MES CHERS VOISINS **

14 Juil

2sur5  Pour son cinquième long, Alex de la Iglesia manque de tomber en panne, sans esquiver les travers habituels. Il semble prendre son inspiration auprès de la comédie anglaise et en particulier de Petits meurtres entre amis (sorti cinq ans avant, signé Boyle), avec son amitié brisée pour une valise pleine de billets. Dans le lot d’excentricités envoyées, certaines ont un potentiel éloquent, comme l’intrusion surréaliste du troupeau de voisins, en train de fouiller tranquillement et méthodiquement l’appartement de Julia. Cependant le film ne cesse de se répéter pour illustrer son propos ou d’étirer des situations acquises, savonnant la planche avec quelques gags geeks en chemin (Star Wars, tics hitchcockiens pour illuminer une pyrotechnie parfois désuète). La supériorité de la seconde partie lui permet de compenser la vacuité et les mauvaises impressions générées par la première, laissant dans l’expectative sur ce film ambitieux et finalement capable d’assumer un peu ses promesses, en terme de spectacle comme de commentaire.

Le personnage de Julia (Carlen Maura – au départ prévu pour un homme) arrive également à dépasser sa stupidité initiale, dès le quart du métrage. Démonstrative et loquace à l’extrême, toujours prompte à prendre ses aises, elle correspond à la représentation dominante de l’agent immobilier pour la télé au cinéma, flatteuse pour les instincts débiles du spectateur. Mais son mode de vie sous pressions, son mode de vie sous pression, ses relations rares et ingrates, son égoïsme assumé, dépourvu de mesquinerie ou de mépris, la rendent rapidement sympathique, de même que sa façon énergique de classer les affaires ou boucler les gens. Malgré la façade clinquante de la business-woman indépendante et efficiente, il y a déjà la place pour quelques remarques ou démonstrations cinglantes sur l’amertume, la médiocrité et la solitude.

Comme souvent chez de la Iglesia, l’intrigue piétine sur une longue durée ; mais ici il n’y a pas la profusion (Le Jour de la bête), le gros thème ou filon (Le crime farpait), l’univers graphique (Balada triste) qui compensent ; s’il y a les deux premiers c’est en sous-régime ou sans gloire. Avec l’ouverture des hostilités en milieu de course, le film s’enrichit à tous les niveaux, tout en enterrant quelques possibilités toujours négligées, comme la poursuite de ces aventures hors de l’immeuble, l’incruste dans le quotidien ou le zoom sur des vices particuliers de ces affreux voisins. Les complications avec les flics (occasion de trouver Luis Tosar, monsieur Malveillance, dans un de ses premiers rôles au cinéma) permettent de casser la routine et accumuler les tensions en vue de confrontations marquées par la surenchère de violence. Le mauvais goût corsé (« la force je la sent », les vieilles mentalement gelées) cède du terrain à une noirceur légère mais acide, type nitroglycérine pimpante.

Si cette fameuse communauté reste sous-explorée, elle est porteuse de sens au-delà du gadget. Elle reflète l’anthropologie cynique constante chez de la Iglesia, qui le fait relier des cibles divergentes socialement parlant, mais réunies par leur immanence sordide et leur disposition ‘naturelle’ à parasiter (qu’ils soient hypocrites, marginaux, vigiles par rapport à la société ou leur environnement immédiat). Le crime farpait ciblera l’absurdité du consumérisme, ces Chers voisins la laideur du communautarisme et l’engagement n’est pas contradictoire, car la source commune est hors du politique, elle est presque animale au premier degré. Les voisins de Julia tentent de s’échapper entre eux et sont des traîtres en sursis. La moralisation sur la responsabilité et le bien collectif est la couverture noble d’intérêts et d’appétits bien concrets, nullement altruistes ou allocentrés. S’ils n’étaient pas déjà médiocres ou dépendants, ils le sont devenus à cause de leur obsession du magot ; l’individualisme est devenu doublement leur ennemi, celui de leurs camarades (ils se sabrent entre eux mais sont soudés par nécessité) comme celui du locataire touché par la grâce du Loto étant un barrage à leurs veules aspirations.

Ils refusent les différences et réclament que tous soient veules, faibles et méchants, à leur image, leur anthropologie (dégueulasse aussi, mais refusant toute nuance) ne laissant ni issue ni permission. Ce fond lâche (selon tous les entendements possibles) explique qu’ils implorent l’aide de Julia lorsqu’ils se trouvent en mauvaise posture, réclamant la pitié et même le soutien alors qu’ils sont en train d’essayer de la tuer. Et face à eux, l’individualisme vulgaire et le pragmatisme de Julia sont un moindre mal, une moindre agression ; du point de vue d’Iglesia, ils ont sûrement le mérite de générer des tempéraments divertissants (Oliver Stone –Tueurs nés– aussi a une tendresse pour les ordures manifestes ou bigger than life, mais avec plus de conscience et de hauteur), en plus de contrarier au minimum la liberté des autres – même si on néglige leurs besoins et se passe de liens ou de buts profonds. Malheureusement Iglesia est porté par l’intuition, omettant de défricher et approfondir son sujet. Par conséquent Nietzsche (La généalogie de la morale) et Ludwig von Mises (La mentalité anticapitaliste) trouveraient là une illustration bien grasse pour leurs hommes de paille.

Note globale 45

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La sentinelle des maudits + Le Locataire 

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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