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GHOSTS OF THE CIVIL DEAD ****

6 Jan

4sur5  Avant d’être connu par le grand-public et diriger des ‘stars’ comme Jessica Chastain ou Viggo Mortensen (adaptation de La route, puis Des hommes sans loi), John Hillcoat tournait en Australie des films plutôt arides (comme le western The Proposition). Ghosts of the Civil dead est sa première réalisation, partiellement inspirée de la vie de Jack Henry Abbott, criminel devenu écrivain en prison (In the Baily of the Beast, série de lettres publiée grâce au soutien de Norman Mailer en 1980). Le titre fait référence à la perte de leurs droits par les détenus (‘civilement morts’). Le spectateur passe une heure et demie dans les couloirs de la centrale Pilote, avec des prisonniers jugés difficiles.

Ghosts se construit par fragments, sans privilégier d’histoires ou de récits particuliers. C’est une ascension inéluctable vers le déferlement de violence. Ce dispositif le met à proximité du pseudo documentaire mais des propriétés purement cinématographiques sont toujours présentes ; à de nombreuses reprises Ghosts ressemble même à un thriller ou un film d’angoisse, déployant des mouvements ‘lourds’ et assez abstraits fréquents dans ces genres. À l’image de cette prison de haute sécurité, l’ambiance est à la fois miteuse et ultra-rationnelle. Un voile poisseux couvre toutes les réalités de la prison, une bande-son perçante et des cliquetis pénibles flottent dans l’air. Ce qui fait de ces détenus des hommes et non des enfants capricieux ou des ados tarés s’estompe ; et ça leur va bien, au fond.

Ce qui va moins, c’est d’être privé et affadi de la sorte. Car dans un premier temps, ces types vivotent un peu comme des animaux en cage ; taillés pour la jungle, ils s’accommodent de cette sous-jungle. Elle est confortable, sèche et moite. Le cynisme règne et (en contrepartie du légitime despotisme des gardiens) les ‘libertés’ relatives avec : porno à foison, tolérance pour des consommations diverses. Au fur et à mesure du film l’emprise se durcit et les restrictions se multiplient, provoquant des frustrations intenses chez ceux qui ne savent pas les endurer même élémentaires. La critique de Ghosts à l’égard de la prison est ambiguë : la surenchère répressive est indirectement vilipendée pour son caractère inhumain, mais aussi pour son inefficacité. Ghosts est récupérable politiquement, mais n’est ni romantique, ni ‘idéaliste’.

Il s’en tient à constater le caractère insoluble de l’institution, poursuivant les cycles de destruction et de dégradation engagés par les criminels. Les personnages sont survolés avec intelligence et la synthèse est très éloquente (il faudrait même dire extrêmement rentable par rapport aux moyens consentis). Pas de voix-off pour balayer le passé des détenus ; eux le rapportent par bribes pendant qu’ils se livrent ou sont assistés par la caméra dans certains moments de détachement. Ils puent la bêtise et l’aliénation quasi innée. En face, pas de bourreaux ou de ‘tordus’ chez les gardiens : un système d’oppression n’a pas besoin de fanatiques, juste de vigiles. Même moralement embarrassés ou gerbant sur les écrans de contrôles lorsque les choses dérapent (le filtre des caméras de sécurité est régulièrement celui du film).

Dans son deuxième tiers le film s’assoupit un peu, car entre l’ère des régressions complaisantes et celle des foucades absurdes et fracassantes, il y a le temps de la descente, où la logique de la prison est menée à son terme (biens retirés, mise en place de cages, isolements accrus). La rage est tue et prête à surgir, il n’y a plus de soupape, plus rien à perdre mais encore à reculer, seulement des coups et des humiliations supplémentaires pour répondre aux mauvais instincts. Ghosts of the civils dead souffle le chaud et le froid : la chaleur d’une haleine de déchet se tenant debout, les ondes glacées du désespoir. Les amateurs du chanteur (et ‘artiste’) Nick Cave le retrouveront dans la peau d’un dément fournissant le climax suite à ses pétages de plombs en cellule. Cave n’est pas ici comme guest : il a travaillé avec Hillcoat à l’écriture de ce film, ainsi qu’à celle de The Proposition.

Note globale 79

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Les Ailes du Désir + L’Échelle de Jacob + Fahrenheit 451 + Family Portraits + L’Ile/Ostrov + Un Prophète  

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (-), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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PRÉSUMÉ COUPABLE ***

6 Jan

3sur5  L‘affaire d’Outreau a été retentissante pour deux raisons : parce qu’elle portait sur des abus sexuels sur des enfants et parce qu’elle a été un fiasco judiciaire. La seconde raison a finit par balayer la première, lorsque l’ensemble des accusés ont été acquittés après trois ans de détention. Une douzaine d’enfants n’en demeurent pas moins (reconnues) victimes et des points de vue divergents ont été émis, quoique peu relayés. Le documentaire Outreau l’autre vérité de Serge Garde et plusieurs livres ou ‘contre-enquêtes’ contestent les résultats de l’affaire. Le film Présumé coupable s’aligne sur les versions finales de l’affaire et prend, de fait, le parti des accusés devenus acquittés et donc victimes d’erreur judiciaire.

Le film est focalisé sur l’expérience d’Alain Marécaux (le seul notable parmi les accusés, pour l’essentiel des classes pauvres), l’huissier généralement perçu (après 2005) comme le principal bouc-émissaire du juge Burgaud. Un panneau d’introduction précise que ce qui vient est « la fidèle adaptation du journal écrit en détention par Alain Marécaux Chronique de mon erreur judiciaire (2005) ». L’ensemble des accusés est donc relégué au stade de figurants, le suicide de l’un d’entre eux en prison est rapporté par les mots. Le point de vue exclusif sert à communiquer l’expérience de l’injustice et son lot de traumatismes ; c’est un genre de Midnight Express en local. Présumé coupable est de parti-pris et s’il s’agit d’intox, au moins c’en est un de qualité. Il amène à ressentir la situation d’une victime lynchée par l’appareil judiciaire ; même sur les aspects les plus élémentaires, Marécaux/Torreton se trouve remis en cause, tenu pour autre chose que lui-même. Il est dénaturé et fait pervers mais aussi, plus prosaïquement, homosexuel par exemple. Il est seul dans un faux costume, la police et les médias sont bientôt braqués contre lui.

Garenq charge en toute transparence, avec quelques images authentiques des journaux télévisés pour renvoyer à la substance réelle de l’affaire (en tout cas sa première phase). La lourdeur de l’engagement sert le film, qu’il s’agisse de plaider pour cet huissier ou d’exprimer le cauchemar que représente un tel événement (dès l’ouverture, avec le choc des policiers débarquant dans la maison familiale). La prestation de Torreton y est pour beaucoup, même si la grève de la faim arrive à un moment où le pathos devient superflu (l’acteur a perdu 27 kilos par souci de vraisemblance). Présumé coupable est plus direct (et efficace) que L’Aveu de Costa-Gavras pour mettre en images la destruction d’un homme par des autorités légales. L’approche est assez manichéenne : Badaoui est une véritable baraki (ce qui toutefois n’est pas mesquin par rapport à la réalité), sa complice Aurélie a l’allure d’une junkie usée ; et surtout le juge Burgaud apparaît comme un individu froid ou se présentant comme tel (celui du réel serait plus ‘fragile’ mais tout aussi obstiné), un peu falot, interprété par Raphael Ferret au teint très pâle (l’image donnée correspond, au propre comme au figuré, à celle de son audition retransmise en direct par la télévision [le 8 février 2006], retournée dans une version assertive).

Mais c’est sans aller en profondeurs dans les profils, y compris celui de Marécaux : la concentration sur son cas reste externe et ‘factuelle’. La donne ne change que dans la toute dernière partie du métrage, pour un procès où l’affaire s’effondre assez vite. Cette fermeture est une faiblesse potentielle pour le film, même si elle est garante de son intensité et donc de son efficacité, du moins sur le moment et en tant qu’œuvre de fiction. Il y aurait encore beaucoup à dire sur l’affaire ou même sur les protagonistes, par exemple sur le parcours de vie effroyable de Myriam Badaoui. Les exactions subies par les enfants passent, comme dans les médias après les acquittements définitifs de 2005, au second plan ; pour tout ce que la reconnaissance du délire général a pu permettre d’éluder, Présumé coupable reste silencieux. Son but étant ailleurs, c’est logique, néanmoins il est difficile de sortir de la séance sans un arrière-goût mitigé ; car si cette démonstration peut sembler légitime, ses angles morts et puis simplement sa subjectivité radicale sur un dossier réel, incitent à la prudence. Garenq poursuivra dans une veine polémique (après un premier film partial lui aussi : Comme les autres sur l’homoparentalité) avec L’Enquête, portant sur l’affaire Clearmstream.

Note globale 64

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Martyrs

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (-), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (-)

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