L’ARRIVEE D’UN TRAIN EN GARE DE LA CIOTAT ***

16 Sep

3sur5 Ce film des origines marque un bond considérable dans les progrès du cinéma. L’anecdote tellement ressassée au sujet de sa première présentation (avec le public se cachant sous son fauteuil pour éviter de se faire écraser par le train) souligne moins une crédulité générale qu’une révélation : le cinéma peut offrir des émotions fortes, donner au spectateur l’impression qu’il entre dans son ‘champ’ et l’abstraire de la réalité comme sait le faire la littérature. Avec l’amélioration rapide de la pellicule, le cinéma pourra bientôt révéler ses capacités d’immersion (le format 35mm mis au point pour Edison le permet déjà, en théorie).

L’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat est donc le premier film ‘sensationnaliste’ du cinéma, en tout cas le premier à produire un ‘effet’ (grâce à la profondeur de champ). Les Lumière évitent la platitude en capturant le train en diagonale dans un plan d’ensemble, non de face. Mais c’est l’école de Brighton (The Big Swallow) et Georges Méliès (Le Voyage dans la Lune) qui installeront les techniques et les trucages de base, en jouant avec la perception du spectateur. Contrairement à L’Arroseur Arrosé et à Sortie de l’usine Lumière, ce film ne fait pas partie de la projection donnant le coup-d’envoi au cinématographe (au Salon indien du Grand Café le 28 décembre 1895). Le public découvre cette ‘vue’ neuf jours plus tard et en font le plus grand succès des frères Lumière.

Le duo refera des vues avec train dans la même année : Descente des voyageurs du pont de Brooklyn (tourné en septembre, projeté en janvier 1897) ou Arrivée d’un train à Bathery Place, sorte de contradiction de La Ciotat. Cette fois le mouvement est pris sous l’angle opposé afin de brosser le spectateur dans son sens : il voit le train venir de derrière lui, puis défiler sous ses yeux tout en se perdant à nouveau hors-champ. Cette présence de marottes est une constante lors des balbutiements du cinéma, cependant les Lumière sont encore plus sujets aux redites que les autres stakhanovistes et surtout plus obsédés par les infimes variations.

Par exemple, Le repas de bébé (un des 10 films présentés à la première publique du cinématographe) avec la fille d’Auguste précède Le goûter des bébés (1897) avec les neveux Lumière ; tandis que L’Arroseur arrosé aura rapidement des versions alternatives. En revanche, Passage d’un tunnel en chemin de fer (1898) est un remarquable prolongement, offrant le panorama d’un pont et d’un tunnel grâce à un travelling arrière. Pris depuis l’arrière d’un train, cette vue-là est la plus impressionnante des Lumière, devant Démolition d’un mur (1896) et Panorama du grand canal pris d’un bateau (1896) dont la technique ambitieuse tombe alors en désuétude.

Note globale 66

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Une Réponse to “L’ARRIVEE D’UN TRAIN EN GARE DE LA CIOTAT ***”

  1. princecranoir septembre 19, 2016 à 17:48 #

    Première grande démonstration du pouvoir du cinéma sur les masses. Bien bel article pour cet incunable.

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