BAROCCO (Téchiné) **

8 Jan

2sur5  Barocco trace sa route entre les genres ; qu’il soit polar décalé ou tentative de rénovation du film noir, ses atouts immenses ne font pas illusion au-delà de l’affiche. Le mystère est gourmand en sacrifices et figurants. Porté par le succès de Souvenirs d’en France, Téchiné réalise un troisième film réunissant Adjani et Depardieu pour un face-à-face romantique (près d’eux, Marie-France Pisier en amorphe pittoresque et Jean-Claude Brialy, pas aidé). Le tandem est assez mal assorti, la rencontre au sommet se solde par un happening béant, pour les deux. Adjani est assignée à un rôle d’hystérique conventionnel mais demeure un mannequin de porcelaine faisant des grimaces ; elle habite des morceaux, des posters. La situation est encore plus aberrante pour Depardieu, dont l’ampleur légendaire est évincée.

Téchiné (qui a choisi Amsterdam comme lieu de tournage pour ses vertus de « ville flottante ») compose une romance noire, expressionniste, pleine de personnages vicieux ou égarés, sur un squelette de policier bien falot, entre intrigue mafieuse mollassonne et chasse à l’homme imperceptible en-deçà des mots. Les compositions sont très affectées, le réalisme omis ou parodié, les pantins conscients de leurs jolies représentations ; ou s’exécutant bêtement et doctement pour les non-glamour. Par conséquent le scénario est assez fantomatique, trop évanescent pour tutoyer l’abracadabrant apparemment convoité (Rendez-vous ou Le Lieu du crime satisferont cette ambition tout en restant cohérents). Les petites joutes ou comptines ineptes finissent par s’user elles-mêmes. La facette politique intensément niaise se distingue un peu dans la nébuleuse de baratins.

Le travail de styliste acharné fait l’essentiel, mais son éclat ne suffit pas à surélever un Barocco se privant de profondeur. Hors des outrances et de la violence suggérée, rien qu’un ronronnement d’esthète rigoriste ; ça le rend sûrement aimable et estimable, mais pas plus passionnant ou imposant. Plus tard Téchiné assumera une fibre plus romanesque et surtout laissera davantage de place aux acteurs et à l’inconnu. Hôtel des Amériques marquera cette transformation, grâce à la rencontre avec Deneuve, qui deviendra son actrice fétiche. Le chef-opérateur Nuytten retrouvera Adjani à plusieurs reprises : après avoir contribué à exploiter le meilleur de son énergie absurde dans Possession, il créera avec elle Camille Claudel, où elle donnera à nouveau la réplique à Depardieu. Big Gégé retrouvera Téchiné sur le tard, pour un film mineur avec Catherine Deneuve (Les temps qui changent).

Note globale 53

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Obsession/De Palma + La Chair de l’Orchidée  

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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