En 1967, Mocky l’ex-acteur était un jeune réalisateur décalé en pleine ascension. À ce moment il doit tourner Le renard jaune avec Maurice Chevalier, Bourvil, Francis Blanche et Signoret. Comme Les carrossiers de la mort la même année, ce projet est abandonné au profit de La Grande Lessive, premier grand succès populaire du réalisateur. Le scénario est ressorti une quarantaine d’années après – Le furet (2003) est peut-être dans ce cas, vu son anachronisme. À la mi-2012, Mocky tourne son Renard jaune en une semaine. Le film se déroule principalement dans le bar éponyme, repose sur ses interprètes et un moralisme anar peu lisible et encore moins concluant.

Mocky fait défiler des « vaincus de la vie », avides de célébrité ou d’affection, pour lesquels il éprouve une tendresse vacharde. Le film se veut burlesque et ubuesque mais est plombé par une exécution et une conception à l’arrache de A à Z. Sa nature théâtrale semble plutôt une affaire de réflexes, car ni les limitations ni les appuis naturels d’un tel dispositif ne sont intégrés. Les répliques sont souvent stupides, les plus significatives arrivent à être pompeuses en restant cheap, en visant trop haut par rapport à la situation et surtout aux caractères (« c’est un artiste il est au-delà du bien et du mal »). L’investigation par les flics ou les journalistes emmène déjà bien trop loin par rapport à ce que l’écriture peut soutenir.

Les acteurs ont de la latitude pour faire leur petit numéro mais manquent de place, de substance et de moyens pour décoller une fois à l’écran. Les excentricités sont surjouées, parfois cartoonesques sans avoir les ressorts adéquats (la crispation faciale de Léo/Duléry). Marie-Thérèse Lavanant est très forte dans son personnage de grandiloquente mais vraiment blasée, mais son fardeau est lourd et ingrat ; la télé tant critiquée lui aura sûrement offert mieux. Béatrice Dalle est intéressante à retrouver dans un rôle posé de mélancolique ‘forcée’, mais sa partition s’enlise très vite. Lonsdale est le seul élément tenant bon et même mûrissant pendant le film. Avec sa diction bizarre et son costume de demi-fondu au grand cœur, il laisse d’abord circonspect.

Qu’il grille le suspense du film (et ses cartouches en général) lui est bénéfique ; ainsi l’attention se concentre sur ses manœuvres, ses motivations, à un degré sentimental et non factuel ou psychologique. C’est l’atout sensible et la réussite du film, le seul aussi finalement à épaissir ces péripéties et nourrir une tension, ou du moins une attente. Le reste est un fatras décousu, avec une avalanche de bourrasques émotionnelles aberrantes, comme les confessions crachées sans raison ou les assertions impromptues. Là-dessus Mocky essaie d’être grinçant et émet quelques pics ‘engagés’ anti-autoritaires. Ces façons sont résumées par l’instant où Leo se met à chouiner sur son statut caché d’immigré – sans lien avec (ni renforts pour) ce qui se dit et se passe vingt secondes avant et après.

Note globale 35

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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