DRILLER KILLER ***

24 Avr

driller killer ferrara

3sur5  Membre de première classe de la catégorie Nasty Videos, Driller Killer se traîne une aura culte mais aussi une réputation très mitigée. Après le porno Nine lives of a wet pussy, Abel Ferrara tourne dans l’autre domaine underground par excellence : le film horrifique aux tendances gore. Driller Killer frappe fort au point d’être remarqué par William Friedkin (L’Exorciste), qui lui permettra de produire son film suivant avec un meilleur budget : L’ange de la Vengeance aka Mrs.45, l’une de ses plus grandes réussites.

Driller Killer présente les caractéristiques du cinéma futur de Ferrara et suscite un paradoxe : il peut décevoir avec ce recul rétrospectif, tout en laissant une emprunte en mémoire. L’aspect brouillon du film pose problème ; de nombreuses séquences sont superflues ou redondantes, n’apportant ni nuance ni surenchère. Des opportunités semblent négligées. Et en même temps, Ferrara installe une signature forte, un climat poisseux et nihiliste évocateur.

Le principe de base est excellent ; à l’époque où le cinéma horrifique se complaît à montrer le triomphe de la dégénérescence dans les campagnes (Massacre à la tronçonneuse, Day of the Dead), Driller Killer situe cette déliquescence monstrueuse en milieu urbain. Au lieu de servir les fantasmes déconnectés, il s’intéresse à la réalité et place les excroissances monstrueuses là où elles se trouvent réellement. Ainsi se découvre son New York mal famé, cet arrière-pays et ces zones du refoulé présentes au cœur de l’Amérique dirigeante, pas enfouies au loin dans des profondeurs improbables.

Abel Ferrara incarne lui-même le personnage principal, Reno, jeune peintre couvert de dettes procrastinant pour achever son dernier tableau. Il ne veut plus se débattre pour ramer encore et encore. Il est un damné ordinaire et il en a assez. Il y a les flash d’abord, cauchemardesques, pas loin d’inquiétantes hallucinations ‘psychédéliques’. Puis il y a le passage aux meurtres, cette part révoltée et destructrice assumée. Dans la seconde moitié du film, Reno apparaît comme la version non-psychotique de la star de Maniac. Ses exploits à la perceuse sont d’ailleurs d’un gore redoutable, comparable à ce chef-d’oeuvre du genre.

Cet essai est à la fois concluant et frustrant, mais cette frustration vient finalement du refus de Ferrara de quitter l’aspect pseudo-documentaire (romantique, sans doute) pour allez vers une œuvre strictement cinématographique où les personnages deviendraient les mobiles du spectacle. Ferrara a son approche du cinéma, potentiellement rebutante, pouvant engendrer une certaine extase, parce qu’il propose de vivre au rythme d’un ou plusieurs personnages en nous invitant dans sa réalité tarée et en acceptant ce que la réalité (même malsaine) peut avoir de non-cinématographique ; ça ne la rend pas moins divertissante, au sens où un roman psychologique ou une balade exotique sont divertissants.

La sympathie s’installe et croît pour ce petit film, objet de beaucoup de fantasmes et finalement de médisances. Il offre une vision bancale fondée sur des intuitions puissantes. Dans ces univers marginaux ou putrides, on se came, on se met minable ou on implose ; mais c’est la puissance par en-dessous ou l’illumination dans la drogue : ce n’est pas la vraie puissance. Les jeunes de ces milieux ont un trop-plein d’énergie sans objet, se consumant comme elle peut, quitte à partir totalement en vrille ou recouvrir peu de sens.

Reno lutte contre cette déliquescence, mais il n’a pas d’alternative. Au mieux, il choisira son mode de résignation ou d’auto-destruction. Voilà pourquoi il ne sait plus produire, pourquoi il se bloque alors qu’il a trouvé un moyen d’expression (la peinture) qu’il peut exploiter. Il pourrait s’épanouir mais si la force émerge elle est aussitôt brimée ; il en devient un être faible et aliéné, d’autant plus qu’il refuse d’allez avec le courant et alors que d’autres trouvent une certaine gloire dans cette déchéance (les chanteurs de ces groupes de rock/hard).

Aussi, il trouvera dans la violence le seul moyen d’exprimer sa puissance, en plus d’un défouloir véritable, un où il ne se détruit pas et ne se diminue pas face à un monde ingrat. Les cibles de Reno seront d’ailleurs souvent des miséreux, incarnations de l’exclusion finale et de la médiocrité matérielle avec laquelle il flirte dangereusement. Il se trouve déchiré entre l’envie de se sauver et celle de tout plaquer : puisque c’est la jungle et que je serais toujours victime, désormais ce sera la jungle où ma règle commande ! À la fin, ses crimes prennent une nature sexuelle (quand Steven est remplacé), élan tardif renvoyant au manque d’agilité de Ferrara dans son sujet.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Epidemic

Voir le film sur YouTube (VO+Uncut)

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :