CLERKS, LES EMPLOYÉS MODÈLES **

14 Jan

2sur5  Kevin Smith est un créatif américain rattaché au cinéma indépendant où il occupe la fonction du beauf de service : mais un beauf qui pense et produit des joutes pleines de références culturelles (c’est le côté ‘hipster’ qui se substitue souvent au label ‘indépendant’ quand les produits et les auteurs sont très cotés en dépit du label). Sa carrière commence avec Clerks les employés modèles (Commis en folie pour les québecois), film en noir et blanc tourné sur le lieu de travail de Smith (le magasin Quick stop) alors qu’il a 24 ans. Le budget est tellement minuscule (27.000 $) que la majeure partie est liquidée pour la bande-son.

Presque toute la séance repose sur les dialogues, assez corsés et inspirés mais au niveau des protagonistes, philosophes buralistes, kékés attentistes ou semi-voyous. Les deux employés (du vidéo-club et de l’épicerie) meublent leurs journées en dissertant sans ambitions particulières, avec snobisme dans le cas de Dante (Brian O’Halloran) qui méprise la clientèle mais honore ses devoirs ; au contraire l’humilité de Randal (Jeff Anderson) l’amène à s’accepter en tant que loser ou apparenté et à éprouver les clients sans aucun état d’âme. Cela donne quelques séquences amusantes, comme celle où une cliente s’accroche pour obtenir des conseils face à un vendeur nonchalant jouant sur les mots mais pas sur le même tableau.

Passé la franche médiocrité du début, on trouvera des suites de punchline heureuses ; autour des baratins de tires-au-flanc, quelques anecdotes plus (l’incontinent triquard) ou moins (l’enterrement trololo) vigoureuses. Les grandes sentences et arguments foireux renvoient à certaines comédies anglaises comme Wanda, naturellement plus élégantes. Clerks donne aussi l’impression d’atterrir dans un espace-temps où Tarantino et Guy Ritchie (qui sortira du bois plus tard, à partir d’Arnaques crimes et botanique en 1998) seraient la quintessence de l’art et de l’ébullition intellectuelle. Il n’est pas si dynamique mais se rattrape par la sincérité et via son côté ‘film de potes’. La bonhomie et un certain enthousiasme paient in fine, quoique la pantalonnade demeurée ne soit jamais loin.

Le ton est lourdaud et les manières caricaturales, le chemin semé de petits pics potaches ou moments cinglants ; mais la vivacité est dans les rouages et pas (en dépit d’une volonté en ce sens) dans les mots d’esprit. Il n’est pas étonnant que Kevin Smith s’illustre par la suite dans le démoulage de bouffonneries du niveau d’Uwe Boll, avec tous ses opus étiquetés View Askewniverse (où circulent Jay & Silent Bob – ce dernier étant interprété par Smith himself). Par rapport à Dogma ou autres Jay & Bob contre-attaquent, Red State sera au moins un ‘film de la maturité’ (une rare occasion de donner du crédit à cette désignation) grâce à son habile confusion des genres. Acclamé à Sundance puis par la critique professionnelle, Kevin Smith devient un phénomène ; il attirera rapidement à lui des acteurs très demandés pour ses nouvelles farces, comme Ben Affleck ou Matt Damon. Clerks lui-même aura une suite et engendrera une série dérivée.

Note globale 52

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Meurtre d’un bookmaker chinois  

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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