LA FIEVRE AU CORPS ****

9 Avr

4sur5 Le projet criminel des amants renvoie à Assurance sur la mort (1944) et participe d’un hommage aux films noirs de l’ère classique (années 1940-1950). Body Heat est aussi un produit typique de la décennie qui s’ouvrait (années 1980), celle du luxe sans responsabilité, des rêves de consumérisme intégral dans l’opulence. Il en recèle le cynisme ‘innocent’, le goût du sulfureux et des audaces futiles [au-delà du divertissement et son cadre] et de l’individualisme achevé [le social est entièrement tributaire de l’affectif et des intérêts privés – donnant une dimension supplémentaire au confort de l’anonymat du dernier plan], la tension entre outrances et maniérisme, le recyclage clinquant de canons culturels perçus comme prestigieux. De cette manière le premier film de Lawrence Kasdan, réalisateur et scénariste (occupant cette fonction sur trois Star Wars) permet à un genre et ses codes de faire leur come-back dans l’allégresse (et les séquences embrumées en couleur).

Aucune trahison, uniquement une ré-actualisation glamour et caniculaire, centrée dans une ville côtière de Floride et accompagnée par la musique de John Barry (compositeur des génériques de James Bond et Amicalement vôtre). Vénéneux, sucré et lumineux, La Fièvre au corps affiche toujours ses intentions tout en cultivant le mystère ; position paradoxale poussant le spectateur à négocier avec les illusions à l’écran, en les appréciant doublement. Kasdan fonctionne beaucoup par métaphores, lesquelles se déploient toujours plus loin que prévu. Lorsque Matty force Ned à se mettre dans une posture de cambrioleur pour l’atteindre (un des premiers rendez-vous), ce n’est pas seulement la métaphore d’une relation humaine ou de la prise de contact sexuelle ; c’est aussi celle de l’intrigue policière à venir. C’est la gigantesque construction d’une femme fatale, dans laquelle Ned et le spectateur s’enfoncent, plus ou moins sciemment, en sachant concevoir éventuellement (tous ces charmes, ces artifices et leurs raisons d’être) sans savoir devancer la mécanique. Aussi certaines grandes lignes se devinent, les supercheries et les manipulations entre personnages deviennent des acquis ; de là vient le plaisir et la stimulation.

Pris dans cette toile, il s’agit de guetter les faussetés, les naïvetés, voir comment chacun négocier les chausse-trappes, anticiper la forme et l’ampleur des ‘passages’ prévus. Le spectateur a le loisir de projeter son propre machiavélisme tout en restant simple otage pris dans la grande toile, position à laquelle Ned doit son ivresse (malgré les galères et la descente aux enfers). Les digressions et accidents nourrissent la surprise mais aussi des espoirs plus profonds : pourra-t-on croire à la romance, à une certaine pureté, ou un rachat – quand bien même la parano est là et des faits pourraient la soutenir, on sait qu’il y a plus qu’un mirage. Grand succès à sa sortie (en 1981), Body Heat donne leur coup-d’envoi à trois carrières : celle du réalisateur Kasdan, celle des acteurs donnant corps au tandem, William Hurt et Kathleen Turner. Cette dernière changera radicalement d’image et d’apparence en une décennie, devenant une espèce de sosie caustique de Kathy Bathes (meurtrière BCBG chez Waters –Serial Mother– et matriarche répressive dans Virgin Suicids). Body Heat contient également une apparition (en musique et pas romantique – l’îlot de réalisme fruste et pouilleux) de Mickey Rourke avant son heure de gloire (entamée avec Rusty James deux ans après).

Note globale 79

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… American Gigolo + Le quatrième homme/Verhoeven + Mort sur le Nil + Obsession/De Palma + Chinatown

Scénario & Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4),Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

 

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