LES ROSEAUX SAUVAGES ***

12 Jan

3sur5  C‘est d’abord un téléfilm pour Arte : Le chêne et le roseau, pour la collection ‘Tous les garçons et les filles de leur âge’, consacrée à l’adolescence. Il devient ensuite un long-métrage destiné au cinéma, un petit budget dont Téchiné n’a plus l’habitude, qui se soldera par son plus grand succès (et la révélation de talents neufs comme Élodie Bouchez). Succès commercial, succès d’estime (pluie de récompenses) et même un statut relativement ‘culte’. Les roseaux sauvages circule dans les festivals et ‘officialise’ la dimension gay (avec des citations de Rimbaud pour confirmer bien à fond), déjà plus que suggérée, de l’œuvre de Téchiné. Jusqu’ici, seuls des personnages secondaires étaient ouvertement homosexuels ; Hôtel des Amériques laissait dans le doute, Le Lieu du crime semblait près à plonger.

Peu emballé par le postulat de base qui lui était refilé, Téchiné a tiré Les roseaux vers l’autobiographie (le tournage se déroule dans le Lot-et-Garonne, près des lieux où il a grandi) ; certains éléments seraient complètement ‘authentiques’, comme la scène du miroir. Cela donne aux Roseaux des allures de première création, où un auteur révèle directement des parts de soi (en opposition avec Le Lieu du crime, où les univers fantasmés et les aventures chimériques menaient la danse). Il avait déjà fallu une œuvre de commande (le moyen-métrage La Matiouette en 1983) pour que ce cinéma se libère, l’homosexualité et les némésis socio-politiques s’affichent ; puis Deneuve entraîna des déclics plus décisifs (Hôtel des Amériques marquant un bouleversement dans la direction d’acteurs).

Les Roseaux apparaît finalement comme une sorte de consécration pour la critique ; on pourrait aussi bien dire de synthèse tranquille (avec la dimension initiatique, les inquiétudes précoces concernant la mort, les parents abaissés voire inexistants, etc), au point de ressembler au résumé d’un long soap harmonieux et réfléchi. Comme dans le précédent opus (Ma saison préférée), l’approfondissement délibéré des personnages semble prendre le pas sur le romanesque (aux antipodes de J’embrasse pas avec ses folles péripéties). François (Gaël Morel), dans lequel le réalisateur se projette apparemment, est caractérisé par un désir de prestige et d’émancipation ; ainsi dans la classe il se distingue du troupeau silencieux. Henri (Frédéric Gorny) est aussi dans ce cas, quoique malgré lui ; Serge (Stéphane Rideau) peut se fondre sans problème ni rêves d’ailleurs.

Plus fort et naïf que François, Serge est condamné à une vie d’isolement, aliéné par ses origines et son milieu ; il semble l’accepter et essayer de le négocier au mieux. Voilà tout ce à quoi cherche à échapper François, dont l’homosexualité apparaît comme un prolongement de cette aspiration. Cet attachement pour Serge est d’autant plus ironique. Maité (Élodie Bouchez) semble s’en remettre aux grandes idées (elle a rejoint les Jeunesses communistes) plutôt que s’intéresser à son avancée personnelle. Comme François elle cherche sa place mais ne sait pas tant où s’engager, où s’affirmer, ni quoi préférer. Elle se voudrait loin, de ce « pédé immature et bourgeois en plus », de sa mère autoritaire (Michèle Moretti, la prof) et de ces destins frustrants dont elle ne veut pas : elle considère les rôles féminins et redoute d’être vite tenue pour obsolète.

Le cas de Henri est bien plus désespéré, l’ex pied noir étant, malgré son assurance manifeste, en train de pourrir, cherchant piteusement un soutien affectif tout en flinguant son existence présente et son avenir. Ce personnage souligne d’ailleurs les motivations politiques du film (montrer un lésé de l’Algérie française débarqué dans une France profonde peu concernée par le sujet), finalement passées au second plan ; pas tant derrière la découverte de l’homosexualité que de l’évocation des déchirements de l’adolescence. Les sujets observés sont sensibles, tous les quatre très droits à leur manière, déjà presque adultes : ils sont jetés dans le bain et savent qu’ils n’y seront pas à l’aise.

La chute des figures parentales, déjà fragilisées, fait écho à la solitude d’une génération pressée à la fuite en avant ou à la construction de nouvelles normes, quand celles du passé s’épuisent ou nous épuisent. Finalement Les roseaux raconte quatre façons de prendre en mains des évolutions ‘inéluctables’ défavorables : François est le seul à échapper à l’enfermement et au renoncement presque nécessaire à la survie des trois autres. Son décalage complet lors de la fête du début est significatif. Elle prend des allures de pièce de théâtre paillarde, dont la plupart des protagonistes (ceux dont la personnalité restera invisible) semblent dépourvus de recul (à l’instar du père de François, dont les quelques secondes d’apparition révèlent l’inconsistance). Serge et Maité y sont des otages, François un étranger.

Note globale 70

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

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Scénario & Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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