CRY-BABY **

30 Nov

3sur5 Hommage parodique à l’univers musical des fifties, Cry-Baby est le second film du John Waters post-Polyester (il suit Hairspray, dernier film de l’orque obèse Divine), deuxième temps (en cours) de sa carrière où le pape du trash s’est considérablement assagi. Pour la première fois avec Cry-Baby (1990), Waters tourne avec un budget massif (plusieurs millions de dollars au lieu de quelques milliers) et le soutien d’une major. Cry-Baby est effectivement beaucoup plus poli que les œuvres précédentes de l’initiateur de l’Odorama : son rejet juvénile et euphorique de la décence se place plutôt dans la lignée de Elvira que de celle de Pink Flamingos. Mais si les provocations sont anecdotiques, l’outrance est la même : l’ambiance survoltée, le choix du bigger-than-life, le comique acide et bien sûr, les numéros musicaux enflammés (surtout dans la seconde moitié autour de la prison).

Sur le fond, Waters n’a pas changé, même si son regard est plus emprunt de compassion. Il se délecte toujours du mauvais goût prolétarien, mettant en scène des beaufs absolus certes, mais en plus drôles et inventifs (des hordes de Edina Monsoon fauchées). Et avec « les coincés » versus « les frocs moulants » (lesquels assument leurs rôles respectifs à fond et se désignent ainsi), il oppose une bourgeoisie corporatiste, moraliste et hypocrite (parfois pour reconnaître ce qu’elle apprécie ; parfois en abusant de son statut) et les citoyens de seconde zone et en particulier la jeunesse s’adonnant aux plaisirs hédonistes et à la petite délinquance. Naturellement, les premiers sont épuisants de grotesque ; tandis que les seconds, ridicules mais sympathiques. Et quand Waters se charge de leur portrait, on réalise que ces beautiful people aiment autant s’encanailler, se fabriquant leurs plages de décontraction voir de débauche tout en blâmant le laisser-aller des voyous en herbe qui rôdent ; tandis que ceux-là ont pris le parti de s’amuser et vivre un peu tout et n’importe-quoi à défaut de tromper leur destin.

Ce contre-manichéisme cher à Waters est bien là, assorti du retournement des notions morales avec des  »gentils » malsains (se servant des institutions – justice punitive – ou de leurs moyens – la bande de jeunes  »fils de ») et des bad people plutôt braves et touchants. Cependant, sortir des enfants de ce genre de foyers pourra sembler légitime, logique ou simplement bienveillant ; d’ailleurs, on peut reprocher à Waters, bien que son regard soit surtout ironique, d’être complaisant et de planquer la réalité sordide expérimentée par les jeunes qui eux-mêmes, ne savent pas suivre la marche, mais chez les  »ploucs » ou  »moulants » (car eux aussi, sont une caste). Il a toutefois bien conscience que ces deux conditions sont toujours des peines ingrates ; ainsi aucun membre du couple phare ne peut s’extraire de son milieu ; et tous deux subissent le poids d’un monde binaire, dans le schéma de Roméo & Juliette (bien qu’orphelins). Waters voit bien qu’ils sont des otages – mais il ne s’y intéresse pas davantage.

Le point de vue est frustrant par endroit, par sa neutralité rigolarde, sinon son assentiment voyeuriste, envers cet idolâtrie d’une espèce d’anarchisme souillé par des esprits brutaux et médiocres (même si bons dans le fond). Toutefois, on le comprend, dans le sens où un contexte d’enfermement social ou de trop vastes carcans mènent nécessairement au pétage de plomb et à adopter des traits caricaturaux : en cela, le film est juste, avec sa touche d’universalisme ubuesque. Par ailleurs Waters n’est pas cantonné dans l’inversion arrogante et c’est à madame Vernon, (jeune) grand-mère et tutrice d’Allison qu’il accorde le privilège de la complexité – naturellement, le jeu de Polly Bergen est aussi excessif que les autres.

Les fans de la première heure ont été écœurés et le sont toujours ; d’un autre côté, Cry-Baby a, c’était presque couru d’avance, été un échec au box-office américain. Pour autant le film est devenu culte ; et les amoureux(se) de Johnny Depp (ici quelques mois avant Edward) ont contribué à ériger ce statut. Ce revival des 50s (Grease et West Side Story corrigés en bis) reste le plus tout-public et pourtant radical et énergique des affreux bébés de John Waters.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB

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