SEANCES EXPRESS n°20 : PARENTS/ENFANTS

22 Oct

> Mon père, ce héros** (53)

> Freaky Friday – dans la peau de ma mère** (52)

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MON PÈRE, CE HÉROS **

2sur5  En vacances avec son père, une adolescente s’invente une vie, le transforme en amant, s’invente un passé sulfureux qui l’aurait vieillie avant l’âge. Bref, elle s’invente une mythologie, une vie de mystères pour faire briller son aura auprès d’un brave surfeur croisé au détour d’une chasse passive déguisée en promenade mélancolique.

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Mon père ce héros est un film du réel. Il n’est pas dans le grivois, ni dans la niaiserie (quoiqu’il y bascule sans retenue avec le titre bossa nova du générique de fin par Depardieu), plutôt dans la peinture, naturaliste et kitsch façon soap girly des 90s, des humeurs adolescentes. En marge, une comédie tapant allègrement dans le trivial et le burlesque des familles, notamment avec les séquences impliquant Catherine Jacob, la connaissance lourde et proximité gênante pour tout un voyage.

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Tout le film est agité par la quête histrionique de Marie Gillain (dont c’est la première prestation sur grand écran). Il lui faut créer des histoires, provoquer des drames, l’intensité ; susciter l’attirance par déclencheurs superposés. La vie est trop simple, trop banale : elle risque de la rater pour des stimulations réelles qui n’auraient pas de valeur. Alors même s’il s’agit de tendre ses filets, il y a aussi le besoin de se gonfler : ne pas être une simple fille, avec une jeunesse ordinaire, des histoires confondantes. Non, avoir vécu vraiment ; et en s’inventant mille aventures, on a déjà toute une contenance, presque des souvenirs et une dimension mystérieuse. On est totalement dans un décors adolescent, dynamité par une mise en scène de soi, de son propre corps : puisqu’il n’y a presque rien à perçer, inventons le trouble. Commençons par mimer la vie pour faire partie des vivants.

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Comme toujours, ce qui devrait être un roman-photo sucré et insipide et totalement éveillé par la présence de Depardieu. Au milieu du film, son personnage, André, rentre dans le jeu de sa fille et s’amourache de cette combine. Quiproquos en chaîne : on flirte avec les limites de l’impudence, les estivants sont tétanisés, le spectateur jouit d’une telle absurdité, pendant que toute une série de doutes maintient la tension et la crainte que tout ce théâtre ne bascule. Le film trouve là une certaine épaisseur, redoublée par la contribution téméraire du père, qui lui-même charme le garçon convoité par sa fille, comme s’il devait en devenir le tuteur, l’ombre, le mentor ou le modèle à égaler.

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Ce charmant et modeste film annonce d’autres collaborations pour Depardieu : il rejouera notamment pour Gérard Lauzier cinq ans plus tard pour une autre chronique, plus sociologique et plus percutante, Le Plus Beau Métier du Monde. Par ailleurs, il reprendra son propre rôle dans le remake américain My father the Hero.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

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FREAKY FRIDAY – DANS LA PEAU DE MA MÈRE **

2sur5 C’est vraisemblablement la concession de Disney à une mascotte trop âgée maintenant pour être simplement gentille : on lui accorde donc quelques écarts caractéristiques de sa condition et un joli tube rebelle, Take Me Away, dans la lignée d’Avril Lavigne. Remake d’un film de 1976 de Gary Nelson, avec Barbara Harris et Jodie Foster, Freaky Friday version 2003, celui que nous avons tous retenu, vaut essentiellement pour la rencontre de deux actrices fascinantes (Jamie Lee Curtis et Lindsay Lohan) et dans une moindre mesure, son comique de situation hystérique. Pour une journée haute-en-couleur et décisive, la mère et la fille se retrouvent dans le corps de l’autre, lui faisant subir des mimiques et des idiosyncraties antagonistes.

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Ce n’est pas une surprise, mais une vision un peu beauf et abrutie se dégage de l’approche du sujet. Les adultes ont oubliés d’être cool, l’irresponsabilité est la liberté ultime, la rencontre entre la fausse mère et le looser sur lequel fantasme sa fille consiste en une échange de références musiques ringardes et daubesques au possible (rock adulescent et classicisme plouc). En confondant brutalité et originalité, désinhibition et ouverture, liberté et coolitude grotesque, Freaky Friday se met à la hauteur d’enfants ou de jeunes adolescents.

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Néanmoins le film est assez délectable pour ses deux actrices, pour les paradoxes à l’œuvre. Il joue la carte des contrastes brisés et le fait avec exubérance. Deux grandes actrices en totale roue libre : voilà le meilleur programme, la meilleure façon de doper le film même le plus anecdotique. On est partagé : d’un côté, mieux vaut encore le Disney ostensiblement moraliste et guindé. Il ne gagne pas toujours à simuler le lâcher-prise. De l’autre, c’est tout de même un divertissement électrique, relativement inepte sur le fond et grossier sur la forme, mais habité de discrètes ingénuités et de caricatures attachantes.

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Quoiqu’il en soit, Freaky Friday va éviter la réunion des contraires et demeurer dans l’opposition candide. Il y a réconciliation néanmoins, par le haut : le final est conformiste dans sa teneur sous un vernis allègre, mais il montre aussi des individus apaisés, avec la volonté d’assumer une forme de maturité, d’acceptation de l’altérité et d’affirmation honnête de soi.

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Cependant le film passe, quoique pas totalement, à côté de l’occasion de former des espèces de « sur-femmes » authentiquement atypiques (et donc  »affranchies », ce qu’elles pensent déjà être, à tort). Le rapprochement et la synthèse des excès de chacune des deux femmes, de ces attitudes entières dans des corps impropres et pourtant sans ambiguïtés engendrait de véritables personnages ; à la fin, lorsque tout le monde reprend sa place, tout le monde y perd en charme et en puissance. A cette consécration-là, Freaky Friday préfère une dialectique mère-fille de bon aloi, aussi parfaitement  »rock » qu’archaïque, boursouflée et piteusement démagogue dans ses mécanismes.

Note globale 52

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC 

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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