L’ASSASSINAT DU DUC DE GUISE (1908) **

22 Sep

3sur5  Le duc de Guise en question est « le balafré », défenseur du catholicisme pendant la première phase des ‘guerres de religion’, opposant catholiques et protestants. Meneur de la ‘Sainte Ligue’, Henri de Guise fut assassiné sur ordre du roi de France Henri III, le dernier des Valois. Le meurtre eu lieu le 23 décembre 1588 dans le château de Blois où le roi avait convoqué le duc de Guise, les états généraux de Blois et la position défavorable du roi trompant sa vigilance.

En 1908, la société de production nommée Le Film d’Art se lance avec de hautes ambitions pour le cinéma et pour le public. Son dirigeant Paul Laffitte souhaite anoblir cet art alors très prisé par la plèbe, grâce aux facéties de Méliès (les origines oscillent entre ‘foires’ et expositions privées pour financiers et érudits). Son idéal est pédagogique, élitiste et commercial à la fois. L’Assassinat du duc de Guise est le premier film issu de cette société. La fidélité de la reconstitution s’arrête là où commence la bienséance ; la violence occupant une belle place dans cette affaire, le compte-rendu à l’écran est allégé. Le soin apporté et la haute qualité visée doivent remplacer ce vide. Le scénario est rédigé par un membre de l’Académie française (Henri Levedan), le style est sobre, maniéré sans s’alourdir, l’action est limpide et linéaire, les intertitres prennent un ton neutre et pédagogue. Le classicisme est à tous les niveaux, les influences viennent du théâtre et pas ou peu de la littérature, peut-être encore moins du cinéma tel qu’il s’est déjà donné. Car malgré ses vertus et sa clarté, cet Assassinat est loin d’enrichir le nouvel art sur lequel il repose. Les plans sont statiques comme chez Méliès, mais ses trucages sont absents et le recours aux effets spéciaux est inexistant.

L’action se déroule dans quelques lieux peu différenciés, implique une majorité écrasante de conversations et une portion de duels. Souvent l’attention est absorbée par un protagoniste jouant l’exalté, généralement horrifié ou indigné par ce qu’il profère. Cela donne l’impression d’un ballet de pseudo histrions en lutte avec des forces trop graves pour quiconque. Cela rend également la séance peu attrayante, les choix étant inadéquats. Nous sommes toujours aux temps du muet or déjà Le joueur d’accordéon avec ses deux-trois secondes se heurtait à un problème logique, en mettant le son au centre, provoquant l’exclusion involontaire du spectateur et, dans une certaine mesure, affichant du mépris ou une négation de l’identité de son support. Ce problème prend des proportions colossales pour ce film très ambitieux s’étalant sur 15 minutes (La vie et la passion de Jésus et ses 44 minutes en 1903 est encore un monstre à ce moment, les longs d’une heure et demi seront les superproductions records en 1913-1914 : Quo vadis, Les derniers jours de Pompéi). Le spectateur n’a plus qu’à contempler les nuances du mobilier et la joliesse des costumes, apprécier le prestige manifeste de la troupe et du milieu, rêvasser sur ses réminiscences en Histoire, savourer la pureté des intentions et l’effort d’écriture et d’organisation (chose négligée en général à l’époque, le ‘script’ étant souvent une option ou un cache-misère).

Quand au film, il entre dans l’Histoire en tant que premier film français pourvu d’un accompagnement musical crée spécialement pour lui à sa sortie en salles. Là encore, prestige, classicisme et sophistication rigoriste (avec cette fois une fibre enchanteresse) sont de mise : Camille Saint-Saëns livre l’Opus 128 pour cordes, composition moins marquante que son Carnaval des Animaux et surtout moins grisante que Samson et Delila, redécouverte sur le tard (pas enregistrée à l’époque). Enfin L’Assassinat peut être considéré comme un précurseur du film de cape et d’épées (le premier ‘gros’ film du genre sera un Trois Mousquetaires en 1921), pour des raisons de pure surface mais aussi pour la place accordée à la part (tragico-) romantique de cet événement, avec le chagrin de la marquise de Noirmoutiers. Le Film d’Art aura connu un vif succès avec ce premier film (concurrençant Le Voyage dans la Lune à l’international), sans doute à cause de sa promesse sensationnaliste ; mais, peut-être parce qu’elle l’a déçue entre autres choses, la suite du programme sera boudée par le public et s’éteindra dans sa relation à Pathé. Elle laissera tout de même à la postérité deux autres reconstitutions historiques : Le Baiser de Judas (1909) et Le Retour d’Ulysse (1909). Les trois films sont dirigés par André Calmettes.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

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