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WALL STREET ****

20 Juil

4sur5  Tourné en 1987, Wall Street renvoie aux débuts de Oliver Stone réalisateur ; scénariste de plusieurs mastodontes (Midnight Express, Evita, le remake de Scarface), il venait d’enchaîner ses deux films sur le Viet-Nam (Salvador et Platoon) qui l’ont révélé au public. Et il s’affirme d’emblée comme un cinéaste férocement engagé ; surtout que son style est indépendant, sans emphase ni posture conformiste de  »liberal », sans égards non plus pour les formes ou les modes de déduction classiques. Oliver Stone est fait pour le combat ; dans Wall Street, son viseur cible les milieux de la finance.

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Rafales sans sommation. C’est le premier film à évoquer clairement ce monde de la finance ; à la fois en rendant le sujet accessible et en le dépeignant de façon mordante. Comme souvent chez Stone, la balade en zone rouge prend des allures de thriller, avec un fort accent sur les non-dits de la civilisation et des hommes. Dans Wall Street, il raconte une initiation à cet univers et installe le spectateur dans la position de Burd Fox, le courtier paterné par Gekko, lui ouvrant les portes en échange de  »tuyaux » et autres missions, toujours en montant d’un cran. Sans nécessairement partager la faim de Fox, nous sommes pareillement pris de court et absorbés par le niveau de vie émergent ; et aveuglés par la morale particulière qu’il réclame, le regard sur les autres, puis finalement la sombre et virulente mélancolie qu’il engendre.

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L’une des grandes audaces de Wall Street consiste à susciter l’empathie (tout en affolant éventuellement les jugements) avec son monstre Gordon Gekko et ce qu’il représente. Profiter de la vie et l’exercer réellement, contrairement à tous les veaux et les soumis ; se hisser dans l’opulence et surfer sur le fric facile ; sans avoir à sacrifier son existence au travail et à la médiocrité de la condition de l’homme commun. En oubliant même sa propre nature de mortel. Cet archétype innovant d’exploiteur tout-puissant influera sur la carrière de Michael Douglas (parfois en tant que victime des tentateurs cupides) mais aussi sur les représentations du cinéma hollywoodien, l’Al Pacino de L’Associé du Diable apparaissant comme le frère jumeau de Gekko (dont le nom est calqué sur celui d’un genre de lézard, prédateur gravissant avec aisance vers les sommets).

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Wall Street est une parfaite illustration de ce style quintessenciel de Oliver Stone, flirtant avec la nature instinctive la plus prégnante de l’homme, la plus sublime et reptilienne. Cette dimension est complétée à merveille par ce mélange de candeur flamboyante (autant pour flirter avec l’interdit que pour affirmer un idéal) et de vertige nihiliste propre aux 80s. En plus d’une ouverture pédagogique sur les marchés financiers américains et la profession du trader, Wall Street est un témoignage brûlant de cette époque ; sans concession, il ne nie pas le charme d’un certain état d’esprit, assume l’attrait comme la perversité du degré d’existence exhibé. Il donne la traduction parfaite d’un renversement des valeurs illustré par la maxime « Greed is Good » et montre les effets, tous les effets, toutes les sensations et consciences, de cette célébration du cynisme et de l’avidité. 

Note globale 83

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

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Aspects favorables

* immersion totale dans un spectacle paroxystique, comme toujours chez Stone

* qualités informatives, presque de documentaire  »surréaliste » sur le milieu et les pratiques de la finance, mais aussi sur un certain esprit des 80s

* à la fois une exploration et une grande synthèse de son sujet

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Synopsis : Splendeurs et misères de Bud Fox, jeune loup d’une banque d’affaires de Wall Street, qui réussit à séduire un investisseur, Gordon Gekko. Ce dernier lui explique que l’avarice et l’ambition sont les premières vertus s’il veut réussir dans le milieu de la finance.

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 Voir l’index cinéma de Zogarok

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