AUTO FOCUS ***

20 Juil

3sur5  Avec Auto Focus on retrouve cette science de la narration millimétrée propre à l’œuvre de Paul Schrader. Mais celui-ci est une curiosité dans sa filmographie. C’est simple, on dirait que American Gigolo et Auto Focus n’ont rien à voir, alors que leur auteur est le même. Le seul point commun est moral, mais le propos est d’habitude plus complet, pas seulement moraliste ; et concerne l’auscultation de personnages narcissiques. Là, Auto Focus est cousin des films de Paul Thomas Anderson, sans céder au clinquant de Boogie Nights qu’il rappelle dans sa peinture d’une déchéance programmée.

 

Sixties. Animateur vedette d’une émission de radio à succès, Bob Craine est devenu le personnage-phare de la série Hogan’s Heroes, comédie dans un contexte audacieux connue en France sous le nom de Papa Schulz. Ce qui fait la richesse de ce biopic puis finalement lui interdit tout progrès, c’est qu’il ne s’agit pas tellement d’un film sur Bob Craine, mais plutôt d’un film de Paul Schrader, le cinéaste à l’éducation calviniste, faisant de cette célébrité le cobaye de sa vision.

 

Il le présente comme un WASP naïf, lisse et enthousiaste, dopé et transformé par le succès, tombant de son piédestal à cause de la dépravation, des mauvaises fréquentations (Willem Dafoe admirable dans son rôle de mauvais génie) et des préoccupations trop terrestres. Le tableau est complété par un jugement réactionnaire et surtout technophobe. Schrader désigne un monde vain orienté sur l’avancement matériel, l’équipement, la réussite, le confort, les loisirs, l’efficacité, tout cela sans égards pour une vie bonne ou remplie de beauté. L’aspiration à engranger est omniprésente, celle à la transcendance absente (même le sexe n’est pas un outil en ce sens).

 

Auto Focus est alimenté par une vision puritaine. En faisant sentir l’imminence d’un drame, Schrader rend les vices cachés puis affichés responsables d’un mal croissant et définitif, qui ne pardonnera pas. Les vingt dernières minutes du film sont une oraison funèbre, soulignée par une bande-son très discrète et ingénieusement orientée. Bien que le propos soit restrictif et puisse heurter les âmes permissives, Auto Focus suscite l’intérêt car il montre comment un homme dorloté par un milieu sain quitte à la platitude se laisse gangrener par une passion destructrice sans jamais voir où est le mal. La dégradation est présenté comme un phénomène naturel pouvant saboter n’importe qui ; jusqu’à la fin, Schrader et la famille de Bob Craine se rappellent de qui est Bob dans le fond.

Note globale 66

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Boogie Nights

 

 

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