LES AVENTURES D’UN HOMME INVISIBLE **

27 Nov

2sur5 Soyons fixés dès le départ : c’est l’un des moins bons de tous les Carpenter et contrairement à un projet modeste et grand-guignol comme Ghosts of Mars, celui-là est plutôt déceptif ; autrement dit, légèrement raté et violemment à l’écart du niveau qui devrait manifestement être le sien. Pour enfoncer le clou, c’est même tout simplement le seul Carpenter qui ne ressemble presque pas à un Carpenter ; même Christine est plus représentative.

Le chercheur Griffin du roman d’Herbert George Wells a déjà inspiré James Whale dans les 30s et L’Homme Invisible était devenu une franchise dans la veine de Frankenstein (du même auteur et également prolongé par Universal Pictures). Dans les 90s, deux cinéastes de valeur reprennent le mythe : la version de Verhoeven, le licencieux et agressif Hollow Man, est très diversement appréciée ; celle de Carpenter, Memoirs of an Invisible Man, est ouvertement un film de commande, supervisé avec soin mais sans le talent du prestataire et tout juste quelques marques de fabriques.

Il démarre en comédie, mais avec un voile sinistre ; et ce personnage ingrat, ce Nick Halloway égoïste, un brin vaniteux et profondément désagréable. L’atmosphère est amusante avec une pointe d’angoisse et de tension, toutefois on se voit mal passer le métrage en une telle compagnie. L’entrée en scène de David Jenkins, décidé à poursuivre l’homme rendu invisible par un accident nucléaire afin d’améliorer sa carrière, réconforte ; il faut dire que la présence de Sam Neill, acteur récurrent chez Carpenter (héros du fabuleux L’Antre de la Folie), fait toujours des merveilles (Possession, Dead End). Toutefois, son magnétisme étrange ne suffira pas.

Le niveau est léger ; cherchant le grand-public optimal, le film tend à réduire ses ambitions en tous points. Or il n’y a pas plus criminel, sinon improductif, au cinéma que contraindre un génie du cinéma de genre intransigeant à rentrer dans le giron mainstream, même s’il s’agit de donner un supplément d’âme à un projet au goût quelconque. Par conséquent, le propos de fond est limité et proche de la niaiserie (sommet atteint avec le recours impatient à un nanardesque point Godwin), les personnages abusent dans l’explication de texte et les exemples miteux ; ainsi le film conserve des façons de série B sans en avoir ni le charme ni la témérité, malgré un certain culot dans la farce. La visibilité de l’objet du flux moléculaire (mais de façon normale, sans prendre la peine de donner une forme spécifique à l’homme invisible ou de changer l’habillage général) dans plusieurs scènes illustre ouvertement cette volonté de mâcher le travail au spectateur à défaut de s’engager à le dérouter.

Effet heureux, il a la flexibilité d’un comics, cependant il s’interdit les excentricités marquées et la profondeur. Malgré tout, Carpenter profite des opportunités ludiques et peut dispenser quelques scènes hautes-en-couleur (castagne et tricheries d’un homme invisible) et aligner une poignée d’anomalies folkloriques (l’homme invisible tirant un ivrogne endormi, comme une marionnette, pour louer un taxi). La romance est sympathique elle aussi mais elle consacre l’absence de but spécifique de l’ensemble et se montre digne de Ghost par sa candeur et sa vacuité. Les Aventures d’un Homme Invisible se regarde avec plaisir ; mais dans l’album de famille des rejetons de John Carpenter, c’est celui qui jette un froid.

Note globale 52

Page Allocine

Aspects favorables

Aspects défavorables

* bon usage des opportunités du statut

* humour saillant

* manque de consistance

* incohérences (et artifices grossiers) dans le principe et l’esthétique

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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