LA BAIE SANGLANTE ***

3 Août

4sur5  Pionnier du giallo avec dès 1963 La Fille qui en savait trop, Mario Bava (Le Masque du Démon) est en perte de vitesse en 1971, au moment où il réalise un de ses films les plus importants et un pilier dans son genre, La Baie Sanglante. Celui-ci va devenir un classique du giallo, tout en se distinguant de la masse de ces productions (des thrillers italiens esthétisants et codifiés) d’abord par un ton propre à son auteur, ensuite par des correspondances avec le slasher qu’il anticipe par ailleurs. Une position équivalente à celle de Black Christmas. Dans les deux cas, bien qu’avec des univers autrement sophistiqués, une recette aujourd’hui clichée se dessine, où des jeunes volages, réunis en bande sont la proie d’un tueur machiavélique dans une demeure paisible et isolée quoi-qu’aux recoins discrètement glauques.

Judicieusement baptisé originellement  »Écologie du meurtre » ou encore  »Réactions en chaîne », le film se déroule dans un cadre luxuriant. Les personnages se bousculent dans ce domaine aux abords d’un lac, peu après la mort violente, classée suicide, de la Comtesse qui le possédait. C’est un petit coin de paradis qui attire les (mauvaises) intentions de sorte : les exploiteurs, les promoteurs, les voyageurs négligents se pressent ici. Tous ces individus tentent de s’en attribuer une part de ce morceau de monde prêtant à rêver ; d’ailleurs nous-mêmes avons envie de courir pour y habiter, pour les vacances ou pour la vie. Sauf que ce qu’on y récolte, ce sont treize morts, spectaculaires et inventives, inspirant plus tard les premiers opus de la saga Vendredi 13 (certaines mises à mort seront carrément copiées).

Flirtant avec l’érotico-gore, La Baie Sanglante atteint des sommets de raffinement morbide. Même dans les moments les plus triviaux et oiseux (comme les pérégrinations plus ou moins captivantes de ces jeunes gens infiltrés), la réalisation de Bava fait des merveilles. Comme chez Argento (l’autre maître du giallo) mais de façon plus marquée et explicite, l’intrigue se dissipe progressivement pour basculer dans le lyrisme, voir le cauchemar lucide. Outre la très belle scène d’exposition avec la Comtesse, le film se concentre sur des balades oniriques autour de sa grande héroïne, la baie, officiant comme une sirène dans son entreprise de destruction des hommes qui est par ailleurs une sorte de réaction immunitaire, une position de défense agressive.

Délicat jeu de massacre, La Baie Sanglante est surtout une ode à la nature, avec une certaine poésie nihiliste sans fioritures et surtout du goût : dans les décors enchanteurs, dans les  »exploits » sanguinolents, dans le balayage de l’espace. C’est aussi un programme étonnamment misanthrope, où les protagonistes s’avèrent dans l’ensemble des rats, des bandits à tel point que ceux qu’on croit victimes se révèlent des ordures trouvant un légitime retour de bâton.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Torso + Vendredi 13 + Le Chat à Neuf Queues + Kwaidan + Last Caress

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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