LIVE ! ****

23 Nov

4sur5 Satire convenue mais jusqu’au-boutiste, Live ! est le parfait parangon de tout ce qu’il fallait réunir pour son postulat accrocheur et indécent, la télé-réalité affrontant la mort à l’occasion d’un jeu retransmis en direct. Le résultat est suffisamment amoral pour être honnête et évacuer les ambiguïtés, au profit d’une représentation achevée de thèmes et de supports pas neufs, mais rarement si bien assimilés.

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Déférence putassière et poursuite salement iconoclaste

Ce n’est pas une œuvre dénonciatrice, ou un uppercut paradoxal qui userait de ce qu’il dénonce : c’est bien un héritier opportuniste des mœurs de son époque, une synthèse formelle, burlesque et téméraire. Peinture outrée, racée, ludique et stimulante, Live ! s’inscrit dans la lignée de Tueurs nés ; il est aussi impliqué dans son sujet, essentialiste et mesquin jusqu’à rappeler à l’ordre la caricature, la faire cracher la vérité qu’elle maquille et ne peux plus tronquer sans se trahir.

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Jamais Live ne serait si incisif et attractif sans Eva Mendes (initiatrice et organisatrice du concept scabreux), car Bill Buttentag (scénariste et réalisateur) fait reposer sur elle toute la laideur et l’ignominie imaginable, sans omettre les charmes du Mal le plus adaptatif, urbain et cynique. C’est le parfait avatar et émissaire pour le cinéaste comme pour le spectateur, aux crochets de ce guide et mentor exalté et odieux. Pour mener à terme son projet en lui associant une intention abstraite et des velléités idéalistes, elle se revendique perpétuellement « pionnière ». Et elle a raison, sauf qu’elle ne fait somme toute que défoncer une porte qui ne demandait qu’à être enfoncée. Néanmoins, c’est elle qui aura osé franchir le seuil au lieu de planter le chaland avant le grand plongeon vers l’immoral et l’illégal.

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Elle parle de liberté d’expression : mais ceci n’est pas de l’expression, ni de l’art, c’est de l’exploitation pure, surfant sur les instincts et galvanisant les égos et les consciences sauvages endormies. Ce n’est pas de la liberté d’expression, c’est la liberté d’organiser et présenter une catharsis : nous ne sommes pas dans le domaine de la polémique (aucune opinion n’est en jeu – vouloir orchestrer la mort ou pas ne relève pas d’une opinion), mais du pied-de-nez à la civilisation et au progrès humain. Ce pied-de-nez n’est supportable, et pas directement délétère pour l’ordre public et la santé sociale, que parce qu’il est parcellisé, ritualisé, circonscrit à un petit théâtre suspendu.

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L’éternel impératif du Grotesque sacrificiel

D’une part, c’est donc une vision d’outrance absolue (sur son sujet, dans son traitement, par sa mise en scène) où Buttentag surjoue sans limite (y compris en orchestrant le pathos délirant des reportages présentant les participants). Comme son héroïne il va au bout, assumant tout quitte à être ridicule ; il l’est d’ailleurs volontiers, pourvu que ce soit bien fait, tranchant et accompli. Mais au-delà de cette complaisance avec la représentation odieuse et concrète du pire, l’auteur évoque l’aliénation par le désir. Tout ce qu’il montre n’est que cynisme exaltant nos rêves puant et nos attentes sauvages.

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Ce spectacle marque l’ultime convulsion et régression dans l’enfer néolibéral, précédant l’abaissement de toutes les vigilances et le relativisme de toutes les limites et références. Il s’agit des retrouvailles avec le grotesque sacrificiel. Il nous obsède et doit être digéré. Il cherche à percer dans chaque civilisation ; celles qui souffrent le plus sont celles qui n’ont pas su l’intégrer et l’apprivoiser. Elles compenseront alors par une multitude d’exagérations et de déconstructions tout à fait lâches. Faute de transcendance et de passion, une civilisation meurt car elle ne peut se contenter de la loi pour réguler ses intentions ainsi que les pulsions des foules. De même, un catalogue de valeurs substituables et obscènes pour compenser la perte d’absolus liberticides par d’autres illusions, finalement tout aussi régressives et aliénantes, ne calme jamais la douleur et ne trompe la vacuité que des plus faibles et prompts à l’anesthésie ; et même pour ceux-là, jamais la confusion et l’évanouissement ne peuvent être complets, d’où la naissance de troubles absurdes.

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C’est certainement un film puéril et trollesque, or il touche juste et au plus profond. Une leçon, qui a la sagesse de se confondre dans son sujet et adopter un ton parfaitement festif et amoral, pour affronter non sans juger, mais sans se planquer. Et sans chercher à prendre au piège le spectateur : après tout, lui aussi s’adresse à des adultes.

Note globale 84

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Page Allocine

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Théories Personnalités : Caricature particulièrement flamboyante et jusqu’au-boutiste de ENTJ 3w4 sx/so exaltée. 

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “LIVE ! ****”

  1. Voracinéphile décembre 11, 2015 à 12:47 #

    C’est effectivement assez drôle, c’est un film miroir où on peut y voir ce que l’on veut. Je l’ai montré à un proche qui consomme assez régulièrement de la télé réalité, il a trouvé l’histoire horrible mais le film bon. Preuve qu’assez fondamentalement, il fonctionne de façon réaliste et avec un parti pris bien plus large qu’un simple pamphlet (ce même proche n’a en revanche pas tenu 15 minutes devant god bless america, qui dénonce à l’excès avec un registre plus appuyé).

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