BREAKING NEWS ***

23 Fév

3sur5 Le cinéma de Johhnie To se caractérise par une mélancolie teintée de satisfaction, un goût du trivial et une assurance de sage taquin et roublard. Avec Breaking News, l’auteur accomplit une révérence au cinéma de la grande tradition de Hong-Kong pour bâtir un film policier où le ton se fait lourd et léger à la fois. Élégant et sophistiqué, vif et entièrement tourné vers l’action, il manifeste toujours une dérision subtile, comme pour exulter par la farce, afin de tenir en respect ce sens tragique auquel pourtant il se résigne et s’attache foncièrement. En marge, le cinéaste dénigre depuis dans les interviews le cinéma hong-kongais tel qu’il est devenu ; Breaking News fut l’affirmation décisive de ce rejet.

Les médias comme écrin aux ordres des sur-hommes

A l’intérieur de Breaking News le seul enjeux est la représentation, l’exhibition de son propre ascendant ; les policiers et le groupe de bandits de haut-vol qu’ils pourchassent subtilisent tous les deux l’attention des journaux télévisés. Le but est de se montrer légitime (des preneurs d’otages sympathiques, des flics dévoués) par-delà la véritable nature de la situation. Ainsi Johnnie To montre les médias au chevet de la police ; et y va de sa petite critique convenue (mais insidieuse) sur l’opportunisme et l’indécence de ces affreux médias hystérisés par leur course au scoop. La critique est compassée mais surtout pas son complaisance ; d’abord, Breaking News montre les faits que les journalistes poursuivent, aussi la posture tiendrait mal. Ensuite, le film, s’il met en avant des personnages aux caractères exubérants (et notamment un inspecteur exécrable), est lui-même une sorte d’hagiographie distanciée des forces de l’ordre. Ce n’est pas tant leur pouvoir qui retient Johnnie To, mais leur autorité symbolique. Le cinéaste se fait même le chantre d’une vision passablement ivre de cet autoritarisme ; cet attachement est cependant placide dans le discours implicite, puisqu’emprunt d’une grande lucidité, qui n’a d’égal que l’ironie ambiante. Le regard est emprunt d’une complaisance envers la nature humaine, les rouages de la hiérarchie et ceux des flux sociaux.

Breaking News révèle même une certaine fascination (non sans sincère distance critique – contrairement au traitement des médias, ouvertement hautain) pour l’autorité, pour les insignes, l’affrontement et le déploiement des forces légales contre celles du banditisme, l’armada institutionnel en action. Il montre aussi la collusion entre les besoins, la volonté du malfrat et celui du gardien de l’ordre, tous deux des individualistes lucides, partagés entre indifférence et implication dans la société. D’ailleurs, le film est le spectacle d’une société où n’émerge que ce combat et les grands effets inhérents, comme si les deux antagonistes étaient les seuls acteurs à surpasser un monde fade et atteint de cécité.

Entre cynisme et liberté, un essentialisme teigneux et romanesque

Le couronnement critique de Breaking News et de Johnnie To par extension est en cela très curieux, ou plutôt il révèle l’inanité des experts du cinéma, dont le snobisme et l’anti-dogmatisme de circonstance les pousse à faire l’éloge d’un cinéma étranger qui est l’exacte réplique de ce qu’ils réprouvent socialement, esthétiquement et idéologiquement dans le monde occidental, Europe et États-Unis compris. En effet, Breaking News est un produit fascisant et allègre, arborant une vision à la fois désabusée et satisfaite du monde tel qu’il est. Ce programme n’est somme toute que la version romantique d’un Taxi rehaussé par du talent de cinéma, un anarchisme de droite et un cynisme contemporain trempé. Or il faudrait bien être hypocrite pour ne pas y prendre du plaisir : ce monde où tout est limpide mais où la réalité semble toujours échapper est à la fois rassurant et stimulant. Et si le film charme ainsi, c’est que tout ces éléments, cette déférence devant le trivial et un sublime aux accents grotesques, qui devraient engendrer une certaine morosité, génèrent en vérité une sorte de douce résignation. C’est un univers à la fois frontal, violent, primal et même temps, cotonneux, où tout semble se dérouler dans un cadre tellement invisible qu’il concilie fatalisme et liberté. C’est donc, viscéralement et en tous points, un film « de droite ».

Note globale 65

Page Allocine

Aspects défavorables

Aspects favorables

* pourquoi seulement  »feinter » la critique des médias, puisque c’est en tant que pantins qu’ils sont reconnus dans leur rôle

* vif, drôle, sophistiqué

* l’atmosphère et la vision du monde, mélancolique et suave

* les personnages survolent le monde commun, avec lucidité

.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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