SÉANCES EXPRESS n°13

5 Août

> Carne*** (70) drame Français

> 3h10 pour Yuma*** (68) western USA

> 29 February* (30) horreur Corée du Sud

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CARNE ***

3sur5 Un boucher élève seul sa fille handicapée mentale, dont les formes naissantes le trouble. Les jours se suivent et se ressemblent, mais une tension sourde s’accroît. A la télévision, un orateur scande, dans un langage mystique et menaçant, des incantations à oser sortir de sa léthargie, de la non-vie, pour évoluer vers la « lumière » et donner du relief à son existence.

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Le parallèle peut sembler curieux mais saute à l’esprit : avec sa façon de coller au quotidien pour en tirer l’essence et les secrets, Carne provoque un effet voisin de celui procuré par Eraserhead. Rien de lynchéen au programme pour autant : si Eraserhead poursuivait les paysages internes du personnage, ici le quotidien bascule vers le pathétique et non l’onirique. L’angoisse est à l’extérieur, il s’agit justement de cette réalité vide, dans laquelle les personnages sont piégés, mais dont ils s’accommodent, parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils n’envisagent pas d’autre réalité, parce qu’ils s’aiment malgré leur inhibition (voir leurs autismes respectifs).

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Troisième court-métrage de Gaspar Noé, Carne est le premier film des « Cinémas de la Zone », société de production permettant à Noé et son épouse de concevoir, mais au prix de sacrifices sur leur qualité de vie, leurs propres films. Déroutant, démonstratif, absorbant mais mal-aimable, cette balade au contact des survivants impotents (de la prison à l’arrière-boutique) est une sorte d’avant-propos non-prémédité de Seul contre Tous : les mêmes thématiques y sont disséminées, la délivrance par l’inceste (finalité logique voir mécanique pour les hommes et femmes cumulant exclusion sexuelle, socio-culturelle et économique) est déjà suggérée. Sur le plan esthétique, l’approche de la condition humaine est totalement désabusée, brutale et terreuse.

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Par déférence pour le réalisme trash et sans ambages, Noé ne recule pas devant les rituels nauséeux du quotidien. Cela peut ressembler à de la provocation gratuite, c’est exécuté avec talent : la séquence d’ouverture, avec la mise à mort d’un cheval, est une espèce d’hommage difforme au Chien Andalou de Bunuel, un des modèles du cinéaste-cinéphile. En même temps, l’inceste lui, reste couvert, tout en débordant à chaque recoin, à chaque volonté. Par ailleurs, la rencontre de l’autre sexe évoque, peut-être malgré elle, Delicatessen, sorti la même année (1991), croisé Fassbinder. Sur le plan formel, la recherche d’interactivité et d’implication du spectateur est exécutée par quelques panneaux rédigés au premier degré sous forme de question rhétorique, de mise au défi (« Etes-vous à l’abri d’un dérapage ? ») ou de  »vérités » cyniques (« la plupart des embryons naissent par erreur »).

Note globale 70

Page Allocine, page IMDB

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3H10 POUR YUMA***

3sur5Parmi les récents néo-westerns, le film de James Mangold tire largement son épingle du jeu. Remake d’un petit classique éponyme du genre (1957), 3h10 pour Yuma est d’un classicisme certain (il ne rate pas les passages obligés) et accompli, revisitant sans nostalgie comme pour dépoussiérer, voir  »rebooter » (sans pour autant viser le chef-d’oeuvre) toute l’imagerie du western. Mangold filme l’Arizona, les duels et les attaques comme si c’était la première fois. Il se soustrait ainsi, dans le traitement au moins, à toutes références.

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C’est surtout une oeuvre morale, sans facilité ni hypocrisie. La conduite de Ben Wayd (Russel Crowe, génial) au fameux train est l’occasion d’une conversation sur le Bien & le Mal, sur l’honneur et la tentation. On devine assez facilement ou cette approche de deux êtres antagoniques mènera, mais Mangold réussit à maintenir la tension jusqu’au bout. La richesse et la beauté du film, pour le néophyte comme pour les habitués des paysages de l’Ouest Sauvage (l’Arizona par Mangold est enchanteresse), viendront d’abord du scénario et de la profondeur accordée à des figures pourtant anodines sur le papier.

Note globale 68

Interface Cinemagora

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29 FEBRUARY *

1sur5 C’est un segment de la série des « 4 Horror Tales », films horrifiques coréens, ou tout se déroule dans les souvenirs d’une patiente d’hôpital psychiatrique. Au menu, une malédiction, thème usé mais dans ici dans une variante assez pittoresque ; en effet celle-ci surviendrait tous les 4 ans, le 29 février. En réalité cette date maudite s’avère rapidement être l’alibi des turpitudes d’un psychopathe bénin.

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Acteurs de second rôles au rabais (palme d’or à l’amie de l’heroine), trame puérile, effets sonores et  »de peur » grossiers, très cheap avec des mouvements de caméra  »narratifs » basique genre champ/contrechamp mouvants… Le film cumule toutes les bourdes les plus ordinaires d’un certain cinéma sans prétention artistique ni identitaire. 29 February est un ersatz des classiques asiatiques du genre que ses boursouflures stylistiques de série B rendrait presque sympathique par intermittence si le film n’était pas aussi gangréné par l’insignifiance et miné par l’ennui.

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On sait dès le départ ce qui nous attend : dès lors, il s’agit de s’immerger aurprès de héros qui vont faire semblant pendant une heure et demie de ne pas être au courant ou bien de manquer fâcheusement d’esprit de synthèse. Le démarrage est laborieux, le film peinant à décoller du pénible état des lieux du désarroi de cette pauvre petite chose forcément fragile et sensible que constitue l’héroine juvénile et virginale aux prises avec le Mal.

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L’intrigue gagne un peu en fond et en forme en mi-parcours grâce à quelques épreuves concrètes et une ou deux visions trash discount. Mais rien n’y fait et le spectateur a cette impression tenace d’assister à l’aboutissement d’une commande mal démoulée. A croire que les coréens ont racheté l’intrigue d’un épisode des Contes de la Crypte phase déclinante et qu’ils se seraient efforcés de la faire tenir sur une durée trois fois longue que l’initiale. Reste pour les plus magnanimes à se complaire d’un kitsch un peu trop fâné. Ceux-là se diront sûrement que 29 February n’est jamais si bon qu’avec ses touches d’humours discrètes, la part la plus subtile du film, bien qu’elle ne manifeste une quelconque inventivité notoire. Enfin, reconnaissons à 29 February que sa tentative, dans la dernière ligne droite, de virer au slasher ésotérique était louable. Dommage qu’elle demeure si timide et ne soit pas plus stimulante que le reste.

Note globale 30

Page Allocine 

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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