2ème SOUS-SOL **

3 Mai

2sur5 Le réveillon contrariée de Angela, retenue en otage dans un parking souterrain, seule avec un schizo maniaque : simple et tendu. Le premier film de Franck Khalfoun ne se distingue pas par sa profondeur ni même son originalité, mais bien par une habileté à convoquer les vignettes récurrentes des genres horrifiques ; cette aptitude semble plutôt le fait d’une intelligence cinématographique profondément intégrée que le fruit d’une planification minutieuse. Le résultat est maîtrisé et fluide, équilibrant à merveille liberté bis et savoir-faire industriel. Ce thriller à la lisière de la récréation macabre n’est pas une preuve de génie mais assure le spectacle du samedi soir.

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Cinéma d’exploitation banal et sophistiqué

En faisant d’un parking souterrain le contexte du drame, 2e sous-sol part d’un joli motif d’angoisse et de suspense. Il exploite à merveille la dimension phobique inhérente à l’atmosphère de ce lieu étrange, à la fois urbain et potentiellement sordide en raison de sa stricte fonctionnalité. L’équipe technique sait en faire un labyrinthe à sens unique, avec une propension foraine évidente, sans omettre le réalisme instaurant une proximité et une tension d’autant plus crédible et probablement, intime. Si Creep a beaucoup mieux assimilé le charme délétère de ce type de paysages (dépassant d’ailleurs de loin ce simple cap), 2e sous-sol sait dispenser les morceaux de bravoure et les confrontations corsées. Cette quête de l’effet qui tâche implique des lâchetés scénaristiques, mais aussi de vraies démonstrations d’ingéniosité avec quelques scènes grand-guignolesque quoique sobres, comme celle de l’ascenseur.

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C’est le même traitement pour l’intrigue, foncièrement normale mais dont les scénaristes tirent le meilleur en ouvrant un maximum de pistes raisonnables avant d’assumer une direction ensuite, lorsqu’il est temps de survivre et non plus de découvrir l’horreur de la situation. Le film s’enchaîne par blocs clairement séquencés, passant de la rencontre à la tentative d’initiation avant de poursuivre sous la forme d’un jeu du chat et de la souris. L’ensemble conserve toujours son intensité grâce à cette faculté de jouer avec des propositions puis de leur trouver un substitut avant que la matière ne s’épuise. Ce n’est pas la meilleure stratégie pour le trouillomètre mais c’est celle d’une séance pop-corn réussie. Quand au psycho-killer, il est traité comme un véritable trickster par Khalfoun et Levasseur : cet obsessionnel qui se croyait amoureux ose même le burlesque, tout en confortant la menace qu’il représente. Mais c’est là aussi la limite du film : s’il est un oppresseur concret, il manque de charisme et les auteurs ne font qu’habiller cette figure fonctionnelle de dérives kitschs polies.

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L’éternelle vulnérabilité de la fille de campagne ultra-urbanisée

Au-delà du postulat minimaliste et des promesses relativement éculées, 2e sous-sol traduit, malgré lui, une certaine vision de la femme dans le cinéma, en particulier celui assumant la violence graphique et le retour du refoulé sauvage. La victime de la séance est un personnage aussi réservé qu’intense : d’ailleurs les vingt premières minutes tiennent le pari (bien qu’ils s’arrêtent peu avant que la corde ne cède) de strictement concentrer l’action sur elle. Ce profil de femme socialement adaptée, auréolée d’un statut et d’un succès manifestes, mais freinées par des inhibitions indéfinies (mais toutes liées à ses attaches originelles en conflit avec son indépendance) est une sorte de tropisme repris ponctuellement par les auteurs depuis Le Silence des Agneaux. D’ailleurs, la séquence du repas relève du pastiche du dénouement d’Hannibal, où Julianne Moore se trouve prise au piège par Hannibal, habillée comme une poupée érotique auquel il accordait le libre-arbitre et la dissidence. Mais ce patrimoine inconscient n’est pas traité par ses auteurs, qui l’assimilent par réflexe, sans attention pour ce portrait pourtant si puissant de femme célibataire, formelle et élégante, dont le tempérament superficiel et polissé est toujours la résultante d’un dilemme entre un cadre de l’esprit traditionaliste (reconnaître qu’on est exclusivement le résultat d’agents extérieurs, conserver les liens à la famille par principe) et une poursuite de la modernité se restreignant finalement à la dévotion au travail. C’est intéressant aussi, car cette absence de recul a valeur de compte-rendu à chaud s’accrochant aux balises sociologiques imposées par le réel.

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.Sans décevoir un instant puisque c’est un généreux train fantôme, on pouvait attendre mieux d’un produit labellisé par Alexandre Aja, dont Franck Khalfoun est un collaborateur récurrent (acteur dans Haute Tension). Rassemblant l’équipe de La Colline a des Yeux, 2e sous-sol est dans la lignée de Mirrors sorti peu après : un produit de genre efficace, à suggérer aux amateurs, mais en rien notable.

Note globale 52

Page Allocine 

Voir le film sur YouTube

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Alexandre Aja sur Zogarok : Haute Tension, La Colline a des Yeux, La Colline a des Yeux 2, Mirrors

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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