LE VOYAGE A TRAVERS L’IMPOSSIBLE ***

25 Sep

4sur5  En 1902 Méliès présente Le Voyage dans la Lune, un des premiers films plébiscités à l’international. Ce succès donne des ailes à Méliès en tant que commerçant et entrepreneur, mais l’enthousiasme est presque immédiatement refroidi par un homme mieux pourvu de ces qualités : Thomas Edison. Le co-inventeur du Kinématographe, dépouillé par les autres pionniers du cinéma, fait payer Méliès pour tout le monde et le pousse indirectement à fermer son cinéma aux États-Unis, ouvert par son frère qui n’était pas de taille. Méliès connaîtra encore le succès pendant quelques années en restant implanté en France, puis s’endettera pendant l’ascension de nouveaux concurrents et l’installation de Pathé. Lorsque sort Le Locataire diabolique (1909), il est déjà dépassé.

Deux ans après son film-phare, Méliès sort ce qui ressemble à un auto-remake. Le Voyage à travers l’impossible ressemble beaucoup à celui dans la Lune, avec son expédition embarquant des savants, utilisant des ingrédients fantastiques et à destination d’un astre visible depuis la Terre. Cette fois l’entrée se fait dans la bouche du Soleil et lui aussi a une face humaine. Le film est officieusement inspiré d’une pièce éponyme de Jules Verne (produite en 1882), qui était déjà la principale référence de Méliès avec H.G.Wells pour le Voyage dans la Lune. Méliès repousse de nouvelles limites et cette séance-là est beaucoup plus prolixe, foisonnante. La durée quasi-double (20 minutes selon les vidéos [et le métrage, 374], certaines sources indiquent 24 à cause d’un supposé « Supplément » perdu) et est quasi record pour les films de fiction à l’époque, même si La vie et la passion de Jésus-Christ a placé la barre très haut l’année précédente (environ 45 minutes ; un paleo(?!)-documentaire de 1897, The Corbett-Fitzimmons Fight, fait exception en dépassant l’1h30).

L’humour est abondant et explicite, ce qui n’était pas le cas lors du passage sur la Lune, sans doute parce que Méliès sortait de son manège habituel pour aller vers un but plus grand et solennel. Les personnages gesticulent abondamment et sont exaltés comme jamais chez Méliès, dont la moyenne est pourtant déjà bouillante. La profusion du film est bienvenue dans la mesure où Méliès donne à voir la ‘largeur’ de sa créativité, même si elle couvre une superficialité plus contrariante sur la durée. La lisibilité est un peu flouée pour le spectateur ‘du futur’ car celui-ci n’a plus de souffleur (comme dans les salles à l’époque, parfois ; ou des accompagnements musicaux, L’assassinat du duc de Guise ayant son accompagnement spécial signé Saint-Saëns), or le film se passe d’intertitres et si Méliès (qui joue l’ingénieur en chef, Mabouloff) est pédagogique pour certains tours exécutés par lui-même (L’Homme à la tête en caoutchouc), il ne l’est plus lorsqu’il raconte.

Si ces tableaux sont charmants, colorés et l’action plus vive qu’avec la Lune, la dépendance de Méliès à l’organisation théâtrale limite la force de ces aventures. Aucun mouvement de caméra n’est à relever, alors que les Lumière ont présenté Panorama et Passage d’un tunnel avant le nouveau siècle. Ils ont également considéré l’écran comme matière et non simplement comme support avec L’arrivée d’un train dès 1896, qui au-delà de son jeu avec le néophyte exploite la diagonale du champ ; Méliès présentera toujours ses fantaisies avec une prise de vue frontale et rigide (plan moyen, scènes sans découpages internes, reliées bout-à-bout), posture basique à laquelle l’école de Brighton est en train de trouver des alternatives (via le Téléscope de Smith ou l’Audacieux cambriolage par exemple). Néanmoins à l’intérieur de cet ‘écran fixe’ Méliès multiplie les trucages, la pyrotechnie, les surimpressions ou des illusions en rapport, sans n’avoir plus rien à annoncer ni démontrer. Cela fait de ce Voyage dans l’impossible une espèce de film-catastrophe rempli d’effets spéciaux et de péripéties nerveuses ; une espèce de Michael Bay de 1904, autrement truculent que son descendant. De plus le film était colorisé au pochoir à sa sortie – technique encore neuve précédant le Kinémacolor de Smith (1906), bientôt annexée par Pathé via le Pathécolor (1906).

Note globale 71

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :